Faits divers – Justice

Procès des frères Bengler : un premier jour marqué par l'absentéisme

Par Rosalie Lafarge, France Bleu Provence jeudi 29 septembre 2016 à 20:56

Le procès emblématique de la guerre des cités à Marseille s'est ouvert ce jeudi aux Assises des Bouches-du-Rhône pour 12 jours de débat
Le procès emblématique de la guerre des cités à Marseille s'est ouvert ce jeudi aux Assises des Bouches-du-Rhône pour 12 jours de débat © Radio France - Rosalie Lafarge

Le procès des frères Bengler, considérés comme des caïds de la drogue à Marseille parmi les plus violents, s'est ouvert ce jeudi aux Assises des Bouches-du-Rhône. Une première journée marquée par le nombre d'absents.

C'est un procès emblématique de la guerre des cités à Marseille : celui des frères Bengler. Il s'est ouvert ce jeudi aux Assises d'Aix-en-Provence. François et Nicolas Bengler, mais aussi trois autres hommes, sont jugés pendant 12 jours pour enlèvement avec violences et séquestration, ainsi que l'assassinat d'un adolescent de 16 ans tué à la kalachnikov cité du Clos la Rose à Marseille en 2010.

Mais c'est sur une défection que s'est ouvert ce procès. L'un des cinq accusés (le seul qui n'est pas détenu, mais sous contrôle judiciaire), convoqué à 9h, ne s'est pas présenté. La police est allée le chercher chez lui, mais il n'y était pas. Il sera jugé par défaut et un mandat d'arrêt doit être lancé contre lui.

Un accusé qui a "peur"

Il n'a pas osé venir devant la cour d'assises, il craint pour son intégrité physique assure son avocat. "Il a été blessé par arme à feu en 2014, explique Maître Philippe Jacquemin, et je pense que ce procès peut donner l'idée à certains de venir dans les parages pour, peut-être, poursuivre quelque chose qui n'a pas été terminé".

Mais il n'est pas le seul absent de ce procès. Plusieurs témoins ont annoncé qu'ils feraient faux bond au procès, certificat médical à la clé, comme cet homme dont le médecin assure par lettre à la cour qu'il est dépressif et ne pourra pas supporter émotionnellement de revivre les faits.

Des témoins clés absents

A l'appel des témoins, il manquait aussi Lenny, celui qui n'avait que 11 ans en 2010 quand il a été gravement blessé dans la fusillade du Clos la Rose. Il doit témoigner ce vendredi après-midi, mais sa présence reste incertaine.

Il manquait encore la famille de la victime, Jean-Michel Gomez, ce garçon abattu à tout juste 16 ans. Le père, la mère et le frère devaient venir. Mais leur avocate n'a plus de nouvelle. "J'ai eu une voisine au téléphone, détaille Maître Murielle Faure, elle m'a indiqué que les volets étaient clos et la porte fermée".

La crainte des représailles

Et pour l'avocate, c'est clair, ses clients ont peur. "Peur des représailles, ajoute-t-elle, car ils ont déjà eu des menaces de mort dans le passé, et puis la maman est en dépression depuis six ans, ce procès s'annonce très douloureux et ce qu'ils ont vécu est un traumatisme inexprimable".

Ces nombreuses absences, les accusés les regrettent. "Cela fait 70 mois que j'attends, déclare François Bengler dans le box, alors il est temps de régler cette affaire, mais ce serait bien que tout le monde soit présent". "Parce que là c'est galère, ajoute Nicolas Bengler, d'aller chercher les gens à droite à gauche pour qu'ils ne viennent pas".

Des absences regrettables pour la défense

Incompréhension partagée par les avocats de la défense. Maître Frédéric Monneret assiste Nicolas Bengler et répète qu'il n'y a rien d'autres dans le dossier de la fusillade du Clos la Rose, que les témoignages. "Il n'y a pas d'élément matériel, pas d'ADN, pas de téléphonie, rien sur le plan objectif et scientifique. Il n'y a que des témoignages ambigus" assure l'avocat.

Voilà pourquoi, poursuit-il, l'absence des témoins est "regrettable". "D'autant plus, explique Maître frédéric Monneret, que la défense a demandé tout au long de l'instruction des confrontations avec les témoins. Cela a été refusé, on nous a expliqué que cela se ferait à l'audience puisque tous les témoins seraient présents. Mais force est de constater que les bancs sont ce jeudi désespérément vides à l'appel des témoins, et dans le cadre d'un procès équitable, cette physionomie des débats pose incontestablement problème".