Faits divers – Justice

Massacre d'animaux protégés : 4 à 9 mois de prison avec sursis requis contre des chasseurs haut-saônois

Par Hugo Flotat-Talon, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Besançon et France Bleu vendredi 7 octobre 2016 à 21:35

Le procureur (à droite) estime que l'ancien responsable des services techniques et le directeur (de dos, devant leurs avocats) sont coupables.
Le procureur (à droite) estime que l'ancien responsable des services techniques et le directeur (de dos, devant leurs avocats) sont coupables. © Radio France - Hugo Flotat-Talon

Des peines de quatre à neuf mois de prison avec sursis ont été requises ce vendredi contre sept anciens membres de la fédération de chasse de Haute-Saône. Ils étaient jugés par le tribunal de Vesoul pour tué près de 200 animaux protégés. Jugement attendu le 1er décembre.

"Un vocabulaire de guerre". C'est par ces mots qu'une avocate décrit les échanges du tribunal de Vesoul au deuxième jour du procès des sept chasseurs. Elle ne se trompe pas. On parle "barbarie", "perversion", "catastrophe", "tyran" ... Des mots pour tenter de qualifier les faits qui auraient eu lieu sur une parcelle de Noroy-le-Bourg à côté de Vesoul, entre 2010 et 2013. Près de 200 animaux protégés, de 115 espèces différentes, abattus. Parfois de manière cruelle, comme plusieurs personnes l'ont raconté au premier jour du procès. Au début de ses réquisitions, ce vendredi matin le procureur Gabi Bouyssou parle lui "de désastre écologique et désastre humain". Avant un long réquisitoire qui se termine par les peines requises pour chacun des sept prévenus.

"C'est comme une affaire de stupéfiants"

Premiers visés par le procureur : les trois anciens apprentis de la fédération, qui ont reconnu avoir tué des animaux. C'est l'un d'entre eux qui avait dénoncé les faits : quatre mois de prison avec sursis et un an d'interdiction d'exercer une activité en lien avec le milieu de la chasse. 1000€ d'amende avec sursis sont requis contre leur collègue technicien, qui n'avait tué "qu'une buse". Contre le chef de service des quatre jeunes gens, qui a "répercuté les ordres avec un zèle certain", le procureur demande six mois de prison avec sursis et trois ans d'interdiction d'exercer une activité en lien avec le milieu de la chasse.

Les réquisitions contre l'ancien directeur de la fédération montent à neuf mois de prison avec sursis, 5000€ d'amende avec sursis et cinq ans d'interdiction d'exercer une activité en lien avec le milieu de la chasse. Pour l'ancien président Robert Putz, le procureur s'en remet à la décision du tribunal. "C'est comme pour une affaire de stupéfiants, même s'il n'assume pas, il n'y a pas de preuves claires", explique Gabi Bouyssou.

Pleurer n'efface pas tout !"

Au cours de l'après-midi, les avocats se succèdent. Ceux des apprentis accablent l'ancien président, l'ancien directeur et l'ancien responsable des services techniques. Ils demandent la relaxe de leur client. "Ils ont agi, contraints par leur hiérarchie, au sens de la loi", estime Me Anne Lagarrigue, avocate de l'un d'entre eux. L'ancien président encaisse. Il secoue la tête. L'avocat de l'ancien responsable technique l'accable également. "Monsieur Putz, vous ne pourriez pas reconnaître ?", demande Me Francis Poirier en le fixant droit dans les yeux. "Non", répond celui-ci sèchement. "Pourquoi vous avez menacé les jeunes ?", interroge l'avocat. "Je ne les ai pas menacés", lâche Robert Putz. L'avocat de l'ancien chef de service met la faute sur le directeur et le président. Me Catherine Bertholde, qui défend l'ancien directeur, renvoie les apprentis à leurs responsabilités. "Vous avez fait des actes atroces ! Pleurer n'efface pas tout ! Vous auriez pu refuser", lance-t-elle.

Jugement attendu le 1er décembre

C'est l'avocat de Robert Putz, Me Jean-Marc Florand, qui plaide en dernier. "Les apprentis qui sont capables de faire ça sur des animaux sont capables de le faire sur des êtres humains. C'est inqualifiable". Il renvoie les responsabilités à l'ancien directeur et au responsable des services techniques et pointe l'absence de preuve en demandant la relaxe. "Mon client est un notable, alors on l'accable depuis hier. Les notables sont méchants. On dit qu'il aurait brisé les rêves de ces jeunes apprentis. C'est leurs actes qui ont brisé leurs rêves". Fin des plaidoiries. Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 1er décembre.

Á noter qu'une quinzaine d'associations de protection de la nature se sont constituées partie civile. Certaines réclament jusqu'à 46 000€, soit 400 euros par espèce animale abattue. D'autres ont préféré ne rien demander. "Notre message, c'est de faire de l'info", a dit le président de l'association Les amis de la nature. "Il faut que ça serve d'exemple ce procès", estime Jaques Pivard de la fédération France Nature Environnement. Certains militants ont symboliquement tendu une banderole devant le tribunal.

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