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Faits divers - Justice
Dossier : Mouvement des "gilets jaunes"

De la prison avec sursis pour les "gilets jaunes" qui ont brûlé deux radars en Savoie

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Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

"Gilets jaunes", un homme et trois femmes, âgés de 44 à 60 ans, ont brûlé deux radars le long de la nationale 90 à Albertville (Savoie), dans la même nuit, le 13 septembre dernier. Ils sont condamnés par le tribunal d'Albertville à de la prison avec sursis.

Comité de soutien dans le calme
Comité de soutien dans le calme © Radio France - Christophe Van Veen

Albertville, France

Arrêtés en flagrant délit, la petite bande n'a pu que reconnaître les faits. Un policier à la retraite qui en a eu l'idée écope d'un an avec sursis. Deux autres femmes sont sanctionnées par cinq mois et huit mois avec sursis. La peine la plus lourde revient à la plus "jeune" qui avait en plus outragé et menacé les policiers au moment de l'interpellation : 16 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve. 

Le procès s'est déroulé ce vendredi au tribunal correctionnel d'Albertville dans le calme, avec une cinquantaine de soutiens gilets jaunes. Les prévenus ont fait profil bas. Ils ont tous regretté ce qu'ils appellent "une grosse connerie" .

Des "gilets jaunes" aux tempes grises 

Des barrages à la rage. Quand le gilet jaune vire au rouge vif... Pas des black blocks, plutôt un casting à la Full Monty, mâtiné de Ken Loach le cinéaste social. La famille s'est créée sur leur barricade. Les quatre ne se connaissaient pas avant. Une femme "chauffeur de taxi", une chômeuse, une aide-soignante d'autistes et un policier à la retraite. Des parcours dans le dur, la France souffrance, sous-France, ils se perçoivent ainsi. 

Bob, l'ancien policier d'Albertville, assume à la barre du tribunal : "Au bout d'un an d'action pacifique, rien n'avançait. A Paris, quand on montait manifester, on était gazés, nassés, matraqués. Alors j'ai eu l'idée des radars. On s'attaque à un symbole, pas à des personnes. On n'aurait pas fait brûler une préfecture ou un commissariat avec des gens dedans."   

Bob le policier retraité, a tout organisé

Deux ou trois réunions. Un mois de préparatifs et la bande est prête. Bob sait qu'à minuit et demi, ses anciens copains de commissariat sont en pause, il y a là une fenêtre de tir. La chauffeuse de taxi coud des cagoules et prête sa Mercedes. La nuit du passage à l'acte, la bande laisse ses smartphones chez C. pour ne pas être géolocalisée. Gantés, vêtus de noir, un binôme par radar. Bob a tout prévu. 

Sauf que le leader charismatique est sur écoute, d'après un avocat. Ce qui fait dire à toute la défense qu'on les a "laissés brûler les radars" pour mieux les arrêter. Accusation sans preuve.   

Des regrets, des larmes

Quelques heures avant le raid, l'une des incendiaires a envoyé ce SMS à son chéri : "Si on rate notre coup, on se sera marré comme des baleines." Aujourd'hui, elle pleure, beaucoup, en repensant au flot d'injures qu'elle a déversé sur les policiers venus l'arrêter, en revivant sa rage, sa vie fracassée, et cette grosse connerie, comme elle l'appelle. 

Pour le procès, le procureur rappelle les fondamentaux. "La démocratie c'est dans les urnes". Brûler un radar, il ne comprend pas. "Des pompes à fric ? Ah oui, c'était le bon temps quand on roulait bourrés. " assène-t-il avec ironie. Il conclue sèchement. "C'était le bon temps : 15.000 morts par an." Et la gilet jaune la plus virulente baisse la tête. Elle avait déclaré en garde à vue que brûler un radar était "un geste citoyen".   

Une famille des "gilets jaunes" sous tension 

Cet ex-passionaria dit avoir quitté le mouvement. Sa voix est fluette et sonne le repentir. Deux de la bande l'ont dénoncée à la police lorsque, juste après la garde à vue, bien que sous contrôle judiciaire, elle a posté sur son compte Facebook une photo-montage d'un policier qui se prend une balle dans la tête. Elle a "vrillé", elle a honte aujourd'hui. La faute à la rage. Déjà condamnée pour outrages contre des policiers. Elle regrette tout. Humblement. Elle a changé. 

Son avocat a moins de pudeur, il déballe son enfance battue, son cancer du sein pour, non pas justifier, mais expliquer cette haine du policier, de l'autorité. Il la pose en victime, il la surexpose en assurant que son nom fera demain la Une de la presse et de la radio. Un mensonge de plaidoirie, une manière peu responsable d'attiser le ressentiment des gilets jaunes envers les médias, un effet de manche qui ne sert personne, et sûrement pas sa cliente qui écopera de la peine la plus lourde, tout en évitant cependant la prison ferme. 

Une autre femme, dans la bande des quatre, l'avoue en fin de procès, elle voudrait rejoindre les Gilets, sa seule famille qui l'a exclue, bannie après l'incendie des radars. 

Car la famille s'est divisée, fracturée avec cet acte que beaucoup ont condamné. Mais ils sont là, à nouveau réunis - une cinquantaine - massés dans la petite salle d'audience bondée, ce vendredi, au soutien, dans le respect de la Justice, ne manifestant jamais à voix haute comme on le voit parfois, dans certains procès houleux. 

Après le jugement, le soulagement est manifeste. La prison ferme a été évitée pour tous. Profil bas. Pas de déclaration à la presse. Une autre audience aura lieu en avril prochain pour fixer la somme qu'ils vont devoir verser pour la dégradation des radars. Somme estimée à 54.000 euros.

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