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Dossier : Meurtre d'Adrien Perez

Grenoble : au procès du meurtre d'Adrien Perez, le portrait contrasté du troisième accusé

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu Isère, France Bleu

Ce mardi, c'était le deuxième jour d'audience du procès des meurtriers présumés d'Adrien Perez devant la cour d'assises de l'Isère. La personnalité du 3e accusé, Yanis El Habib, a été examinée. Il comparait pour meurtre, tentative et violences aggravées.

La personnalité de Yanis El Habib a été examinée par la cour d'assises, ce mardi.
La personnalité de Yanis El Habib a été examinée par la cour d'assises, ce mardi. © Radio France - Véronique Pueyo

Younès, 23 ans, et Yanis El Habib, 22 ans, se ressemblent. Tous les deux emprisonnés car accusés du meurtre d'Adrien Perez. Avec seulement onze mois d'écart, ils se disent fusionnels, comme des jumeaux ! Jeunes, ils fuient la violence du père, sont en décrochage scolaire, font des petits boulots, aiment le foot et le monde de la nuit. Yanis est plus impulsif que Younès.

Une "belle personne" qui a "décroché de l'école à cause des violences familiales"

Devant la cour d'assises de Grenoble, ce jeudi, la famille de deux des accusés défile à la barre, une famille unie autour de ces deux garçons, marqués par la violence de leur père. La première à s'avancer, c'est la tante de la mère des frères El Habib, travailleuse sociale en région parisienne. Elle raconte les violences conjugales que Sonia, sa nièce, subit, alors qu'elle est enceinte de Yanis, en 1999. Elle fera pourtant le choix de retourner vivre avec son mari. La grand-tante de Yanis El Habib était prête à l'accueillir chez elle quand il a fait sa demande de remise en liberté. "Pour moi, c'est une belle personne. Testé HPI, haut potentiel intellectuel, il a décroché de l'école à cause des violences familiales" raconte-t-elle encore.

C'est au tour d'un éducateur de quartier de venir dire à la barre comment les frères El Habib s'étaient engagés dans son association humanitaire pour construire un orphelinat à Naplouse, en Cisjordanie. Mais la prison les a empêchés d'aller au bout du projet.

Une tante rongée de remord

Anissa arrive alors, c'est la tante maternelle de Younès et Yanis El Habib. Elle habite Marseille, elle est aide-soignante. "J'ai dû quitter Grenoble, car j'ai été agressée et mon fils a failli mourir d'un coup de couteau" dit-elle à la barre. Elle conseille alors à Younès de porter un couteau. Elle regrette tellement aujourd'hui. "Younès, je lui ai gâché sa vie ! C'est moi qui lui ai conseillé de porter un couteau sur lui. Tout est de ma faute." Elle se considère comme la 2e mère des frères El Habib. Avant de se rendre, Younès El Habib était en contact avec elle. C'est elle qui contacte l'avocat de la famille. "Younès était en état de choc, il m'a dit qu'il aurait préféré mourir que tuer quelqu'un". Anissa estime qu'elle est indirectement responsable. "Ce couteau, c'était pour faire peur, pas pour tuer. Il est 100% anti-violent." "Ils ne sont pas violents !" insiste-t-elle.

Des propos insupportables pour Patricia Perez, la mère d'Adrien, qui fond en larmes, réconfortée par une proche.

Le témoignage se poursuit : Anissa a été menacée par une voisine, jalouse que son conjoint ait voulu la quitter pour elle. "Ce conflit n'a rien à voir avec une histoire de drogue. On ne touche pas à ça dans la famille" dit-elle en répondant à l'avocat général. "Depuis 3 ans, on se fait insulter sur les réseaux sociaux. c'est dur. Mes neveux n'ont que l'amour à donner. Yanis a beaucoup mûri en prison" termine-t-elle.

Un oncle, "on a toujours voulu s'intégrer"

C'est au tour de l'oncle maternel de s'avancer. Il raconte que son grand-père a quitté l'Algérie pour reconstruire la France en 1946, comme ouvrier. Il s'est installé à Grenoble où il a ouvert un commerce. "On a toujours voulu s'intégrer" martèle-t-il à la cour. Conducteur de train, il dit que dans sa famille, tout le monde a une situation professionnelle. "Mes neveux ne sont pas des *racailles*. Ils se sont retrouvés dans une situation qui les a dépassés. C'est un accident."

Après une suspension d'audience, c'est au tour de Yanis El Habib de répondre aux questions. Vingt-deux ans, queue de cheval, tempes rasées, t-shirt blanc : "Tout ce qu'on a dit sur moi, le bon et le moins bon, je suis d'accord." En prison, il a pris 20 kilos, mais au moment du drame, "il pesait 60 kilos" fait remarquer son avocat. 

"Je regrette d'avoir porté des coups, mais je n'ai tué personne" - Yanis El Habib

À 17 ans, Yanis El Habib quitte l'école, la maison, pour fuir un père violent avec lequel il coupe les ponts. "J'habitais chez mon frère, je ne faisais rien de mes journées. Ma mère nous aidait pour payer les courses. En 2018, je réfléchissais mal, j'étais bête. C'était le moi d'avant. Je pouvais m'énerver, si on me cherchait. J'étais agressif quand je buvais en soirée. Aujourd'hui, j'ai changé" dit Yanis El Habib. À partir de 18 ans, Yanis va presque tous les samedis soirs au Phoenix. "Tout se passait toujours bien, sauf le 29 juillet 2018. Et puis, j'ai été interdit début 2018 pendant 6 mois de discothèque, suite à une altercation" avoue-t-il. Yanis El Habib estime qu'il a changé en prison. "J'ai fait ce travail seul, sans psychologue et j'y suis arrivé." Il a fait de nombreuses demandes de remises en liberté, toutes rejetées. "J'en ai marre (de la prison). Je n'aime pas cet endroit."

"Je regrette d'avoir porté des coups, le 29 juillet 2018 mais je n'ai tué personne et je ne comprends pas pourquoi on ne m'a pas laissé sortir avant mon procès" déclare Yanis El Habib. "Ma première préoccupation en prison, c'est pas ma sortie mais la mort de Monsieur Perez, que je regretterai toute ma vie. Je sais que c'est moi qui suis l'élément déclencheur de tout ça." Yanis El Habib, répondant à un avocat des parties civiles, et lui d'ajouter "Je n'ai jamais eu de couteau ou de cutter sur moi".

Les 19 secondes qui manquent sur la vidéosurveillance

Arrive ensuite le directeur d'enquête, longuement, il explique que la vidéo qui a enregistré l'altercation est de trop mauvaise qualité. Ne permet pas formellement de savoir si Yanis El Habib portait un couteau mais selon l'enquêteur, les blessures relevées sur les victimes auraient pu être causées par une arme blanche. "Yanis El Habib est le dernier à avoir frappé, chacune des 4 victimes, dont Adrien Perez, qui lui a été mortellement touché. En partant, il lève les bras en V en disant, vous vous souviendrez de moi" relate le gendarme de Meylan. 

Un autre gendarme détaille qu'une analyse image par image a été faite par la police scientifique de Marseille, mais il n'a pas été possible de savoir avec certitude si Yanis El Habib avait un couteau. Les enquêteurs disposaient de trois sources vidéo, celle du magasin Carrefour, de la Ville de Meylan et de la caméra GoPro du médiateur de la discothèque. Le labo de la police scientifique de Marseille a pu en tirer un film chronologique. Manquent 19 secondes sur le fichier, au cours desquelles Yanis El Habib rentre dans le parking couvert de Carrefour. Question : est-il allé chercher une arme dans sa voiture ? Impossible de le savoir.

Mercredi, pour le troisième jour d'audience, la première partie civile sera auditionnée, Joséphine, 30 ans, auto-entrepreneuse. Elle a été blessée dans la rixe mortelle. Elle va raconter cette soirée qui s'est terminée par la mort d'Adrien Perez.

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