Faits divers – Justice

Banque de France à Vic-le-Comte : le procès des "voleurs de billets" ce jeudi après-midi

Par Olivier Vidal, France Bleu Pays d'Auvergne mercredi 14 décembre 2016 à 18:00

Le site de la Banque de France à Longues où deux agents ont dérobé des sacs de billets usagés
Le site de la Banque de France à Longues où deux agents ont dérobé des sacs de billets usagés © Maxppp - Frédéric Marquet

Deux agents ainsi que leur épouse et ex-épouse comparaissent ce jeudi après-midi devant le tribunal correctionnel de Clermont pour avoir dérobé des billets destinés à la destruction au sein de la Banque de France entre 2012 et 2014. Le montant est évalué entre 3 et 7,4 millions d'euros.

L'affaire avait fait grand bruit en plein coeur de l'été 2014. Le 28 août, Pascal Gimet directeur de la papeterie de la Banque de France située à Vic-le-Comte vient déposer plainte à la gendarmerie. Elle vise deux de ses salariés. Le 7 juillet ces derniers sont surpris en flagrant délit de "dissipitation" de billets lors d'une opération de destruction dans une salle très sécurisée du bâtiment. Le SRPJ de Clermont-Ferrand est alors chargé de l'enquête.

C'est en fait une troisième salariée, remplaçante ce 7 juillet dans cette salle forte située en zone de haute sécurité, qui signale l'incident. Ce jour-là, lors d'un contrôle, elle remarque un trou dans la palette et découvre un sac de billets caché dans une poubelle. L'un des deux prévenus se précipite alors sur le sac, qu'il s'empresse de jeter dans la trémie. Il dira au directeur de la papeterie avoir "fait une connerie". La Banque de France mènera son enquête en interne avant de prévenir les services de gendarmerie.

J'ai fait une connerie par mégarde en jetant un sac de billets avec le film plastique", l'un des deux salariés justifiant son acte dans le bureau de son directeur

Le 10 septembre, les deux mis en cause ainsi que leurs épouses sont interpellés. L'un des deux reconnaît les faits. Partiellement. Il explique la technique : récupérer les sacs de billets sur la palette (pour être détruits les billets sont entourés de plastique et déposés sur des palettes avant d'être versés dans une trémie) puis les cacher dans un bac contenant les déchets plastiques.

"Une fraude réfléchie et extrêmement habile" pour l'avocat de la Banque de France, Me Paul-Albert Iweins.

Un butin qui n'a pas pu être évalué avec précision

Pour la Banque de France neuf détournements de fonds ont été effectués entre septembre 2012 et juillet 2014. Préjudice estimé entre 3,4 et 7,4 millions d'euros. La fourchette est large. "C'est plus un rateau qu'une fourchette" ironise François-Xavier Dos Santos, l'avocat de l'un des salariés impliqués, soulevant "l'incapacité de l'institution à 'tracer' ses billets".

A ce jour, 1,8 million d'euros ont été retrouvés: 1,3 million dans un sac remis entre les mains d'un tiers, ami d'une des épouses et 500.000 euros enterrés au fond du jardin d'un des salariés. Une importante somme a été aussi brulée dans une lessiveuse.

Qu'ont-ils fait de l'argent ? Quelques voyages, des voitures d'occasion, une cuisine...

A l'époque, les rumeurs circulent allègrement sur les deux couples. Certains disent qu'ils mènent un train de vie qui ne correspond pas avec leurs revenus. "Rien d'extraordinaire" tempèrent depuis le début de l'affaire leurs avocats.

Ce jeudi après-midi, il sera donc question de ces vols qui n'ont pas pu être caractérisés de manière précise mais aussi, de fait, de la sécurité au sein de la Banque de France. Les avocats des mis en cause évoqueront également les conditions du déroulement de l'enquête. "La Banque de France a fait son enquête et a essayé de l'imposer à tous ses interlocuteurs" relève Antoine Portal, l'avocat de l'une des épouses.

Et puis il y aura cette question à laquelle il faudra que le tribunal correctionnel réponde aussi ce jeudi après-midi : les billets, usagers, dérobés par les deux agents, avaient-ils encore de la valeur alors que la Banque de France avait décidé de les détruire ? " Non, car c'est en fait un détournement de déchets de papier. En interrogeant un chiffonnier, on pourra avoir une idée du préjudice" ironise Me Dos Santos.

Les deux agents, âgés de 58 et 59 ans, sont accusés de détournement de fonds publics. Ils encourent une peine de dix ans d'emprisonnement.