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Dossier : Nordahl Lelandais

Au troisième jour du procès, les amis de Lelandais l'ont fait craquer... mais pas sur sa version

Très forte émotion en toute fin de journée. Ses meilleurs amis ont demandé à Nordahl Lelandais de dire non pas SA vérité, mais LA vérité. Il a fendu la carapace, mais n'a pas touché une virgule à sa version.

Alexandra est la première à lui demander de dire la vérité
Alexandra est la première à lui demander de dire la vérité © Radio France - Valentien Pasquier

Il fallait une amie, pas une conquête, une amie trahie, forte, pour secouer Nordahl Lelandais jusqu'à le faire bafouiller. En tant que maman, elle pleure le drame d'Arthur. Elle pleure, elle ne pleurniche pas. Au contraire, cela lui donne la force d'alpaguer celui qu'elle trouvait si beau, son ami. "Nordahl, tu dois leur dire la vérité !" Il fait oui de la tête - il l'a déjà acquiescé lundi après la supplique identique de sa mère. Debout dans les cordes, pris dans le duel avec son amie, il consent qu'il aurait dû prévenir les gendarmes, et que cette soirée de fête avec Alexandra et la bande, 36 heures après avoir tué un homme, "c'était une carapace, j'étais pas bien du tout". Car oui, figurez-vous, le lendemain de son acte, après avoir donné la mort à Arthur Noyer, l'accusé festoyait, fidèle à sa réputation de "Nono le rigolo".

"Dis-le que c'était pas un accident !" - Alexandra 

Les yeux dans les yeux, elle voudrait le repêcher car, elle l'avoue, elle ne parvient pas à le voir comme un monstre. Elle voudrait qu'il se libère, qu'il libère tout le monde : "Dis-le ! Dis-le que ce n'était pas un accident !" Il encaisse. Le président le pousse à faire son examen de conscience et l'accusé admet qu'il a évolué dans ses versions. "Oui, j'ai eu des contradictions".

Alain Jakubowicz est-il si mécontent de la tournure de l'audience ? Lui qui s'évertue depuis lundi à humaniser le tueur s'empresse d'évoluer dans le registre de l'emphase : "Madame, vous avez créé un déclic."  Et de tutoyer son client :"Qu'est ce qu'il s'est passé dans ta tête ? Comment as-tu pu tuer un homme et faire la fête juste après ?" Réponse de Lelandais : "C'était pour zapper ce moment presque irréel." 

Les derniers mots d'Alexandra sont cinglants : "Tu avais besoin de lumière. Tu avais tout pour briller et tu as choisi une drôle de manière de le faire". Lelandais, muet, KO. Assis, absorbé par ce qu'il vient de prendre en plein cœur. Perdu dans ses pensées. Pas trop longtemps, car le témoin suivant est son meilleur ami et lui, il est très en colère. 

La colère de l'ami de Domessin     

Quand on reste ensemble des heures, sans se parler... c'est ce qu'on appelle un ami, le meilleur ami de son bled, Domessin. Julien. Le gars de l'Avant-Pays savoyard est un grand gaillard athlétique et il observe son pote dans la cage de verre. Pas besoin de mots. Sans se parler, mais à présent, c'est parce qu'ils ne sont plus amis. Lelandais : "Je connais ton regard. Ce regard noir. Je vois de la colère". Le compagnon dégaine : "Oui je suis très en colère. Il va falloir que tu lâches des choses". Lelandais piqué : "Quelle vérité ?  BFM-TV, tout ça...?" Comme il fait semblant de ne pas comprendre, l'ami précise qu'il ne croit pas au hasard dans l'affaire du caporal, que Nordahl a déjà pris des auto-stoppeuses qui ont fini dans son lit. Lelandais dresse alors la liste surréaliste des auto-stoppeurs avec qui il n'a pas eu de relation sexuelle. Quand il est contrarié, on voit bien comment l'ancien boxeur amateur réagit. La contre-attaque directe, par l'absurde si besoin. Toujours répliquer.  

"On attend tous que tu dises la vérité. Pas ta vérité." - le meilleur ami de Domessin

Alors le copain en colère lui parle au nom de tous ses amis de l'Avant-pays. Tous ces amis trahis qui n'ont rien vu venir, qui ne l'ont jamais cru capable de telles horreurs, ceux qui lui ont confié leurs enfants avant d'apprendre la tragédie de Maëlys. "On attend tous que tu dises la vérité, pas ta vérité." Devant les jurés, Julien n'hésite pas : "Je le connais depuis vingt ans. Au fond de moi, je sais que ce n'est pas un accident". Intime conviction. Evidemment la défense bondit : "Le mot "accident", d'où le tenez -vous ?" Maître Jakubowicz veut lui faire dire qu'il en a entendu parlé dans les médias, c'est son cheval de bataille, mais non, l'ami lui dit qu'il le sait, au fond de lui.

Le dernier des amis  

Dernier témoin de la journée. Troisième lame pour Nordahl Lelandais. La voix est grave, monocorde, presque sans affect. On dirait du slam, de la poésie en prose que rien n'arrête. Tant de choses à se dire, après presque quatre ans d'interruption, d'incarcération. Un adieu. Définitif. L'ami n'est pas allé le voir en prison. Il avait "peur de voir dans ses yeux ce qu'il n'avait jamais vu avant", "toute cette merde humaine." 

"Beaucoup ont de la haine. Moi, je n'en ai pas. Je n'ai que de la peine" - Un ami de Lelandais

"Nordahl est entré dans ma vie, et il en est sorti". Lui, il est le dernier ami à avoir téléphoné à Christiane Lelandais, pour la soutenir. Tous les autres ont lâché, tous les autres l'ont lâché lui aussi. Il a tenu jusqu'aux aveux concernant Maëlys. Aujourd'hui, il l'implore "d'arrêter son cinéma. Par respect pour toi, Nordahl ! Par respect pour les parents d'Arthur". Il lui propose d' "être plus léger pour ce qu'il lui reste à vivre". 

Sa conclusion fracasse les dernières défenses : "Beaucoup ont de la haine, moi je n'en ai pas. Je n'ai que de la peine. Nordahl est son propre dommage collatéral. Il s'est bousillé lui-même. Trop dommage."  

Lelandais explose en sanglots, de vraies larmes, il semble tituber. Sa voix peine à sortir.  "La vérité, j'ai commencé à l'expliquer. J'essaie de la dire mais tout le monde me dit : "Non c'est pas ça"... Tellement j'ai honte..."  Et cet ultime cri d'amour : "Tu resteras toujours dans mon cœur". Alain Jakubowicz en larmes demande au président de cesser là cette journée d'audience. Pas d'ultime séance vidéo. Le président accède à sa demande. On finira donc sur de l'émotion à défaut d'avoir éclairci quoi que ce soit sur les faits. Ce n'était pas une si mauvaise journée pour la défense. 

Tandis que Nordalh Lelandais pleure son ami disparu et le chaos de sa vie, le pote rappelle l'essentiel. Tremblant d'émotion, il vient saluer Cécile et Didier Noyer. Et juste avant de s'éclipser vers la salle des témoins, il envoie un signe de la main, amical malgré tout, à Nordahl Lelandais, prostré, incapable de se reprendre. Incapable aussi de donner une autre version que "la bagarre qui a mal tourné". 

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