Bourges : 80 ans après la "Retirada", un réfugié espagnol témoigne devant des lycéens
C'est un épisode méconnu de notre histoire : il y a 80 ans, le Cher accueillait 3.000 réfugiés espagnols, chassés par le général Franco. Les trois-quarts seront concentrés à l'abbaye de Noirlac, près de Saint-Amand-Montrond, dans des conditions très spartiates. Ils y resteront jusqu'au printemps 40.
Bourges, France
José Florès, 92 ans, toujours bon pied, bon œil, se bat contre l'oubli. Il avait 12 ans quand il est arrivé à Noirlac le 3 février 1939 avec sa mère et ses cinq frères et sœurs. Plus d'un an à vivre sur la paille, sous la surveillance des gendarmes : "On était traité comme des rouges. Même les enfants. On n'avait droit à aucun contact avec les fermiers du coin. Pourtant, on n'était pas tous communistes ! Je ne savais pas à l'époque pour qui mes parents votaient. Tout ce qu'on a fait, c'était fuir les combats à Oviedo, dans les Asturies, pour sauver notre peau. Ce que je veux, c'est qu'on n'oublie pas le sacrifice de nos mères."
Son histoire, José est venu la raconter devant deux classes du lycée Alain Fournier de Bourges. La maman de José, illettrée, trouvera finalement du travail dans une blanchisserie militaire à Bourges. La famille ne quittera plus la ville : "Il a connu l'exil", décrit Stephanie Otero, professeur d'espagnol. "Et il est encore plein de vivacité et d'enthousiasme pour que personne n'oublie le sort de ces populations. Un témoignage direct comme celui-là, c'est ce qui marque les jeunes. Et dans quelques années, ils ne seront plus là pour raconter." Dans le cadre de ce projet pédagogique, les élèves sont allés en Espagne, à Guernica : "C'était vraiment très intéressant", témoigne Stephen, 17 ans. "C'était très prenant et ça nous racontait bien l'histoire."
Cette classe de première et cette classe de terminale visiteront également l'abbaye de Noirlac même si le monument ne garde pas de trace de ce camp : "J'aimerais bien que cet épisode apparaisse plus quand on visite l'abbaye" indique Carmen Alvarez, professeur d'espagnol, coordinatrice du projet. "Mais ce n'est pas totalement absent. Des guides en font heureusement état." Un projet pédagogique qui permet aux élèves, au-delà de la langue et de l'histoire de se forger une conscience citoyenne : "J'aurai le droit de vote l'an prochain", explique Stephen, "et c'est vrai que ce travail m'incitera à aller voter. On ne peut pas non plus s'empêcher de faire le parallèle avec les migrants qui quittent leur pays aujourd'hui pour venir en Europe."
José Florès, lui, est plus prudent et veut éviter les amalgames avec les migrants économiques : "Quand on a l'argent pour payer un passeur, j'estime qu'on a l'argent pour manger dans son pays. Nous, on fuyait des combats. Mais ce n'est que mon point de vue." 500.000 Espagnols ont fui leur pays à la fin des années 30.