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Faits divers – Justice

VIDÉO - Comment l'affaire de Tarnac a bouleversé la vie du petit village corrézien

dimanche 11 mars 2018 à 18:08 - Mis à jour le lundi 12 mars 2018 à 17:10 Par Isabelle Gaudin et Nicolas Blanzat, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin et France Bleu

Avant l'ouverture du procès de l'affaire de Tarnac, France Bleu Limousin est retourné dans le village corrézien où tout a basculé le 11 novembre 2008. A l'époque, neuf personnes sont arrêtées suite à des sabotages de lignes TGV dont Julien Coupat. Cette affaire a changé le destin de Tarnac.

Depuis l'affaire de Tarnac il y a dix ans, le village corrézien est resté un symbole de la contestation
Depuis l'affaire de Tarnac il y a dix ans, le village corrézien est resté un symbole de la contestation © Radio France - Nicolas Blanzat

Tarnac, France

Le 11 novembre 2008 a définitivement marqué le petit village de Tarnac en Corrèze. Ce jour-là, neuf militants considérés comme anarchistes sont arrêtés dans cette commune de 300 habitants. Parmi eux, Julien Coupat, présenté comme leur chef de file. On l’accuse, lui et son groupe, d’avoir saboté des lignes TGV dans l’Yonne, l’Oise et en Seine-et-Marne. Quelques jours plus tard, ils sont mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme". 

Ce matin-là, j’ai voulu aller retirer des sous à la poste et je me suis retrouvé nez à nez avec une centaine de flics, cagoulés, mitraillettes. Je pensais qu’ils tournaient un film mais non ce n’était pas ça." - Sébastien, un habitant

Depuis ce fameux jour qui a placé leur village sous le feu des projecteurs, les habitants ont vécu au rythme des rebondissements de ce qui allait être appelé “l'affaire de Tarnac”. Sébastien s’est installé justement il y a dix ans dans la commune. Il se souvient très bien de ce 11 novembre 2008 : "ce matin-là, je n’étais pas très réveillé, j’ai voulu aller retirer des sous à la poste et je me suis retrouvé nez à nez avec une centaine de flics, cagoulés, mitraillettes. Je pensais qu’ils tournaient un film mais non ce n’était pas ça. C’était un peu exagéré et très impressionnant. “ Depuis, Sébastien a vu surtout les effets positifs de cette affaire : “Il y a eu un afflux de jeunes à Tarnac, ils ont acheté pas mal de petites fermes dans le coin”. 

Un afflux de nouveaux arrivants

Le 1er adjoint au maire de la commune, Pierre Marsaleix, rejoint ce concitoyen et met en avant l’attractivité qu’a généré la médiatisation de l’affaire. “Ce qui a changé, c’est l’arrivée de beaucoup de néo-ruraux. Il n’y a pratiquement plus de logements libres à Tarnac. On a beaucoup de gens qui viennent pour la qualité de vie, pour s’éloigner des grandes métropoles.” Pierre Marsaleix se défend que ce “renouveau” du village se soit fait grâce à l’affaire de Tarnac. En tout cas, il y a eu vraiment au moins au début, un phénomène de "pèlerinage". 

La médiatisation de l'affaire de Tarnac a attiré de nouveaux venus sur la commune - AFP
La médiatisation de l'affaire de Tarnac a attiré de nouveaux venus sur la commune © AFP - Pascal Lachenaud

Le plateau de Millevaches est resté un foyer contestataire

Depuis dix ans, le militantisme écolo et anti-système du plateau de Millevaches lui colle à la peau. Certains habitants sont d’ailleurs arrivés pour ça à Tarnac, pour son incarnation de la contestation. Ils y ont trouvé des jeunes interpellés en novembre 2008, qui ont choisi de rester dans leur village et de s’y investir. C’est le cas notamment de Benjamin Rosoux et Manon Gilbert, tous les deux conseillers municipaux aujourd’hui. Benjamin est aussi co-gérant du désormais célèbre Magasin général du village, qui fait bar-épicerie et cantine.

Ces deux “anciens” de Tarnac ont même envoyé, il y a un, mois une lettre aux Tarnacois pour les préparer à l’ouverture du procès ce 13 mars. Ils les ont conviés à une réunion publique. Pour Benjamin Rosoux, c'était nécessaire d'expliquer aux Tarnacois comment ils appréhendent le procès. "On côtoie les gens tous les jours et on ne voulait pas qu'ils suivent ce qui nous arrive par les médias. Ça nous a marqués, depuis dix ans, on a rencontré beaucoup de gens à travers ça".

Manon Gilbert et Benjamin Rosoux ont envoyé une lettre aux habitants en février pour les préparer à l'ouverture du procès - Aucun(e)
Manon Gilbert et Benjamin Rosoux ont envoyé une lettre aux habitants en février pour les préparer à l'ouverture du procès

L'affaire de Tarnac continue de diviser les habitants

Car l’affaire de Tarnac a divisé la population et continue de peser sur la vie du village. Il y a deux visions, soit les "jeunes" comme on les appelle font vivre le plateau, soit ils ont semé la pagaille. C'est ce que pense cette habitante, qui souhaite conserver l’anonymat. Elle décrit “une ambiance lourde.” Elle fait partie de ceux qui voudraient que le procès soit déjà terminé pour tourner la page :  “Là ils ont mis une banderole au-dessus de l’épicerie “non au nucléaire non à Bure”. On en a marre. Je n’en parle pas, personne n’en parle. Il y en a deux qui sont conseillers municipaux, ils dirigent tout le village. Vivement la fin du procès, qu’on passe à autre chose !

Fin février, “un bal des inculpés” a été organisé dans la commune pour donner un coup de pouce aux "huit de Tarnac". Chacun pouvait apporter sa contribution aux frais des prévenus pour leur défense. Mardi 13 mars s'ouvre leur procès devant le tribunal correctionnel de Paris. Quatre sont jugés pour "association de malfaiteurs". Parmi eux, seuls Julien Coupat et son ex-épouse Yildune Lévy sont poursuivis pour des dégradations sur les lignes TGV en 2008. En 2017, la Cour de Cassation a confirmé l'abandon des poursuites pour terrorisme du groupe de Tarnac.