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Cyber-harcèlement entre jeunes : à Amiens, le procureur confisque les téléphones portables des auteurs

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Par , France Bleu Picardie, France Bleu

Un collégien amiénois de 13 ans a récemment été convoqué devant un délégué du procureur de la République et s’est vu confisquer son téléphone pour avoir tenu des propos racistes et homophobes sur le réseau social Instagram.

Les cas de cyber-harcèlement auraient progressé pendant les confinements
Les cas de cyber-harcèlement auraient progressé pendant les confinements © Maxppp - Vanessa Meyer

Comment mieux lutter contre le cyber-harcèlement entre jeunes et en milieu scolaire ? Selon le parquet d’Amiens, ces faits ont eu tendance à augmenter pendant les confinements successifs. Les collégiens et lycéens reprennent les cours en présentiel ce lundi. L’occasion pour France Bleu Picardie d’évoquer ce sujet préoccupant.

Retirer aux auteurs de faits de harcèlement les moyens qui leur permettre de commettre ces infractions. C’est dans cette optique qu’un collégien amiénois de 13 ans a récemment été convoqué devant un délégué du procureur de la République. Le jeune homme, qui avait tenu des propos racistes et homophobes sur le réseau social Instagram, s’est vu confisquer son téléphone portable. 

Alexandre de Bosschère, le procureur de la République d’Amiens, veut multiplier ce genre de mesures pour éviter que les portables soient utilisés pour commettre ce type d’infractions : "Ce sont des directives que j'ai prises l'année dernière. Dès lors qu'un téléphone a été utilisé pour commettre une infraction, comme des faits de harcèlement entre jeunes, j’ai demandé aux enquêteurs de saisir le téléphone pour que nous puissions le confisquer ensuite à titre de sanction, en plus de la réponse pénale. Cela nous permet, lorsqu'on saisit le téléphone, d’effectuer des recherches dedans pour caractériser l'infraction. Mais nous souhaitons aussi empêcher la réitération immédiate des faits avec ce téléphone."

"Quand on confisque un smartphone qui coûte 500 ou 1.000 euros, ça a un impact"

Alexandre de Bosschère affirme être bien conscient des limites de telles confiscations : "J'entends bien qu'on peut remplacer un téléphone en utilisant un ordinateur ou une tablette. Mais quand on confisque un smartphone qui coûte 500, 600 ou 1.000 euros, ça a forcément un impact, au moins pour la famille du mineur concerné. Ces confiscations permettent aussi d'envoyer un message aux familles qui oublient parfois que quand on a 13 ans et un smartphone qui permet de faire absolument tout ce qu'on veut sur Internet ou sur les réseaux sociaux, il faut un minimum de contrôle." 

Alexandre de Bosschère, le procureur de la République d'Amiens
Alexandre de Bosschère, le procureur de la République d'Amiens © Radio France - Claudia Calmel

Le procureur de la République d’Amiens a détaillé le genre de faits ou de propos susceptibles d’entraîner des confiscations de téléphone, voire des auditions au commissariat : "On va classer dans le harcèlement l'accumulation de propos, de gestes ou d'écrits qui vont à la longue dégrader l'état de santé ou la situation d'une personne. Cela peut être des propos dénigrants, des moqueries répétées, des menaces ou des insultes. On classe aussi dans ces faits de harcèlement au sens large, la diffusion d'images intimes sur les réseaux sociaux. Il y a beaucoup de degrés différents et, au niveau de la justice, nous n’avons pas vocation à nous saisir de tous les faits. Certains cas de harcèlement peuvent être traités au niveau familial entre parents, mais aussi au niveau de l'école : l’Education nationale est d’ailleurs un de nos partenaires.  Et ce n'est que lorsque les faits dépassent un certain niveau de gravité que la justice est saisie." 

Des cas de harcèlement fréquents dans la Somme

Selon Alexandre de Bosschère, plusieurs dizaines de cas par an qui sont portées à l'attention de la justice : "Le directeur académique de la Somme me disait qu’entre 50 et 80 faits ont été répertoriés l’an dernier, sachant que tous les faits ne sont pas décelés au niveau des établissements scolaires. La permanence du parquet d’Amiens fait d’état d’au moins un fait par semaine traité par les services d'enquête." 

Des faits en hausse pendant les confinements

Les confinements successifs ont eu un effet sur le nombre d'affaires de harcèlement et de cyber-harcèlement entre jeunes selon le procureur de la République d’Amiens : _"On a noté une augmentation au cours de l'année 2020. C'est toujours difficile de savoir si c'est parce qu'on repère mieux, ou si c'est parce que ces faits ont réellement augmenté. Mais on peut imaginer qu'_ils ont augmenté parce que le recours aux ordinateurs, aux tablettes et aux téléphones s'est beaucoup développé avec les activités en distanciel."

Des faits aux conséquences parfois dramatiques

Les faits de harcèlement peuvent avoir des conséquences très graves, rappelle Alexandre de Bosschère : "Cela peut aller jusqu'à des suicides de victimes ou des violences très graves. Le plus fréquemment, heureusement, on arrive pas à un tel niveau de gravité, mais à des victimes qui se sentent exclues, mises au ban d'un groupe d'amis ou d'une école. La difficulté, c'est que désormais, à cause des réseaux sociaux, ça les suit à la maison, le soir et le week-end. Parfois, ça les suit même d'une école sur l'autre. J'ai rencontré parfois des parents extrêmement perturbés parce que leurs enfants avaient été changés d'école. Mais comme les réseaux sociaux n'oublient rien, leurs soucis les ont suivis dans l'autre établissement."

"Les parents doivent fixer des limites" à l'utilisation des téléphones

Au-delà de la responsabilité des enfants, Alexandre de Bosschère estime que les parents ont aussi un rôle à jouer : "Je suis assez alarmé de voir à quel point les parents oublient qu’un jeune de 13 ou 14 ans n’a pas à avoir dans son lit, à 11 heures du soir, un téléphone portable connecté à Internet sans aucune restriction. Il faut limiter les horaires. Il y a aussi la possibilité d'empêcher un jeune d'avoir, au-delà d'une certaine heure, un appareil qui le met en lien avec tous ses amis sur les réseaux sociaux et avec des personnes qui ne sont pas ses amis. Parce qu'au-delà des phénomènes de harcèlement, on a aussi des personnes très mal intentionnées, qui se font passer pour des mineurs sur des réseaux sociaux et qui sont en réalité des majeurs. Il faut donc vraiment fixer des limites quand on est parent." 

Si vous êtes victime de harcèlement (ou famille de victime), vous pouvez composer le 3020 : numéro gratuit mis en place par l’Education nationale.

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