Faits divers – Justice

Beaumont-sur-Oise : Un pique-nique en mémoire d'Adama Traoré

Par Adrien Bossard, France Bleu Paris et France Bleu dimanche 11 septembre 2016 à 10:36

C'est dans le quartier de Boyenval, à Beaumont-sur-Oise, que se sont réunis les habitants.
C'est dans le quartier de Boyenval, à Beaumont-sur-Oise, que se sont réunis les habitants. © Radio France - Adrien Bossard

Un mois et demi s'est écoulé depuis la mort d'Adama Traoré, lors de son interpellation à Beaumont-sur-Oise. Sa famille, qui dénonce toujours une bavure, peut compter sur ses soutiens, comme en témoigne ce pique-nique géant avec 400 personnes, samedi. Un seul mot d'ordre : "Justice pour Adama."

"Franchement, ça fait chaud au cœur". Lassana, le frère d'Adama Traoré, se dit touché par le nombre de personnes présentes pour un pique-nique géant, en mémoire de son cadet. Il y a du monde, en effet, près de 400 personnes sur le petit city-stade de Beaumont-sur-Oise, ce samedi 10 septembre. Des amis, des anonymes, des membres d'associations, quasiment tout le monde arbore un tee-shirt "Justice pour Adama" flanqué sur le devant. "Cette journée, c'est avant tout pour les remercier. Sans eux, on n'en serait pas là. Ils nous aident à rester dignes", souligne Lassana.

L’événement se veut festif. De la musique et un pique-nique au programme dans le quartier qui a vu naître et grandir Adama Traoré. Mais difficile de sourire. Cela fait désormais 50 jours que le jeune homme est mort, lors de son interpellation, le 19 juillet dernier, à Beaumont-sur-Oise. 50 jours que la famille et les proches dénoncent une bavure des gendarmes ce jour-là. Une plainte est d'ailleurs déposée pour "violences volontaires ayant entraîner la mort sans l'intention de la donner".

Djalil vient de faire floquer un maillot du PSG au nom d'Adama, son pote fan du club. Avec le numéro 19 derrière, jour de sa mort. - Radio France
Djalil vient de faire floquer un maillot du PSG au nom d'Adama, son pote fan du club. Avec le numéro 19 derrière, jour de sa mort. © Radio France - Adrien Bossard

Les deux autopsies pratiquées ne révèlent pas de traces de violences, mais notent la présence d'un syndrome d'asphyxie. Sous l'effet de la pression exercée au sol par les gendarmes lors de l'interpellation ? La famille, en tout cas, en est persuadée. Elle en fait son combat.

"Notre but : mettre les gendarmes en examen", Assa, sœur d'Adama

"Notre conviction, c'est qu'il y a des choses pas très claires dans tout ça. On nous met des bâtons dans les roues sans arrêt, s'emporte Assa, l'une des sœurs. On se sent humiliée par la justice. On a perdu notre frère quand même ! Il faut que ceux qui l'ont tué paient pour ce qu'ils ont fait. Notre but, c'est que les gendarmes soient mis en examen". La famille Traoré ira "jusqu'au bout" dans sa "quête de vérité".

"Quoi que ça coûte, on ne lâchera pas", Lassana.

"Nous avons des nouveaux éléments qui accréditent la thèse de la bavure, ils seront communiqués par nos avocats dans la semaine, poursuit Lassana. Et nous avons bon espoir que l'affaire soit dépaysée". C'est-à-dire qu'une juridiction d'un autre département se charge du dossier au profit du tribunal de Pontoise, "qui ne nous prend pas au sérieux", estime le grand frère.

Les soutiens qu'elle reçoit, même au-delà des frontières, l'encourage à poursuivre le combat. "Cette cause internationale", selon les propres termes d'Assa souffle même sur le Mali, pays d'origine de la famille. Le président en personne vient de rencontrer certains membres. Une rencontre qui a touché la maman d'Adama Traoré. "Il a dit qu'Adama était son fils, nous a présenté ses condoléances, c'est une grande reconnaissance pour moi. Disons que ça soulage un peu, même si ça ne ramènera pas mon fils", dit-elle avant de fondre en larmes.

Une manifestation à venir avec Omar Sy ?

Une partie de la famille Traoré prend la parole pour remercier ses soutiens. "Le combat continue". - Radio France
Une partie de la famille Traoré prend la parole pour remercier ses soutiens. "Le combat continue". © Radio France - Adrien Bossard

Le mouvement va prendre de l'ampleur, la famille en est convaincue. Elle promet de nouvelles actions, "s'il faut aller dans la rue tous les jours, nous irons", assure Assa. Les soutiens d'artistes tels que Kery James ou encore Omar Sy pourraient aider à mettre cette histoire encore plus en lumière. Seront-ils présents lors des prochains rassemblements ? "C'est possible", avance Lassana.

Le reportage d'Adrien Bossard.