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Adolescente tombée du 4e étage à Bayonne : l'hypothèse du mariage forcé très peu probable

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Pays Basque

L'enquête a peu progressé dix jours après la chute d'une adolescente de 15 ans du 4e étage d'un immeuble du quartier Balichon à Bayonne. Aucune preuve ne vient étayer la thèse de la tentative de suicide pour fuire une prétendue emprise des parents. Une accusation que réfute la communauté éducative.

Immeubles dans le quartier Balichon à Bayonne
Immeubles dans le quartier Balichon à Bayonne © Radio France - Thibault Vincent

Jeudi 7 janvier, aux alentours de 13h, une jeune femme tombe du 4e étage d'un immeuble dans le quartier Balichon à Bayonne. Il s'agit de S., une lycéenne de 15 ans. C'est sa mère qui donne l'alerte. L'adolescente est gravement blessée mais son pronostic vital n'est pas engagé. Elle souffre de multiples fractures notamment aux membres inférieurs et a dû être transférée à l'hôpital Purpan à Toulouse pour y subir certaines interventions. Une enquête a été ouverte. Dix jours après, la chute de la miraculée pose de nombreuses questions.

L'enquête ne privilégie aucune hypothèse

Relayant une source proche de l'enquête, France Bleu Pays Basque indiquait le samedi 9 janvier que la jeune fille aurait tenté de mettre fin à ses jours "pour fuir l'emprise de ses parents". Toujours selon cette source, les enquêteurs soupçonneraient "une tentative de mariage forcé" sans pouvoir étayer cette hypothèse. Aujourd'hui, selon une autre source policière, il n'existe aucune preuve en ce sens et aucune hypothèse n'est privilégiée, pas même celle de la tentative de suicide, alors que la jeune fille n'a pas encore été entendue.

L'équipe éducative qui suit la famille depuis son arrivée à Bayonne s'est vivement émue des informations publiées par France Bleu Pays Basque. Des enseignants et une psychologue scolaire ont accepté de nous parler. Cette dernière a bien voulu témoigner à visage découvert se faisant de fait la porte-parole de ses collègues. Pour elle, les thèses évoquées le 9 janvier, suicide, emprise parentale, mariage forcé... ne collent pas.

La famille a fui Daesh

La famille de S. vient du Kurdistan irakien. Le père y était militaire. En danger, il a fui au milieu des années 2010 au plus fort de l'apogée de l'Etat Islamique, quand Daesh étendait son califat en Irak et combattait les Kurdes. Aujourd'hui, ils perçoivent les accusations de mariage forcé comme un coup de poignard assure Sylvie Melina, la psychologue scolaire : "C'est une injustice, c'est un pays (la France, ndlr) qu'ils ont choisi. La petite sœur m'a dit : "tu te rends compte que l'on nous accuse de quelque chose, alors qu'on quitté l'Irak pour cela ? L'Irak, au moment de l'Etat Islamique, c'était contre cela qu'on luttait, on part de ce pays pour cela et ici on nous accuse de cela ? Tu sais bien qu'on n'est pas une famille de psychopathes Sylvie." C'est hyper douloureux."

Cette famille, arrivée à Bayonne en 2016, après avoir parcouru plus de 5000 kms via les montagnes, les routes, en bateau, et en passant par les camps de réfugiés, est décrite par les enseignants et la psychologue comme n'ayant rien à cacher. "Les services sociaux qui ont pu les accompagner aussi ont été épatés par leur transparence, affirme Sylvie Melina. Par rapport à la famille que je connais, ça ne colle pas. Quand on est en voie de radicalisation, on n'invite pas un professeur, un psychologue de l'Education nationale, une assistante sociale à rentrer chez soi et à partager des moments de vie."

"Une famille très ouverte"

Les parents s'impliquent dans l'éducation de leurs deux filles, assurent les enseignants interrogés. L'école est pour eux importante. Concernant S., arrivée en 6e, "l'UPEAA (Unité pédagogique s'occupant des élèves non francophones, ndlr) l'a bien accompagnée, affirme la psychologue scolaire, elle a fait un stage à la SNCF. Elle est battante. Dans cette famille, on les laisse vivre et on fait confiance aux institutions".

On nous décrit S. comme ayant adopté un look de "garçon manqué" : blouson, Dr. Martens aux pieds, pratiquant le football et la boxe. Sa sœur cadette, élève de 4e, serait plus coquette, joyeuse, bon élève avec l'ambition de devenir juge. "C'est une famille très ouverte, témoigne Sylvie Melina. _Les rapports des filles avec leurs parents sont tout à fait démocratiques_. Elles respirent, on les laisse grandir. Et l'école est très importante, c'est vraiment un facteur d'intégration."

"Ça ne colle pas"

Les parents aussi tentent de s'intégrer assure l'équipe éducative. Si le père a des difficultés à apprendre le français et se retrouve confronté à la barrière de la langue, la mère est bénévole à la Banque Alimentaire. Elle s'est également portée volontaire pour faire des ménages au poste avancé de Glain ouvert à plusieurs reprises depuis le début de l'épidémie de Covid-19 pour y effectuer les tests PCR. "Ça ne colle pas pour quelqu'un qui ne veut pas ni apprendre, ni rentrer dans la culture", conclut notre interlocutrice.

Pour elle, comme pour d'autres de ses collègues, la thèse de la tentative de suicide n'est pas non plus crédible. Au regard de leurs parcours, "ces filles ont d'autant plus de mérite à s'accrocher, à être résilientes et à se dire "ma vie sera ici". Avec toutes ces épreuves avoir quand même cet élan vital... C'est pour cela aussi que pour nous, penser à un suicide nous semble irréel. On a des fois, quand on travaille avec des enfants, des ados, des signes avant-coureurs. Mais là, pas du tout, vraiment aucun doute sur le fait que c'est un accident domestique."

L'hypothèse de l'accident

C'est ce qu'affirme la mère de famille. C'est elle qui a découvert sa fille quatre étages plus bas. Elle lui avait demandé d'étendre du linge sur le balcon. A son réveil, S. aurait confirmé et expliqué avoir étendu une couverture sur la rambarde. Elle se serait penché pour vérifier que cela n'empiétait pas sur le balcon du dessous et aurait été victime d'un malaise. Une version que les enquêteurs n'ont pas encore eu le loisir d'entendre. 

En attendant, Sylvie Melina espère que le mal n'est pas irréparable pour cette famille. Aujourd'hui, ils se disent "mais comment on va vivre avec ça ? rapporte la psychologue scolaire. J'espère que le mal n'est pas fait, que la solidarité des profs, des voisins... leur fera un peu chaud au cœur."

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