Faits divers – Justice

Crash de l'A320 : comment le copilote a-t-il pu se retrouver seul dans le cockpit ?

Par Thibaut Lehut, France Bleu Azur, France Bleu Provence, France Bleu Roussillon et France Bleu Vaucluse vendredi 27 mars 2015 à 5:30

Un cockpit d'Airbus A320.
Un cockpit d'Airbus A320. © Maxppp

Les mesures de sécurité qui encadrent l'accès aux cockpits d'avion n'ont cessé de se renforcer au fil des ans depuis les années 80, et notamment depuis le 11-septembre. Focus sur ces règles qui ont permis au copilote de Germanwings de précipiter son avion au sol, entraînant la mort de 149 autres personnes.

Comment et pourquoi Andreas Lubitz a-t-il pu se retrancher dans le cockpit de l'A320 qui s'est écrasé mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence ? Les premiers éléments de l'enquête attestent en effet de la responsabilité du copilote de Germanwings, qui s'est retrouvé seul aux commandes et a délibérément interdit l'accès du cockpit au commandant de bord. Une prise de pouvoir rendue possible par les règles strictes encadrant l'accès au poste de pilotage.

Une porte volontairement verrouillée de l'intérieur

Depuis les années 80, les conditions d'accès aux cockpits des avions sont devenues de plus en plus strictes. Après les attentats du 11-septembre, au cours desquels des terroristes avaient pris le contrôle de trois avions, une nouvelle législation a imposé partout dans le monde un double système de déverrouillage des portes des cockpits. Les membres des équipages doivent d'abord saisir un digicode qui actionne une sonnette à l'intérieur du poste de pilotage. Pilotes et/ou copilotes peuvent alors vérifier l'identité des personnes qui tentent d'entrer à l'aide d'un écran de contrôle vidéo, et décident ou non d'ouvrir la porte.Mais il existe aussi un code d'urgence qui permet justement de pénétrer dans le cockpit quand il ne reste plus qu'une personne à l'intérieur et que la situation l'exige (un malaise, par exemple). En l'occurrence, le commandant de bord vraisemblablement parti aux toilettes a dû tenter de taper ce code d'urgence. Une "sonnerie retentit alors" , explique un copilote chez Air France à francetvInfo,* "et la porte se déverouille au bout de 30 secondes s'il n'y a pas de réponse, sauf en cas de blocage délibéré de l'ouverture de la porte"* . La personne présente a en effet la possibilité de verrouiller complètement l'accès, à l'aide d'un simple commutateur (voir photo-ci dessous), et c'est ce qui pourrait expliquer qu'Andreas Lubitz ait pu rester seul aux commandes.

A l'intérieur du cockpit, il est possible de bloquer la porte en abaissant le bouton sur "lock". - Reuters
A l'intérieur du cockpit, il est possible de bloquer la porte en abaissant le bouton sur "lock". © Reuters
 

La règle du "deux dans le cockpit" n'est pas obligatoire

Au-delà de cette dimension technique, le jeune Allemand a également pu profiter de failles dans la réglementation encadrant le nombre de personnes présentes dans le cockpit. Rien, dans les normes existantes, n'impose la présence d'au moins deux membres de l'équipage dans le poste de commandes. Etant donné les circonstances du drame de l'A320 de Germanwings, les compagnies européennes Norwegian Air Shuttle et Easyjet ont d'ores et déjà annoncé qu'elles imposeraient la présence permanente de deux individus. Une décision que certaines compagnies américaines avaient déjà prise par le passé (obligeant les pilotes et copilotes à se faire remplacer dans le cockpit lorsqu'ils en sortaient), et qui pourrait bien être étendue à l'ensemble des compagnies du monde entier.