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"Avenir lycéen" : des anciens lycéens orléanais dénoncent ce syndicat qui les aurait "manipulés"

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Orléans

Après de nouvelles accusations visant "Avenir lycéen", une organisation accusée de soutenir le ministre de l'Education dans un article publié ce samedi dans le journal Libération, deux anciens représentants de lycéens orléanais témoignent et dénoncent ce syndicat qui les aurait manipulés.

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale à l'Assemblée le 17 novembre dernier.
Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale à l'Assemblée le 17 novembre dernier. © Maxppp - Aurelien Morissard

"Je suis libéré, parce qu'on donne enfin la parole aux personnes qui ont été manipulées comme moi". Giovanni Siarras peut enfin souffler après ce qu'il a vécu au sein du mouvement "Avenir lycéen". Libération a publié une longue enquête ce samedi assurant que cette organisation syndicale, créée en 2018, est pilotée par l'entourage proche de Jean-Michel Blanquer "pour servir la communication du ministre", et surtout rompre tout dialogue avec les syndicats lycéens opposés à ses réformes, notamment celle du bac. 

Deux Orléanais témoignent

S'appuyant sur de nombreux témoignages, l'article affirme que le numéro 2 du ministère à l'époque, Jean-Marc Huart, était étroitement lié aux responsables d'"Avenir lycéen" et que des rectorats participaient à l'écriture de communiqués du syndicat, systématiquement favorables aux réformes gouvernementales. Contacté par l'AFP, le ministère n'a pas souhaité faire de commentaires.

Parmi les lycéens qui témoignent, deux loirétains, Teddy Wattebled et Giovanni Siarras. Le premier est élu dans son lycée François Villon de Beaugency et a tout de suite su que ce mouvement, qui a commencé avec le hashtag #avenirlyceen, allait écraser les autres syndicats lycéens. Il s'est donc battu contre "Avenir lycéen" pendant deux ans, mouvement qu'il n'a jamais rejoint.

Communiqués déformés et hashtag #avenirlyceen

Au départ, en décembre 2018, Teddy lance un blocus dans son lycée pour protester contre la réforme du bac. En tant qu'élu lycéen, le rectorat lui demande de publier un communiqué pour calmer le jeu. "On m'a renvoyé un communiqué qui était tout annoté, avec plein de modifications", commence Teddy Wattebled interrogé par France Bleu Orléans, "avec plein de propositions et des tournures de phrases différentes qui changeaient la totalité du texte". Jusque-là, le lycéen n'y voit pas d'inconvénients, il est encore jeune et sans doute que son écriture est à travailler. Le rectorat lui conseille également de mentionner le hashtag #avenirlyceen dans ces posts sur les réseaux sociaux, ce qui le trouble. "Pour que ce soit plus visible", lui assure le rectorat. 

"Une ou deux semaines après, quand j'ai vu un compte Twitter apparaître avec comme nom "Avenir lycéen", j'ai commencé à regarder", continue Teddy, "j'ai vu que c'était un think-tank, qui était quasiment tout le temps en accord avec le ministère ou alors très flou". Le lycéen y voit également "un langage très politique. Là, j'ai commencé à réaliser qu'il se passait quelque chose", explique-t-il. 

Teddy Wattebled à droite accompagné de ZoéePerochon-de-Jamatel, tous les deux élus au CSE à l'époque.
Teddy Wattebled à droite accompagné de ZoéePerochon-de-Jamatel, tous les deux élus au CSE à l'époque. - Teddy Wattebled

Costard cravate et réunion au ministère

Il se méfie, ne mentionne plus le hashtag #avenirlyceen dans ses posts et se met en tête de lutter contre ce mouvement qu'il trouve trop pro gouvernement. Il se fait donc élire au CSE, le Conseil supérieur de l'éducation, l'échelon le plus haut dans la représentation lycéenne, où siègent également des professeurs ou encore des parents d'élèves, pour contrer cette organisation syndicale. Mais là nouveau problème, Teddy partage les quatre sièges dédiés aux lycéens avec deux élus d'"Avenir Lycéen". 

Il se souvient de quelques réunions lors des différents CSE. "Quand on vient en costard cravate ou en tailleur pour représenter tous les lycéens et que quand cette réunion se passe au ministère, on se dit qu'à partir de là, on se fait un peu tromper", affirme Teddy. "Au CSE, normalement, la majeure partie des personnes sont d'accord entre elles, avec une majorité qui se dégage et "Avenir lycéen" faisait toujours partie de ceux qui étaient d'accord avec le ministère sur quasiment tous les textes", détaille-t-il. Ce qu'il faut rappeler, c'est que l'un des deux élus lycéens au CSE est la présidente de ce mouvement "Avenir lycéen".

Après les révélations de Médiapart sur les dérives financières du mouvement "Avenir lycéen" et l'enquête de Libération, Teddy Wattebled est content de s'être battu aussi farouchement. "Même si pendant un petit moment, au début, je me suis laissé avoir, _je m'en suis rendu compte assez tôt et j'ai pu le combattre tout de suite_", affirme le lycéen, "quand je suis arrivé au CSE, je savais à quoi m'attendre et je ne me suis pas laissé faire".

"On vous vend du rêve, mais on nous a manipulés"

Le second Orléanais qui témoigne s'appelle Giovanni Siarras*. Il a été le porte-parole d'"Avenir lycéen" quelques mois, entre avril et août 2019, avant de démissionner. En décembre 2018, lors des blocus pour s'opposer à la réforme du bac, ce lycéen âgé de 17 ans à l'époque, fait partie du Conseil de vie lycéenne au lycée Charles-Péguy d'Orléans. Il se fait élire au CAVL, le conseil lycéen académique d'Orléans-Tours et rédige un communiqué, à la demande du rectorat, avec Teddy Wattebled, lui aussi élu au conseil académique. Leur communiqué est aussi retoqué par le rectorat. 

Giovanni Siarras chez ses parents dans le sud d'Orléans a été porte-parole d'Avenir lycéen entre avril et août 2019.
Giovanni Siarras chez ses parents dans le sud d'Orléans a été porte-parole d'Avenir lycéen entre avril et août 2019. © Radio France - Alexandre Frémont

"Il est mentionné dans les modifications qu'il faut dire que les blocus c'est illégal, qu'il faut revenir au calme et retourner en cours", se souvient Giovanni interrogé par France Bleu Orléans, "ce que voulait dire le rectorat et le ministère en fait". "Là, vous êtes un peu muet et vous vous dites, ce n'est pas ça que je voulais dire mais bon, je le relaie c'est mon job", continue l'ancien porte-parole de l'organisation syndicale. 

Giovanni n'a pas "le recul nécessaire" et la "maturité" dit-il à ce moment-là pour se faire une opinion. Il est même intéressé par ce hashtag #avenirlyceen et contacte son fondateur sur les réseaux sociaux qui lui vend cette organisation qui est en train de se créer et lui propose de rejoindre le mouvement. Ce qu'il accepte. 

À partir de là, il gravit les échelons et prend des responsabilités dans l'association en devenant porte-parole, "par rapport à mes compétences mais aussi par ma couleur de peau car quand vous êtes noir, c'est bien d'être porte-parole", affirme Giovanni, "comme ça vous êtes symbole de la diversité". Un jour, il doit rédiger un communiqué sur le SNU, le service national obligatoire. Giovanni décide de consulter le bureau exécutif et le conseil national de l'organisation mais tous ne sont pas d'accord ou sont mitigés par rapport à ce projet de SNU. Le porte-parole le retranscrit dans son communiqué et l'envoie pour validation au service communication. Mais ce dernier lui corrige en le modifiant presque entièrement et lui indique que ce sera un autre communiqué qui sera publié. "On me dit ton communiqué n'est pas bon, il est trop négatif, on publiera l'autre un point c'est tout", se souvient l'Orléanais, qui ne sait plus trop à quoi il sert. "On vous vend du rêve, en vous disant que vous représentez les lycéens, vous avez l'oreille du ministre, vous n'avez pas de mots, alors vous ne dites rien", regrette Giovanni après coup, "on nous a manipulés".

"Il fallait avoir un syndicat lycéen" qui porte la voix du gouvernement sur la réforme du bac

"L'objectif c'était clairement de mettre hors-jeu les autres syndicats", affirme l'ancien porte-parole du mouvement. "Vous avez un syndicat qui est créé en décembre 2018, pile au moment des blocus pour dire que la réforme du bac est une sainte réforme, évidemment que c'est un syndicat piloté par le DGesco (le directeur général de l'enseignement scolaire, numéro deux du ministre Jean-Michel Blanquer, ndlr), au niveau du timing c'est beaucoup trop visible", enchérit Giovanni Siarras. "Sachant que les syndicats comme l'UNL et le MNL prenaient de plus en plus d'influence dans les médias (contre la réforme du bac, ndlr), forcément pour le ministère c'était embêtant", continue l'ancien porte-parole d'"Avenir lycéen", "il fallait essayer de trouver une voix qui dise que la réforme est bien, d'avoir un mouvement qui se revendique comme apartisan, un syndicat lycéen qu'on essaye de tourner en notre faveur", conclut Giovanni. Il avance qu'il a des preuves pour appuyer ses propos et qu'il pourra les sortir au moment venu. 

"Personne ne nous a manipulés"

Nous avons cherché à contacter le rectorat, mais il ne communique pas à ce stade. Même chose pour le ministère, contacté par nos confrères de l'AFP. De son côté, le syndicat "Avenir lycéen" a réagi dans un communiqué ce samedi soir : "Personne ne nous a manipulés. À aucun moment quiconque au ministère de l'Éducation Nationale n'a "utilisé" notre mouvement".

* Giovanni Siarras, alors lycéen, était candidat sur la liste de la centriste Nathalie Kerrien aux élections municipales 2020 à Orléans (la liste avait recueilli 6,5% des voix au premier tour le 15 mars)

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