Faits divers – Justice

Tout ce qu'il faut savoir avant le procès des émeutes de Moirans

Par Virginie Salanson et Véronique Saviuc, France Bleu Isère et France Bleu dimanche 18 septembre 2016 à 23:48

Des voitures incendiées sur la RD 1085 à Moirans, le 20 octobre 2015.
Des voitures incendiées sur la RD 1085 à Moirans, le 20 octobre 2015. © Radio France - Marie Rouarch

Douze personnes, neuf hommes et trois femmes, comparaissent à partir de ce lundi 19 septembre, devant le tribunal de Grenoble, en Isère. Elles sont accusées d'avoir participer aux violences qui avaient touché Moirans, le 20 octobre 2015. Retour sur les principales questions autour de cette affaire.

Ce lundi 19 septembre, commence le procès de douze personnes, neuf hommes et trois femmes, suspectées d'avoir participé aux émeutes du 20 octobre 2015 à Moirans, en Isère. Cette commune de 8.000 habitants est située à une vingtaine de kilomètres de Grenoble.

Que s'est-il passé le 20 octobre 2015 ?

Ce jour-là, une cinquantaine de gens du voyage, installé sur le campement de Moirans, s'est livré à des violences spectaculaires.

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Ils demandaient qu'un jeune de la communauté des gens du voyage, détenu à Chambéry, puisse assister aux obsèques de son frère de 17 ans. Ce dernier avait été tué trois jours plus tôt après un cambriolage : la voiture volée dans laquelle il s'enfuyait avait terminé sa course dans un arbre. Face au refus des autorités de libérer brièvement le grand frère du jeune voleur décédé, une cinquantaine de gens du voyage avaient érigé et incendié des barricades. Les départementales 1085 et 120 avaient été coupées pendant plusieurs heures. La gare de Moirans et plusieurs commerces avaient été mis à sac, la ligne SNCF Lyon-Grenoble coupée, privant de circulation 125 trains. Trente-cinq voitures avaient brûlé.

Il avait fallu plus de douze heures aux forces de l’ordre pour éteindre l’incendie, malgré le renfort de plus de 200 gendarmes et policiers.

Qui comparaît devant la justice ?

Après les émeutes, il avait fallu trois mois d'enquête pour identifier des participants aux émeutes : tests ADN, empreintes digitales, analyse photo et vidéo... etc. Au final, en janvier 2016, 17 personnes ont été interpellées. Depuis, deux ont été mises hors de cause et trois autres, mineurs à l'époque, comparaîtront avant la fin décembre devant un juge des enfants.

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Douze personnes sont donc jugées à partir de ce lundi 19 septembre : neuf hommes âgés de 19 à 52 ans et trois femmes de 45, 57 et 59 ans. Parmi elles, la mère de l'adolescent décédé dans un accident de voiture à Saint-Joseph-de-Rivière et du jeune détenu de 24 ans qui demandait à assister aux obsèques.

Que reproche-t-on aux accusés ?

Onze prévenus comparaissent libres, un douzinème est incarcéré. Ils sont poursuivis pour participation aux émeutes, destructions de biens par moyens dangereux (incendie de palettes et de 35 voitures) ainsi que pour entrave à la circulation des trains et des véhicules sur les départementales 1085 et 120. Ils risquent jusqu'à 10 ans de prison pour les incendies.

Pour l'instant, onze parties civiles sont connues : six personnes morales, (la SNCF, le conseil départemental, le Pays Voironnais, la commune de Moirans, la casse de voitures pillée et une autre entreprise) et cinq personnes physiques, les propriétaires des voitures brûlées. Vingt-quatre autres personnes ont été identifiées et peuvent se constituer parties civiles pendant l'audience pour obtenir des dédommagements.

La polémique politique

Si les émeutes n’ont fait ni mort ni blessé, elles ont fait la une des journaux télévisés. Le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve étaient venus sur place. Le gouvernement, accusé de laxisme, avait essuyé de vives critiques, à quelques mois des élections régionales. L’opposition l'avait accusé de contribuer au "délitement" de l’autorité de l’État.

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Y a-t-il des antécédents dans cette affaire ?

Deux mois plus tôt, des gens du voyage avaient en effet déjà organisé un blocage spectaculaire de l’autoroute A1 à Roye, dans la Somme, pour des raisons similaires. Le 5 février 2016, dix personnes avaient été condamnées à des peines allant jusqu'à dix-huit mois de prison ferme.

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Le procès va durer jusqu'au 30 septembre, avec un dispositif de sécurité renforcé, à l'extérieur et à l'intérieur du palais de justice de Grenoble. Les entrées seront filtrées et la salle d'audience est limitée à soixante places.

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