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Faits divers – Justice

EXCLUSIF - Cédric Hengbart, ex-joueur de l'AJ Auxerre : "Je suis ruiné"

L'ancien footballeur (38 ans) de Caen (01-08), Auxerre (08-13) et l'AC Ajaccio (13-14) fait partie des joueurs qui se disent victimes d'une escroquerie immobilière, révélée par L'Equipe, et mise en place par des intermédiaires et des conseillers en gestion de patrimoine. Son témoignage est poignant.

Durant ses 15 saisons en professionnel, Cédric Hengbart a disputé la Ligue des Champions avec l'AJA contre le Réal Madrid de Cristiano Ronaldo en 2010
Durant ses 15 saisons en professionnel, Cédric Hengbart a disputé la Ligue des Champions avec l'AJA contre le Réal Madrid de Cristiano Ronaldo en 2010 © Maxppp - CHRISTOPHE KARABA

Auxerre, France

France Bleu Auxerre : A quel moment vous êtes-vous rendu compte que vous vous étiez, apparemment, fait escroquer ?

Quand, à un moment donné, on a besoin de revendre les biens,  que nos salaires baissent et qu'il faut tout revendre pour retomber sur nos pieds. Et on se rend compte que revendre est impossible car, en face, on a des biens qui ne sont même pas en travaux et que l'argent des travaux est parti on ne sait où.

Et là, tout s'écroule. Tout ce que l'on a mis en place pour le futur, on le perd en peu de temps. J'ai réussi à tenir avec mes économies, pendant deux ou trois ans, mais à un moment donné, les réserves ont une fin et on se retrouve sans rien. Il y a ce sentiment de honte, surtout par rapport aux gens qui gagnent très peu leur vie, de se retrouver là aujourd'hui.

Vous avez gagné jusqu'à plus de 50.000 euros par mois, durant votre carrière, à l'AJ Auxerre. On se dit : Comment est-ce possible de tout perdre ?

Même moi, je me le dis. Quand je repense au début de ma carrière, quand je travaillais et que je mettais en rayon en magasin, je me dis, ce n'est pas possible. Déjà, quand on parle de telles sommes, c'est en brut. Une fois en net après les impôts déduits, cela fait beaucoup moins. Mais si, c'est possible, sans s'en rendre compte, petit à petit. Déjà, il y a des sur-investissements pour assurer ses arrières. Et au bout du compte, quand, en face, on a des biens qui n'ont plus leur valeur d'achat, on se retrouve dans cette situation-là.

Comment vivez-vous la situation aujourd'hui ? Comme beaucoup de ces joueurs apparemment escroqués, êtes-vous ruiné ?

C'est très compliqué au quotidien, je n'ai plus grand chose. Ce qui a été compliqué, c'est surtout le fait d'accepter les faits par rapport à ce que l'on a gagné et tout l'investissement que j'ai mis pour épargner et être assez tranquille jusqu'à la fin de mes jours. On a un sentiment de honte. Notamment par rapport à mes parents qui sont tous les deux ouvriers. On n'ose pas en parler. Durant une période, je n'osais plus aller à Auxerre (il vit à Chablis) par peur du regard des gens, peur d'être jugés. Et qu'on nous dise que l'on est trop con, ce qui est vrai dans l'histoire. Après, il y a des gens qui n'arriveront pas à comprendre et je le conçois. Maintenant, je l'ai accepté, cela fait six mois que je commence à en parler, que je suis prêt à affronter la réalité. Souvent, les gens jugent tout de suite et disent, "c'est n'importe quoi". Oui, avec un salaire comme ça, c'est n'importe quoi. Mais quand on explique le cheminement, les gens se disent "ah oui, cela aurait pu arriver à n'importe qui". Mais cela a mis du temps, un an et demi, deux ans, à pouvoir l'accepter.

Cédric Hengbart: "On pense au suicide"

A quel point a-t-on honte, quand on sait que dans le football professionnel, on est très orgueilleux ?

Pour vous donner un exemple, j'avais une maison à Auxerre, je suis passé devant une seule fois. Il y a ce sentiment de culpabilité, de honte de l'avoir perdue et même de venir à l'AJA. Car, même si les gens ne sont pas au courant, et qu'ils le seront désormais, cela fait partie de ma vie, mais on se dit se tout le monde nous regarde un peu avec un sentiment de mépris. Même si ce n'est pas vrai, on le perçoit comme ça. Il y a beaucoup de fois ou les gens me disent, "tiens, un ancien professionnel qui roule en Citroën, c'est bizarre". Et bien, c'est comme ça, cela fait partie de la vie. Moi, l'argent, ce n'est pas ce qui... (il s'arrête) cela aide au quotidien, il n'y a pas de soucis, mais on peut tous s'en remettre, c'est plus ce sentiment de culpabilité, de honte par rapport aux autres. Par rapport au gens, il ne faut pas se plaindre. Cela fait 5 ans que je suis dans cette histoire, je ne me suis pas plaint une seule fois. Là, cela sort et on en parle, mais sinon, ce n'est pas mon problème.

L'ancien défenseur de l'AJA a joué 5 saisons pour le club icaunais - Maxppp
L'ancien défenseur de l'AJA a joué 5 saisons pour le club icaunais © Maxppp - Thomas BREGARDIS

Combien avez-vous perdu dans cette affaire Cédric Hengbart ?

Toutes mes économies et mes placements. Cela représente entre 500 000 et 1 million d'euros. C'est entre les mains des tribunaux et on verra ce qui se passera.

Pense-t-on au suicide dans ces moments-là ?

Oui, franchement, on y pense. Tout s'accumule et tout est difficile. Encore une fois, c'est la honte par rapport aux gens. On se dit "mince, il y a des gens qui ont mis plus de côté que moi" alors qu'ils gagnent peu leur vie. Et tant mieux, je suis content peur eux, je ne suis pas jaloux. Mais c'est vrai que c'est se dire: "mince, avec ce que l'on a touché, en un mois, on arrivait à mettre de côté ce que les gens mettent de côté en 5 ans". Donc oui on pense au suicide. Après, c'est la force ce caractère qui fait qu'on avance. Je pense aussi à cet ancien professionnel de Bordeaux qui était SDF et qui est décédé dans la rueL (Joachim Fernandez, mort de froid, à Lormont, près de Bordeaux, le 18 janvier 2016, à 43 ans). J'ai une grosse pensée pour lui aussi car on montre du doigt un peu trop ces personnes-là qui ont tout perdu et cela fait partie de la vie. Il ne faut pas être jaloux, ni haineux à notre égard. On a gagné de l'argent, je ne voulais que pas que l'on soit haineux, on n'en n'a plus, il ne faut pas l'être non plus.

Peut-on encore compter sur le milieu du football dans ces moments-là ? A-t-on encore des amis ?

Le milieu du foot est là, il n'y a pas de soucis. Je remercie d'ailleurs Monsieur Guy Roux. Il m'a appelé pour me proposer son aide. Je l'ai croisé quand j'étais à l'AJA, sans l'avoir eu comme entraineur. Il m'a dit "l'AJA est une famille et je serai toujours-là pour les gens de la famille de l'AJA". C'est dans ces moments-là que l'on voit les grandes personnes.

Merci beaucoup Cédric Hengbart*... (Il coupe) Un dernier point, je ne veux absolument pas faire pitié. Je suis très fier d'être consultant pour vous à France Bleu Auxerre. Il y a d'autres joueurs qui ont connu ça et il faut avancer."

*Cédric Hengbart est notre consultant football sur France Bleu Auxerre.

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