Faits divers – Justice

Crash de l'A320 : que contient l'enregistrement sonore de la boîte noire ?

Par Julie Guesdon et Thibaut Lehut, France Bleu Azur, France Bleu Provence, France Bleu Roussillon et France Bleu Vaucluse jeudi 26 mars 2015 à 13:15 Mis à jour le jeudi 26 mars 2015 à 15:24

Que s'est-il passé dans le cockpit de l'A320 ? Premières réponses avec l'enregistrement de la boîte noire.
Que s'est-il passé dans le cockpit de l'A320 ? Premières réponses avec l'enregistrement de la boîte noire. © Maxppp

Le procureur de la République de Marseille a confirmé ce jeudi que le copilote de l'A320 qui s'est écrasé mardi dans les Alpes était bien resté seul aux commandes jusqu'au moment du crash. "Il avait, semble-t-il, la volonté de détruire cet avion", affirme le magistrat, qui a divulgué la teneur de l'enregistrement récupéré dans la boîte noire.

Lors d'une conférence de presse à l'aéroport Marseille Provence (Marignane), ce jeudi midi, le procureur de la République de Marseille Boris Robin a relaté les 30 dernières minutes à bord de l’A320, jusqu’à son impact contre la montagne, à une vitesse de 700 km/h.

> Crash de l'A320 de Germanwings : notre dossier spécial

L'enregistrement commence avec le briefing du commandant de bord. Il liste les procédures à suivre pour l’atterrissage à Düsseldorf, auxquelles le copilote apporte des réponses "laconiques".

> Le live-tweet de la conférence de presse

Le copilote a volontairement déclenché la descente de l'avion

Les enquêteurs ont ensuite entendu le commandant de bord confier les commandes de l’appareil au copilote avant de se lever, selon les bruits de siège et de portes, pour vraisemblablement se rendre aux toilettes.

"C’est alors qu’il est seul que le copilote manipule les boutons de flight monitoring system pour actionner la descente de l’appareil ." A ce moment, l’avion est situé à 30.000 pieds d’altitude, au-dessus de Toulon, à une distance bien trop lointaine pour commencer à amorcer la descente vers Düsseldorf.

Le procureur a été formel, cette action "ne peut être que volontaire" .

> Ce que l'on sait d'Andreas Lubitz, le copilote à l'origine du drame

Un bruit de respiration dans le cockpit

L’enregistrement de la boite noire a permis d’entendre ensuite le commandant de bord tenter de regagner le cockpit. Celui-ci s’identifie à plusieurs reprises au moyen de l’interphone de visio-conférence utilisé à cet effet, sans que le copilote n’y apporte la moindre réponse . Le commandant de bord dispose également d'un code qui lui permet normalement de forcer l'ouverture de la porte. Sauf si celle-ci a été volontaire verrouillée de l'intérieur, ce qui semble avoir été le cas (voir photo ci-dessous), a expliqué la compagnie Lufthansa.

A l'intérieur du cockpit, il est possible de bloquer la porte en abaissant le bouton sur "lock". - Reuters
A l'intérieur du cockpit, il est possible de bloquer la porte en abaissant le bouton sur "lock". © Reuters

Selon le procureur de Marseille, "un bruit de respiration stable" se fait entendre tout au long de la descente de l’avion. Une respiration qui n’a rien de "particulier" , qui ne semble pas "haletante" , qui n’indique en rien la possibilité d’un malaise .

Les contrôleurs aériens de l’aéroport de Marignane ont à leur tour tenté de contacter l’avion. Sans succès, confirme Brice Robin : il n’y a eu "aucune réponse du copilote aux appels de la tour de contrôle de Marseille" ni de réponse aux invitations des contrôleurs à composer le 77.00, le code de détresse.

"Des cris dans les tous derniers instants"

Les alarmes se mettent alors à sonner , alors que l’avion approche dangereusement du sol. C’est à ce moment de l’enregistrement que l’on entend quelqu'un tenter d’enfoncer la porte . Or, il s’agit d’une porte blindée selon les normes internationales, qui ne peut être forcée sans matériel spécifique.

Le procureur a évoqué des cris , audibles juste avant l’impact final. Pour lui, les victimes n'ont eu conscience de l'imminence de l'accident "qu'au tout dernier moment".

A la fin de l'enregistrement, on entend également un impact plus léger, "vraisemblablement un impact sur un talus" , avant que l’avion ne vienne percuter le flanc de la montagne à 700km/h. A cette vitesse, "la mort des victimes a été instantanée" .