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Faits divers – Justice

Au procès de Pascal Jardin, des expertises à charge

mercredi 26 septembre 2018 à 21:52 Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne

Au 5e jour du procès en appel de Pascal Jardin, les experts ont livré à la cour d’assises de la Côte-d’Or un portrait très sombre de l’accusé. Pascal Jardin est rejugé pour le viol et le meurtre de Christelle Blétry, 20 ans, tuée de 123 coups de couteau en décembre 1996 à Blanzy.

Le palais de justice de Dijon
Le palais de justice de Dijon © Radio France - Jacky Page

Dijon, France

D’entrée de jeu, le docteur Michel Dubec, psychiatre parisien, prévient qu’il n’a trouvé chez Pascal Jardin que des points négatifs. Il l’avait entendu à Chalon-sur-Saône le 20 mai 2015, et évoque l’examen laborieux d’un homme qui s’est lancé dans une narration spontanée, négative pour tout son entourage. Il ne dépeint les autres que par les défauts qu’il leur trouve, et notamment ses fils, tout en se donnant le beau rôle à lui-même. « Il attribue à autrui ses propres défauts, et ne se remet jamais en cause ».

Les effets d'un alcoolisme ancien

Une seule personne peut-être trouve grâce aux yeux de Pascal Jardin : sa sœur jumelle. Mais une sœur qui a été la préférée de leur mère, une femme autoritaire. Absence de perspective dans la vie et de sens moral caractériseraient Pascal Jardin. « On a toujours l’impression qu’il veut cacher quelque chose ». L’expert qualifie d’ « anecdotisme simpliste » les propos tenus par l’accusé, comme un enfant, sans aucune élaboration de pensée. Selon lui, la dégradation des capacités intellectuelles, morales et affectives de Pascal Jardin est la conséquence d’un alcoolisme ancien. Sa personnalité implique de l’hyperémotivité, de la jalousie, de l’instabilité, ainsi que de l’impulsivité avec accès de colère.

Cela ne veut pas dire insiste-t-il, que Pascal Jardin ait pu agir avec une altération du discernement. Il ne souffre pas de pathologie aliénante et est accessible à une sanction pénale, mais avec une ré-adaptabilité selon lui difficile à mettre en œuvre. 

« Y a-t-il  sur le plan psychique une association entre sexe et couteau ? » demande le président.

« Le couteau, c’est un rapport au corps direct, c’est un moyen pour terroriser une femme et obtenir un acte sexuel », répond le psychiatre.

Le président insiste : «  le couteau, c’est un autre moyen de pénétrer l’enveloppe corporelle de l’autre ? ». Le docteur Dubec acquiesce : « oui ». 

Personnalité complexe à double visage

La cour d’assises a également entendu Florent Gatherias et Christophe Baroche, psychologues cliniciens chargés en octobre 2014 de mener une analyse psycho criminologique de l’accusé, autrement dit un examen de personnalité fondé sur les actes que la personne aurait commis. Ils ont trouvé en Pascal Jardin une personnalité complexe, avec au moins un double visage. L’homme apparaît communément sociable et jovial, mais il a parfois un comportement de despote,  décrit comme manipulateur, et il n’aime pas la contradiction. Pascal Jardin aurait des failles narcissiques, avec une mère envahissante, étouffante, qui l’a empêché d’acquérir une personnalité indépendante. L'accusé est volage, et les experts ont  décelé trois types de femmes dans sa vie. Sa première épouse, "le décalque de sa mère, sécuritaire mais dangereuse, poison et antidote à la fois". Puis ses maîtresses," femmes-pansements pour compenser l'épouse dominatrice". Et enfin les femmes victimes, "objets pour satisfaire ses envies."

« Tromper sa femme ne le satisfait pas complètement. Ce qui est mis en avant, c’est l’acte sexuel, mais ce n’est qu’un prétexte pour soumettre quelqu’un, et une violence peut surgir si la femme lui résiste. »

Morale à deux vitesses

Pascal Jardin éprouverait des difficultés vis-à-vis de l’interdit, aurait tendance à la transgression, et il utiliserait le déni en fonction de ce qui peut l’arranger. Il afficherait une morale à deux vitesses, volontiers conformiste et intransigeant pour les autres, mais pas pour lui-même. « Il connaît le bien et le mal, mais son sentiment de devoir trouver une place par la toute-puissance fait que cette moralité ne s’applique pas à lui », explique Florent Gatherias.

Ces experts estiment que le deuxième scénario donné par Pascal Jardin après être revenu sur ses aveux, celui d’une relation sexuelle consentie par la jeune fille dans sa voiture, n’est pas crédible, et relève plus de l’envie de se recréer une image positive, voire du fantasme de ce dont il peut rêver.