Faits divers – Justice

Condamné pour avoir refusé que sa fille poursuive son traitement à Montpellier

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Hérault et France Bleu mardi 30 août 2016 à 12:42

Tribunal de grande instance de Montpellier (illustration)
Tribunal de grande instance de Montpellier (illustration) © Maxppp -

Un homme a été condamné à neuf mois de prison ferme pour avoir refusé que sa fille de 20 ans poursuive un traitement pour une maladie chromosomique. Ce père autoritaire et tyrannique ne supportait pas que sa fille soit placée en foyer.

Un Montpellierain de 68 ans d'origine marocaine a été condamné ce lundi à neuf mois de prison ferme pour non assistance à personne en danger par le tribunal correctionnel de Montpellier.

En juin dernier, le père avait décidé de sa propre initiative que sa fille Fatima, 20 ans, devait arrêter le traitement qu'elle suivait. Il avait également refusé qu'elle réintégré le foyer d'accueil où elle vit habituellement.

La jeune femme souffre du syndrome de Turner, une maladie chromosomique qui se soigne par des médicaments à base d'hormones de croissance et des œstrogènes. Les personnes atteintes, uniquement des femmes, restent de petite taille à l'âge adulte. Elles ont en revanche une capacité intellectuelle normale.

"Ce procès a mis en évidence le choc entre deux cultures."

L'enquête a montré que le père était bien plus qu'un chef de la famille, un homme psycho-rigide, autoritaire, tyrannique, qui n'admet pas la contradiction.

Sa femme, poursuivie elle aussi dans ce dossier, comparait voilée, complètement effacée. Elle s'exprime timidement avec l'aide d'un traducteur.

Son rôle à la maison c'était de s'occuper des enfants (elle en a eu sept), de faire les courses et à manger. Elle ne sait même pas prendre le tram toute seule. Le procureur parle même d'arriération mentale.

Un père dans le déni et le refus

Quand le président du tribunal explique au père qu'il est important que sa fille prenne ses médicaments à vie,  l'homme ne semble ne pas comprendre. Ou fait semblant. Ce qui le gène, c'est que grâce à ce traitement hormonal, Fatima va avoir de la poitrine, inexistante aujourd'hui à cause de la maladie. Impensable pour son père.

Il ne comprend pas non plus pourquoi elle doit vivre dans un foyer. Les services sociaux ont estimé qu'il y avait carence éducative. La jeune femme est d'ailleurs retournée depuis dans un établissement tenu secret pour éviter de subir l'emprise de son père.

Le tribunal a estimé que neuf mois de prison permettraient peut-être au père de Fatima de changer d'attitude. Et à la mère et aux autres enfants, de souffler un peu. La maman, âgée de 44 ans a été condamnée à trois mois de prison avec sursis.

"La prison ne va pas permettre une ouverture de la famille."

Pour Me Vanessa Hermès, l'avocate du couple, cette peine de prison ce n’était peut être pas la meilleure des réponses à apporter. "La détention ne va faire que cristalliser les problèmes, le papa se pose déjà en victime, il va considérer qu'on s'acharne encore plus sur lui", explique-t-elle.

"Les services sociaux ne vont pas pouvoir travailler pour une ouverture de la famille et le bien être des enfants. Les parents doivent faire un travail sur eux-même, surtout le papa qui est dans le déni. C'est le papa qui mène la danse, il est fermé et braqué"

Maitre Vanessa Hermès

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