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Rennes : 4 mois de prison avec sursis après les dégradations dans le métro au printemps 2016

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Par , France Bleu Armorique

Le 19 mai 2016 à 6h00 du matin, 19 individus se sont introduits dans plusieurs bouches du métro rennais pour dégrader les bornes d'accès dans le cadre du mouvement social contre la loi Travail. Présenté comme des saboteurs, le procès ce mardi 04 juin a montré que leur profil est plus complexe.

Un rassemblement de soutien aux vingt prévenus était organisé devant la cité judiciaire pendant l'audience
Un rassemblement de soutien aux vingt prévenus était organisé devant la cité judiciaire pendant l'audience © Radio France - Maxime Bossonney

_"Ce n'est pas l'attentat du métro Saint-Michel !"_justifie l'un des prévenus à la barre du tribunal correctionnel de Rennes. Ils sont 18 à se présenter devant le juge ce mardi 04 juin (deux prévenus sont à l'étranger). Ils sont soupçonnés d'être les auteurs des dégradations dans le métro rennais lors des manifestations contre la loi Travail. 

Le 19 mai 2016, entre 06h00 et 06h30 du matin plusieurs groupes d'individus, masqués et gantés, s'introduisent dans les stations Italie, Poterie, Villejean-Université, Jacques Cartier, Kennedy et Anatole France et dégradent les bornes de validation des tickets. Grâce à des clefs, ils ouvrent les boîtiers et débranchent les fils, ou utilisent de la mousse expansive, afin de rendre inutilisables les bornes. Une opération "transports gratuits" comme ils l'appellent, qui prend forme dans le contexte d'action de blocages économiques lors du mouvement social du printemps 2016 contre la loi Travail

Le jour même, 20 individus, aujourd'hui âgés entre 22 et 34 ans, sont interpellés par la police. Ils sont par la suite poursuivis pour "dégradation ou tentative de dégradation" et "participation à association de malfaiteurs".

Un groupe désigné comme "paramilitaire"

Dans la salle d'audience, ils ont presque tous répondu présent. Par simplicité, chaque prévenu est appelé et installé par stations de métro. Les débats vont surtout s'orienter sur les accusations "d'associations de malfaiteurs", mais surtout sur les termes employés tout au long de la procédure judiciaire depuis le début de l'enquête pour qualifier ces jeunes individus, la majorité étudiants à l'époque. En effet, avant même leur arrestation, une note des renseignements désignent les prévenus comme "un groupe paramilitaire", "une mouvance d'ultra-gauche" prête à passer à l'action "lors de réunions conspiratrices".

"C'était une opération "transports gratuits" votée en public, en Assemblée Générale à Sciences Po la veille" se défend un prévenu. Bien loin donc de réunions obscures. Lors de cette AG, les participants inscrivaient leur nom sur un tableau, selon la station de métro, et récupéraient dans un box les bombes de mousse ainsi que les clefs pour ouvrir les boîtiers. "C'était une action dans le cadre d'un mouvement social, un blocage économique, on a même pas touché au métro ou aux rails" explique une jeune fille. "A la fin c'est la collectivité qui paye" lui rétorque le juge.
Argument repris par l'avocat de la société Keolis, qui exploite le métro et qui s'est donc constituée partie civile. "Quel noble combat de dégrader des bornes de validation !" ironise-t-il. "Comme si c'était le symbole de la répression étatique, 55 000 personnes dans la métropole bénéficient de la gratuité des transports, et pour ça ils faut des usagers qui payent leur titre de transport" explique-t-il.
Mais pour la défense, les dégradations sont légères et le coût est moindre. "Le métro a continué à fonctionner toute la journée, les fils ont seulement été débranchés, et la mousse expansive est absorbée avec un coup de chiffon et du savon" rétorque l'avocate de quatre prévenus. 

"C'est quand même grave de nous décrire comme des paramilitaires" souligne le prévenu le plus âgé, 34 ans. "Si c'était pour cette raison que vous étiez jugé vous ne seriez pas devant un tribunal correctionnel monsieur" lui répond le Procureur de la République. Le ministère public qui a toutefois reconnu que des termes inadaptés ont été utilisés lors de la procédure. Mais selon lui "au vu du contexte violent"" de l'époque, des actions radicales étaient à craindre, il fallait anticiper et éviter des dégâts plus importants" justifiant ainsi le placement en détention provisoire demandé il y a trois ans pour les vingt prévenus, qui a finalement été commué en placement sous contrôle judiciaire.

Un procès politique

Tout au long de l'audience, la défense a insisté sur le profil militant et non-radical des prévenus. Soulignant également "l'acharnement" depuis l'ouverture de l'enquête. "C'est un dossier de droit commun traité comme un dossier de délinquance !" ; "Ils sont depuis le début devenu des malfaiteurs aux yeux des Rennais, on a voulu faire de cette affaire à l'époque un étendard politique pour justifier la fermeté de l'action judiciaire". Pendant plus de 10 heures d'audience, les avocats des prévenus n'ont cessé de vouloir démontrer que leurs clients ne sont que des jeunes militants sans casiers judiciaires.

Mais difficile de connaître leurs profils, quand tous ont décidé de se murer dans le silence concernant leurs personnalités, leurs vies actuelles. "Pourquoi ne pas vous exprimer sur vous, c'est l'occasion de vous livrer, ça peut jouer sur votre peine" leur confie le juge qui ne cesse de les questionner. Pas de réponses. "On ne veut être jugé que sur les faits et avoir tous la même peine. On ne veut pas être jugé selon notre profil social." disent-ils.

Mais malgré les demandes de leurs avocats, 19 d'entre eux sont déclarés coupables des faits de dégradation ou tentative de dégradation, mais aussi des faits d'association de malfaiteur. Ils sont condamnés à 4 mois de prison avec sursis et de 150 et 300 euros d'amende. Seul un prévenu écope d'un mois de prison avec sursis, car il n'a pas participé directement aux actions ce jour-là.

Leurs avocats ne savent pas encore s'ils vont faire appel.

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