Société

CRS sur les plages, une espèce menacée

Par Lisa Melia, France Bleu Azur lundi 25 janvier 2016 à 10:22

Les maîtres-nageurs CRS surveillent les plages depuis 1958
Les maîtres-nageurs CRS surveillent les plages depuis 1958 © Maxppp

Cet été, les maîtres-nageurs sauveteurs CRS ne surveilleront les plages que du 20 juillet au 22 août et non pas tout l’été. Entre l’Euro de foot et le plan vigipirate, l’administration estime que les CRS assument assez de missions. Les intéressés ne sont pas d’accord.

Cet été, ils seront 460 sur les plages de toute la France, notamment à Nice, Cannes, Vallauris, le Cap-d'Ail et Villefranche-sur-mer. Depuis près de 60 ans, les maîtres-nageurs sauveteurs (MNS) CRS passent leur été sur le sable et parmi les vacanciers. 

"Mais ce ne sont pas des vacances, prévient Frédéric Lacroix, brigadier de police à Saint-Laurent-du-Var et MNS CRS depuis une dizaine d’années. Nous remplissons des missions de secourisme, bien sûr, mais il y a aussi un aspect sécurité très important. Les vols, les stupéfiants, les incivilités font malheureusement partie du quotidien. »

La faute à l’Euro

Pourtant, cette année, l’Etat a décidé de n’envoyer les CRS sur les plages que pour quatre semaines, entre le 20 juillet et le 22 août. "Ce n’est pas logique, les estivants ne comprendront pas que nous arrivions après eux et que nous repartions après eux, estime Frédéric Lacroix. A Nice, les plages sont pleines dès les weekends du mois de mai."

En cause, l’organisation de l’Euro de football, justifie le Ministère de l’intérieur. "Mais les dates ne collent pas, s’agace Eric Janssens, délégué national MNS du syndicat Unité SGP Police FO. L’Euro sera terminé dès le 10 juillet. A partir du 3 juillet, il ne restera plus que trois matchs. Ce n’est qu’un prétexte."

Pour le syndicat, l’Etat tente de reléguer cette mission estivale au second rôle. Il y a trente ans, les plages françaises étaient surveillées par 1200 CRS. Un chiffre passé à 650 en 2007 et moins de 500 l’an dernier. La saison, elle, est tronquée d’année en année. Autrefois, les policiers arrivaient dès le mois de juin sur les plages les plus fréquentées. Aujourd’hui, ils se battent pour débuter la saison au 1er juillet et travailler pendant les vacances scolaires.

Les MNS CRS veulent rester sur les plages cet été

L’Etat présente la facture

S’ajoute désormais un problème de financement. Récemment, la ville de Cannes a ainsi reçu une facture du ministère de l’Intérieur de plus de 36 000 euros, pour neuf maîtres-nageurs CRS déployés sur Cannes l’été dernier. Le maire, David Lisnard, refuse de payer. Il estime que ce sont des missions régaliennes et que les collectivités, comme les contribuables, payent déjà assez d’impôts :

"Les habitants participent déjà financièrement, puisque les communes payent des impôts, elles font l’objet de prélèvement de l’Etat absolument scandaleux, comme les entreprises et les ménages. Les communes payent une police municipale, la ville de Cannes a la deuxième de France, qui lui coûte 15 millions d’euros et qui assume aussi des missions pour le compte de l’Etat. Je vais peut-être commencer aussi à les facturer ! Je refuse la double peine pour les Cannois."

Selon David Lisnard, les demandes d’explications de la ville au ministère de l’Intérieur sont restées lettres mortes. La revue des missions de l’Etat publiée en août 2015 propose même que, dès 2016, la mobilisation des CRS sauveteurs soit systématiquement payée par les collectivités, la surveillance des plages relevant de leur compétence. « Aberrant », tempête le maire de Cannes.

David Lisnard, maire de Cannes

Sécurité des plages

Pourquoi se battre, alors, pour sauver cette mission historique des CRS ? Policiers, gendarmes et autres militaires ne manquent pourtant pas de travail en ce moment. "Avec les attentats, nous sommes sollicités partout, reconnaît Frédéric Lacroix. La fatigue se fait sentir." 

Entre les compétitions sportives internationales, les commémorations, la veille nécessaire à la prévention des attentats et l’état d’urgence que François Hollande souhaite prolonger de trois mois, les forces de l’ordre sont "en surchauffe", résume Eric Janssens. Raison de plus pour ne pas abandonner le littoral, réagissent les policiers. 

En juin dernier, un attentat sur une plage tunisienne a causé la mort de 38 personnes. L’assaillant a visé les clients de l’hôtel sur la plage et près de la piscine. En France, en juillet, les forces de l’ordre ont saisi deux armes à poing sur les plages du Languedoc, à la Grande-Motte. Aucune des deux affaires n’étaient liées au terrorisme, mais elles soulignent l’importance de l’aspect sécurité de la mission des MNS, que les civils, eux, ne peuvent assurer.

Eric Janssens, délégué national des MNS CRS pour Unité SGP Police FO

Pour faire entendre leurs arguments, les CRS ont écrit à leur ministre dès la fin du mois d’octobre. Sans réponse, regrettent-ils. Ils demandent aujourd’hui aux maires de 97 communes qui utilisent leur service de les soutenir publiquement, mais aussi aux Français de se manifester. 

Ils ont même créé une page Facebook et mis en place une adresse mail pour "mobiliser la population sur ce désengagement de l’Etat qui jouera sur leur sécurité à un moment où le danger est toujours présent sur notre territoire" et pour recueillir leurs témoignages.