Faits divers – Justice

Bourges : Un an avec sursis pour esclavagisme moderne

Par Michel Benoît, France Bleu Berry vendredi 23 décembre 2016 à 16:20

Le tribunal correctionnel de Bourges a statué sur une affaire d'esclavagisme moderne
Le tribunal correctionnel de Bourges a statué sur une affaire d'esclavagisme moderne © Radio France - Michel Benoit

Un an de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende. Le tribunal correctionnel de Bourges vient de condamner un retraité de Neuvy-sur- Barangeon pour avoir exploité durant plusieurs années un Ivoirien âgé de 40 ans aujourd'hui.

Le prévenu était poursuivi pour esclavagisme et traite d'être humain. Son employé disposait d'un simple visa de tourisme et travaillait régulièrement comme homme à tout faire dans la propriété berrichonne de cet expatrié. Ses journées atteignaient parfois jusqu'à quinze heures de travail, pour un salaire aléatoire de moins de 800 euros par mois. Les poursuites n'avaient été entamées que pour travail dissimulé. C'est le comité français contre l'esclavage moderne, qui a obtenu que le tribunal statue également sur la notion d'esclavage et de traite d'être humain. Le tribunal a retenu l'ensemble des charges. Cet Ivoirien s'était en effet retrouvé totalement isolé dans cette grande propriété de Neuvy sur Barangeon, au décès de l'épouse du prévenu, sans possibilité de regagner son pays car il ne disposait pas de papiers en règle. Le tribunal a assorti la peine d'emprisonnement de sursis, eu égard au grand âge du prévenu, a souligné la présidente du tribunal. Cet expatrié de 75 ans, qui fut un temps élu représentant des français de l'étranger, ne s'est pas présenté pour ce délibéré. Il devra payer 50.000 euros d'amende. La justice statuera sur les dédommagements lors d'une audience civile le 24 mars. L'avocate de la victime a réclamé 163.000 euros au titre des divers préjudices. Cet homme Ivoirien travaille aujourd'hui dans un palace parisien où il fait les chambres. Ce jugement devra être affiché en mairie de Neuvy sur Barangeon et publié notamment dans la revue Cohorte : c'est le journal de la légion d'honneur, ce petit liseré rouge qu'arborait fièrement le prévenu lors de l'audience. Le comité français contre l'esclavage moderne, par la voix de sa vice présidente, Sylvie O'Dy, est particulièrement satisfaite que la charge de traite d'être humain à des fins d'exploitation économique ait été retenue. C'est encore assez rare en France. Il faut dire que cette incrimination ne date que de 2013. L'avocate du comité, Me Juliette Vogel, y voit également un élément important qui aurait peut-être justifié une peine plus lourde. L'avocate du condamné n'a pas souhaité faire de commentaire. Elle indiquera début janvier si son client compte faire appel.