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Faits divers – Justice

Bretagne : bientôt des détenus libérés faute de personnel pour les emmener au tribunal ?

A partir de lundi, les transferts des détenus de leur prison vers les tribunaux seront assurés par des fonctionnaires rattachés à l'administration pénitentiaire, et plus par les gendarmes et les policiers. Problème : de l'avis de tous, les effectifs affectés à cette tâche sont sous-dimensionnés.

Certains procès risquent d'être reportés faute de personnel.
Certains procès risquent d'être reportés faute de personnel. © Radio France - Valérie Le Nigen

Bretagne, France

Les nouveaux effectifs sensés remplacer les policiers et les gendarmes en charge du transfert des détenus sont bien arrivés à Lorient, mais selon un syndicaliste, ils n'ont "ni véhicule adapté, ni gilet pare-balle". A cela s'ajoute une zone démesurée, qui va de Vannes à St-Brieuc, en passant par Quimper et Brest.

"Pas de gilets par balle ni de véhicule adapté"

Beaucoup de kilomètres donc et une dizaine de personnes seulement. "C'est impossible", selon un autre représentant syndical qui rappelle : "à Lorient, il faut compter 350 extractions par an !"

La Cour d'Appel de Rennes parle d'un "sous-dimensionnement des effectifs"

Dans un courrier à tous les responsables de la police et la gendarmerie en Bretagne, que France Bleu s'est procuré, le président de la Cour d'Appel de Rennes tire la sonnette d'alarme. Il évoque le "sous-dimensionnement des effectifs" qui entraîne des "Impossibilité de faire", autrement dit, des reports de procès car la personne jugée n'a pas pu être transportée au tribunal. Le risque, à terme, c'est de libérer des prisonniers qui sont restés trop longtemps en détention provisoire, car ils n'ont pas pu être jugés dans les temps. Certains redoutent déjà des cas de récidives.

Les gendarmes très remontés

D'ailleurs, le magistrat ajoute qu'il est conscient de "l'incompréhension que susciterait une remise en liberté pour ces motifs". Il demande donc aux forces de l'ordre de poursuivre les transfèrements. Mais de leur côté, les gendarmes ont déjà prévenu, ils refuseront de s'en occuper : "on s'en tiendra à l'application stricte de ce qui est prévu, nos effectifs sont mobilisés ailleurs" lâche un des gradés de la Gendarmerie du Finistère. Ambiance.

Des audiences reportées, des détenus libérés avant leurs procès

Pourtant, les magistrats assurent qu’ils vont tout faire pour limiter la surcharge de travail, en organisant par exemple certaines auditions par visio-conférence, ou encore en reportant les audiences quand c'est possible. Ils seraient même prêts, ajoute le président de la Cour d'Appel dans le courrier, à attendre la libération de détenus en détention provisoire, dans les dossiers qualifiés de "moindre importance".

"Elle ne peuvent même pas assurer 3 procédures sur 10!", s'agace un policier breton

Le problème c'est que les forces de l'ordre ne manquent pas de rappeler qu'elles ont perdu des postes, pour créer justement ces nouvelles unités en charge du transfèrement. Des unités déjà dépassées par l'ampleur de la tâche. "Elles ne peuvent même pas assurer 3 procédures sur 10" s'agace un policier, dont les plannings sont déjà compliqués par l'état d'urgence.

La brigade de Vezin-le-Coquet pourrait disparaître, mais attend une annonce officielle

C'est encore plus tendu en Ille-et-Vilaine, où la brigade spécialement créée près du centre pénitentiaire de Vezin-le-Coquet ne sait pas ce qu'elle va devenir. En attendant, elle continue d'assurer sa mission qui mobilise une vingtaine d'homme par jour pour cette seule prison... Mais 20 hommes, c'est le double des effectifs du nouveau service affecté à Rennes pour assurer cette tâche.

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