Faits divers – Justice

Procès du meurtre d'Avanton : 25 ans de réclusion pour le père de famille

Par Baudouin Calenge et Delphine Garnault, France Bleu Poitou vendredi 13 janvier 2017 à 21:02

L'avocat général Frédéric Clot
L'avocat général Frédéric Clot © Radio France - Baudouin Calenge

La cour d'Assises de la Vienne a condamné à 25 ans de réclusion criminelle Raphaël D, ce père de famille qui tué sa compagne d'une 30 aine de coups de couteaux. L'avocat général avait demandé la perpétuité après une dernière journée riche en émotion.

Aux déclarations d'amour très touchantes des proches ont succédé les différentes plaidoiries. Les mots sont durs. Les images fortes dans une cour d'assises bondée comme jamais. «Avec ce tapis qu'il pose sur le corps de Marine juste après les faits, assène Me Zoro, il tourne la page». Allusion au fait qu'il a relancé peu après depuis la prison sa vie amoureuse avec sa maitresse «Mais pour la famille de Marine, la vie s'est arrêtée ce 9 juin». «Vous avez fait tomber un voile de malheur sur une famille dont la vie était ensoleillée par la victime» ajoute une autre représentante des parties civiles. Un crime atroce pour l'avocat général Frédéric Clot qui rappelle l'adultère, les mensonges, le caractère manipulateur et la froideur de l'accusé

L'accusé en sanglots

Mais toute l'horreur de ce «carnage» selon l'avocat général et ses conséquences, c'est l'avocate des enfants qui va en donner toute la mesure. En se mettant dans la peau de l'aînée des deux fillettes, Me Emilie Hay raconte ce que Lou a vécu de la veille du drame à ce jour où Lou est placée avec sa soeur dans une maison d'enfants à Amboise. De sa petite voix, Me Hay raconte les coups portés à sa maman par Raphaël, sa tentative de la réveiller, sa course éperdue pour trouver du secours. L'avocate enchaîne sur le quotidien des fillettes, leurs cauchemars, la difficulté de Lou à regarder un homme en face. Rapporte enfin cette question posée à un éducateur : «Mais qui me protégera quand mon papa sortira de prison ?» Ce récit fait craquer Raphaël : il fond en larmes, prend peut être enfin conscience de la portée de son crime.

La réclusion criminelle a perpétuité

Un crime pour lequel l'avocat général réclame au final la perpétuité estimant que «qui oublie ou ne connait pas son passé est obligé de le revivre». Allusion au fait que l'accusé ait très mal réagi à l'initiative de la famille de Marine d'organiser en présence des filles une cérémonie pour honorer sa mémoire. Et pour justifier son réquisitoire, l'avocat général a rappelé le rapport du psychiatre qui estime qu'il y a un risque de récidive tant que l'accusé n'aura pas pris pleinement conscience de son crime.

Une peine juste

Après ce réquisitoire, l'avocat de l'accusé cherche aussitôt à rééquilibrer les choses dans l'esprit des jurés. «Le condamner, oui, mais il ne faut pas se tromper» . Me Sillard rappelle ensuite le contexte : des tensions grandissantes, permanentes les derniers mois de vie du couple. La jalousie de Marine, la peur de Raphaël de la voir partir loin avec les enfants mais aussi l'absence de violences dans le passé de l'accusé. Pour en venir au drame incompréhensible. «Qui a commencé ?» s'interroge l'avocat. On n'en sait rien sauf que Raphaël portera le premier coup et qu'en réaction selon Me Sillard elle menace de partir loin. «Et c'est là - il vous l'a dit hier - qu'il a vu rouge.» .. «Un coup de folie»;; Pas question d'expliquer l'inexplicable pour l'avocat qui avait retracé avant le passé du couple, ses tensions grandissantes, ses peurs et notamment sa peur de voir Marine partir loin avec ses enfants. Me Sillard, de conclure après plus de 2 heures et demi de plaidoiries sur le réquisitoire. «C'est la première fois qu'on requiert contre moi perpet comme on dit»; Perpétuité, c'est une peine d'anéantissement dénonce l'avocat. Oui ça doit être sévère, ajoute-t-il mais il faut que cette peine soit acceptée, pas une peine dans l'outrance. Pas sur que les 25 ans prononcés par la cour devant une salle encore pleine corresponde à ce qu'attendait l'avocat de la défense. Celui ci a désormais dix jours pour faire appel.

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