Faits divers – Justice

Cour d'assises à Pau : le procès de "l'ami de la famille"

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn et France Bleu jeudi 12 octobre 2017 à 8:52 Mis à jour le jeudi 12 octobre 2017 à 18:10

Le procès devrait se tenir à huis clos
Le procès devrait se tenir à huis clos © Radio France - Daniel Corsand

Stéphane Roulleaux, 53 ans, est jugé pour le viol de la fille de son meilleur ami ce jeudi. Pendant deux ans à Pau, il a entretenu une "liaison" avec la fillette de 10 ans.

Ce jeudi et le lendemain, la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques juge un pédophile présumé. Stéphane Roulleaux, un Palois de 53 ans, est jugé pour le viol d'une fillette de 10 ans. Il a entretenu selon lui une "liaison amoureuse" avec elle, qui a duré deux ans. Une affaire particulièrement délicate parce qu'il n'y a pas de violence. La relation était consentie par la fillette mais il ne peut évidemment pas être question d'un consentement pour une enfant si jeune. La victime est fragile psychologiquement et lors de ce procès, on va bien sûr se demander s'il s'agit d'une cause ou d'une conséquence de cette liaison interdite et nocive. Emma (*) a fait un séjour en hôpital psychiatrique après un épisode de scarifications et d'hallucinations. Aux enquêteurs l'enfant a déclaré : "Il était mon tonton, mon meilleur ami et mon petit copain caché". C'est dire sa confusion.

Romance et pornographie

Les faits sont extrêmement désagréables et crus. Le dossier les décrit dans le détail comme l'exige l'oeuvre de justice, mais l'accusé les enrobe de sentiments et présente les choses comme une romance amoureuse. Une "histoire d'amour" où il n'est jamais question de l'âge de l'enfant. A la juge d'instruction Stéphane Roulleaux a dit : " Ce n'est pas moi qui l'ai sollicité mais je n'ai pas su lui dire non". Il a même dit à l'expert psychologue : "moi aussi j'ai été manipulé par elle". Comme s'il oubliait que cette enfant, certes en avance dans son développement physique, n'avait que 10 ans. Aujourd'hui Emma n'est plus du tout dans le même état d'esprit. Elle est en colère après Stéphane Roulleaux.

Elle est complètement dans la haine. Elle a du dégoût. Elle a pris conscience de la gravité de ce qu'il lui a fait. Ce matin elle a dû partir de l'audience—L'avocate d'Emma au premier jour du procès

Me Sarah Douté, l'avocate d'Emma raconte la colère de sa cliente aujourd'hui

Le "bon ami" de la famille

C'est la fille d'un couple d'ami de l'accusé. Un très bon ami, au point de rentrer dans l'intimité de la famille. Les parents d'Emma sont tombés des nues. Ils faisaient une confiance aveugle à Stéphane Roulleaux qui était comme un frère pour le papa. Roulleaux et Emma se voyaient le mercredi ou pendant les vacances de la famille. C'est la mère qui a dénoncé les faits en découvrant des SMS déplacés dans le portable de sa fille. Stéphane Roulleaux est un intellectuel. Il est le directeur salarié d'une compagnie de théâtre associative de Pau. Il est estimé dans son milieu. Il intellectualise beaucoup. Pendant l'instruction il a maintenu que c'était une belle histoire. La question est de savoir s'il est toujours dans ces dispositions dérangeantes aujourd'hui, alors que son procès s'ouvre.

Son ami, qu'il considérait comme un frère, l'a effectivement trahi. Il est très angoissé. Très culpabilisé. Il entend beaucoup de reproches qui lui sont faits. Aurait-t-il trop fait confiance à cet ami?— L'avocate du père de l'enfant

Me Emanuèle Legrand Bogdan défend le père d'Emma

L'audience se tient à huis clos. Verdict ce vendredi soir.

(*) son prénom a été changé