Faits divers – Justice

Charlie : "L'école ne parle pas assez de République appliquée"

Par Florence Pérusin, France Bleu Gironde jeudi 7 janvier 2016 à 9:51

Clothilde Chapuis dans le studio de France Bleu Gironde
Clothilde Chapuis dans le studio de France Bleu Gironde - Aurélie Bambuck

La présidente de la LICRA en Gironde (Ligue contre le Racisme et l'Antisémitisme) Clothilde Chapuis estime qu'aujourd'hui l'école fait beaucoup de grands discours sur les valeurs de la République mais ne les fait pas assez vivre.

France Bleu Gironde : Pourquoi avoir décidé de cibler les lycéens pour cette journée d'hommages ?

Clothilde Chapuis : On vient de fêter il y a 1 mois les 110 ans de la loi qui a consacré notre état laïc, et cette célébration fait clairement écho au triste anniversaire des attentats du 7 janvier et de l'hyper casher, puisque c'est la liberté d'expression qui a été attaquée au nom d'une interdiction du droit au blasphème. Il y a un lien direct entre laïcité et liberté d'expression, qui sont deux grands principes qui fondent notre République. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi à la fois de rendre hommage aux victimes et de faire réfléchir ces lycéens.

Quand vous voyez les tueurs des attentats qui sont issus justement de l'école de la République pour certains. Où a-t-on échoué à vos yeux ?

Je pense qu'on a manqué quelque chose dès le départ. C'est la République qui est en échec, pas seulement l'école qui n'est que le reflet de ce que nous en faisons et des moyens que nous y mettons. Donc je pense que l'école est fondamentale aujourd'hui et n'a pas la place qu'elle devrait avoir puisqu'à un moment donné tout le monde passe par ses rangs. C'est là qu'il faut aller et que la pédagogie doit être faite. Ce qui manque le plus aujourd'hui, c'est la République appliquée. 

On utilise des grands mots et des grands discours incantatoires, mais en réalité, on ne fait pas vivre ces valeurs. Il faut amener les jeunes à prendre conscience de ce qu'est concrètement la liberté d’expression en leur faisant rencontrer des journalistes par exemple. Leur faire comprendre aussi que la fraternité, c'est aussi notre système de sécurité sociale et leur faire prendre conscience que ces valeurs sont précieuses.

On a l'impression que ce débat sur la laïcité, il est sans fin. On arrivera un jour à le trancher ?

C'est bien le problème, moi je crois que tout le monde s'est réinterrogé sur cette question, et on s'aperçoit aujourd'hui qu'on a tous nous adultes, une idée différente avec des définitions différentes. C'est pour ça que la LICRA a aussi été sollicitée pour intervenir auprès des professeurs dans un premier temps. La laïcité c'est une liberté de pouvoir choisir en conscience et pratiquer la religion de son choix. Mais c'est aussi une liberté qui nous interdit d'imposer aux autres cette même religion.

A quel moment on impose aux autres sa religion ?

Je crois que tout dépend de la façon qu'on a d'arborer ces signes religieux et de l'intention qu'on y met. Si l'intention c'est de faire du prosélytisme pour imposer quelque chose ça pose une difficulté. Quand c'est fait avec respect - et vous savez que la maman du militaire qui  a été tué par Mérah a fait l'objet d'une polémique car elle porte le voile dans les écoles - ça, ça ne pose aucun problème à mes yeux car ce voile est le digne de son deuil. Donc ne stigmatisons pas mais par contre soyons vigilants concernant tout ce qui peut être une manifestation à des visées politiques.

Clothilde Chapuis invitée de France Bleu Gironde