Faits divers – Justice

Chantage, argent ou jalousie : quel est le mobile du meurtre de la rue Albert-Maignan au Mans ?

Par Ruddy Guilmin, France Bleu Maine mardi 19 janvier 2016 à 16:22

Résidence rue Albert-Maignan
Résidence rue Albert-Maignan © Radio France

Trois personnes dont la femme de la victime sont mises en examen pour l'assassinat de Frédéric Guittard, retrouvé tué de trois balles chez lui le 29 juin dernier. Mais qui a tué ? Et pour quelle raison ? A l'heure actuelle, les versions divergent et de nombreuses zones d'ombre demeurent.

Des versions contradictoires, des aveux puis des rétractations, un mobile encore flou... Toute la vérité est loin d'être faite sur le meurtre de Frédéric Guittard, l'ancien directeur commercial de la charcuterie Prunier de Connerré, retrouvé tué de trois balles chez lui le 29 juin, à l'âge de 51 ans. Mais les principaux suspects sont désormais identifiés par la justice. Arrêtés tous les trois la semaine dernière, la femme de la victime, Touria Rafjaoui, 50 ans, ainsi qu'une de ses amie, Magali Doulay, 42 ans, et le compagnon de celle-ci, Jean-François Ornano, 41 ans, ont été mis en examen pour assassinat et écroués. 

Tout en explorant différentes pistes induites par la "vie très riche et très agitée de M. Guittard", les enquêteurs du SRPJ d'Angers se sont rapidement intéressés à ce couple, après avoir appris qu'ils se trouvaient au Mans le week-end précédent le crime. Lequel a probablement été commis le lundi dans la matinée. "Ensuite, les données techniques sont venues confirmer qu'ils pouvaient être impliqués sérieusement dans l'affaire", explique le procureur de la République Philippe Varin :

On a constaté que le téléphone de Frédéric Guittard, qui avait disparu, était géolocalisé au même endroit et au même moment que celui de M. Ornano, au départ du Mans.

Chez cet homme domicilié à Ajaccio, les enquêteurs ont également retrouvé l'ordinateur de la victime,  qui pourrait être au cœur de cette affaire.

Un chantage à la sextape ?

A l'époque des faits, Frédéric Guittard et sa femme Touria étaient en instance de divorce. Une séparation conflictuelle qui avait donné lieu quelques semaines avant le crime à une audience de non-conciliation. "Il y avait de nombreuses difficultés entre-eux, précise le procureur, des difficultés d'ordre financier, avec un bien immobilier commun sur lequel ils n'étaient pas d'accord." Frédéric Guittard avait aussi beaucoup plus d'argent : il avait quitté la société Prunier quelques années plus tôt avec un joli chèque de 150 000 € et investissait beaucoup d'argent en bourse. "Il y avait aussi des difficultés sentimentales car M. Guittard avaient de nombreuses maîtresses..." Enfin, Frédéric Guittard aurait menacé de diffuser un fichier informatique compromettant à propos de la vie sexuelle de son épouse, avec laquelle il avait pratiqué pendant plusieurs années l'échangisme et le libertinage.

D'après ses déclarations devant le juge d'instruction, Touria Rafjaoui confie alors ses problèmes à son amie de longue date Magali Doulay, qui propose de venir lui rendre visite au Mans en compagnie de son nouvel ami, Jean-François Ornano. Ils auraient convenu d'aller "punir" la victime afin de récupérer le fameux fichier. "Mais on n'est pas obligé d'être convaincu que c'est la seule et unique raison", indique le procureur. Elle avoue également les avoir guidés jusqu'à l'appartement, et leur avoir prêté le badge d'accès que l'une de ses filles (le couple Guittard a deux filles âgées de 15 et 19 ans ) possédait pour aller chez son père.

Mais Mme Rafjaoui a affirmé au juge qu'elle n'avait jamais imaginé que ça irait jusque-là

Des versions contradictoires

A partir de là, les versions divergent. Jean-François Ornano a d'abord expliqué aux policiers que "Touria avait exprimé le souhait de voir son mari disparaître." Il a également avoué s'être énervé face à la victime, qui refusait de donner le fichier, et l'avoir abattu de deux balles. Avant de se rétracter lundi devant le juge d'instruction manceau : "Il dit aujourd'hui n'avoir commis aucune violence ni aucun crime." En garde à vue, sa compagne s'est elle-aussi accusée d'avoir abattu la victime de deux balles, tout en précisant qu'au début, l'objectif n'était que de l'intimider pour récupérer le fichier. Mais ensuite, devant le juge d'instruction, elle a tout simplement gardé le silence.

Bref, dans cette affaire le mobile et le scénario exacts restent à déterminer. Et des zones d'ombres restent à éclaircir : qui a vraiment tué ? Y-a-t-il eu plusieurs tireurs ? Où est passée l'arme du crime, qui n'a pas été retrouvée ?  Des confrontations et des auditions vont se poursuivre pour essayer de répondre à ces questions. Quand à savoir s'il pourrait y avoir d'autres interpellations à l'avenir : "Je ne vous répondrai pas", rétorque le procureur de la République.