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Faits divers – Justice

Au tribunal de Bordeaux, les avocats en guerre contre les box vitrés

mardi 1 mai 2018 à 18:20 Par Thomas Coignac, France Bleu Gironde

A Bordeaux, les avocats protestent contre les box vitrés, dans lesquels les prévenus comparaissent dans certaines salles du tribunal de grande instance. Alors, depuis la mi avril, ils ont décidé de défendre leurs clients à l'intérieur du box.

Ce box, ici au tribunal de Toulouse, est très similaire à ceux de Bordeaux.
Ce box, ici au tribunal de Toulouse, est très similaire à ceux de Bordeaux. © Radio France

Ce lundi, à la 7e chambre correctionnelle du tribunal de Bordeaux, c'était jour de comparution immédiate. Ces fameuses audiences où l'on juge les suspects, souvent arrêtés en fin de semaine, et qui se retrouvent devant le tribunal. Au programme de l'après-midi, des vols, des bagarres dans la rue, des violences sur les forces de l'ordre, des outrages... Et en début de séance, le président du tribunal prend la décision suivante : tous les prévenus, quelle que soit la nature des faits qui leur sont reprochés, se défendront dans le box. Question de sécurité, précise-t-elle. 

Cinq mètres carrés

Le box, c'est cette cage de verre, d'environ cinq mètres carrés, et de 2,5 mètres de hauteur. Et deux petites fentes, de la taille d'une boîte aux lettres, pour communiquer avec son avocat. Sauf que parfois, cela ne fonctionne pas très bien. Et les avocats ont tous une anecdote d'un client qui tente de les interpeller en vain pendant qu'ils plaident en sa faveur. 

Alors, depuis le 25 avril, le conseil de l'ordre des avocats les incite à défendre leurs clients... depuis les box, en s'y enfermant avec lui. Maître Arnaud Coustenoble raconte : "On a l'impression d'être dans un aquarium, décrit-il. On n'entend vraiment pas bien. J'entendais plus facilement le public que le procureur qui parlait au micro. Et il y a un effet d'écho désastreux. Si un geôlier fait le moindre bruit dans le box, on n'entend plus rien. Pour être bien jugé il faut être certain d'avoir été entendu et compris, mais aussi d'avoir bien entendu et compris de son côté".

"Pour être bien jugé il faut être certain d'avoir été entendu et compris"

Une atteinte à la présomption d'innocence, dit le défendeur des droits

A Bordeaux, certains avocats protestent depuis plusieurs mois contre les box, mais de manière individuelle. Si le mouvement s'est amplifié ces dernières semaines, c'est en raison d'un avis rendu par le défenseur des droits, le 18 avril dernier. Pour Jacques Toubon, les box vitrés dans les salles d'audience, constituent "une restriction des droits de la défense", "une atteinte à la présomption d'innocence" et "contrevient au droit de l'Union européenne". Et il recommande "de renoncer à la comparution systématique et généralisée" sauf en cas de "risques particulièrement graves et avérés [...] pour la sécurité de l'audience. 

De son côté, le ministère de la justice, dans un communiqué suivant de peu l'avis du défenseur des droits, rappelle la nécessité "de se doter de salles d'audience suffisamment sécurisées". Mais Nicole Belloubet estime également qu'hormis pour les procès d'assises, de terrorisme ou de crime organisé, "le recours à un box sécurisé ne s'impose pas", notamment pour les comparutions immédiates. Mais la ministre laisse quand même le choix au président du tribunal. Ce lundi, elle était donc tout à fait dans son droit de refuser que les prévenus viennent plaider à la barre. 

Un box "à taille humaine" ?

De leur côté, les avocats bordelais militent pour une solution intermédiaire, avec un box "à taille humaine", dit Me Coustenoble, aux parois hautes d'environ un mètre, pour faciliter le dialogue avec leur client et les juges. Ils rejoignent ainsi des combats de leurs confrères partout en France, comme ces derniers mois, à Toulouse, Créteil, ou encore Guéret. 

A Bordeaux, l'objectif des avocats est finalement d'arriver à un accord tacite avec les juges, qui autoriseraient tout le monde à plaider à la barre, au milieu du tribunal, encadré par les policiers. "On n'est pas des va-t-en guerre non pus, nuance le bâtonnier de Bordeaux, Jérôme Dirou. S'il y a un risque d’évasion, on ne demande pas de sortie de box".