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Démantèlement du point de deal Paillade Nord à Montpellier : "C'est le procès du vide"

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Par , France Bleu Hérault

Jugées ce 7 mai devant le tribunal correctionnel de Montpellier, les quatre personnes interpellées dans l'affaire du point de deal des Hauts de Massane sont reconnues coupables. La défense dénonce un "dossier vide" et une enquête menée à charge.

L'homme présenté comme le responsable du point de deal Paillade Nord, dans les Hauts de Massane à Montpellier, est condamné à 28 mois de prison ferme.
L'homme présenté comme le responsable du point de deal Paillade Nord, dans les Hauts de Massane à Montpellier, est condamné à 28 mois de prison ferme. © Maxppp - Jean-Michel Mart

Deux mois après le démantèlement très médiatisé du point de deal de la Paillade Nord, le tribunal correctionnel de Montpellierrend un jugement en demi teinte à l'encontre des quatre prévenus jugés ce vendredi 7 mai : 28 mois de prison ferme pour celui présenté comme le "Boss". Du sursis pour sa compagne. Un délibéré rendu bien loin des caméras cette fois, à 1h du matin. Dans ce dossier, la défense n'a eu de cesse de pointer les lacunes de la procédure et le poids de la médiatisation. 

Visite présidentielle

Ce drive de la drogue marqué par un immense tag "Paillade nord" au pied de la résidence du Lac dans les Hauts de Massane est devenu emblématique de la lutte contre le trafic de drogue depuis qu'Emmanuel Macron s'est rendu sur place lors de sa visite à Montpellier mi avril. Symbole de la lutte contre les dealers qui imposent leur loi au quartier. Mais le costume semble trop grand pour les quatre prévenus qui se présentent devant le tribunal. 

Celui, désigné comme le "patron", Yassin, 26 ans, chauffeur livreur au moment des faits, trois fois condamnés pour trafic, nie tout lien avec ce point de deal où il n'aurait jamais mis les pieds. 

Une seule saisie de 300 g

Dans l'équipe, sa compagne reconnaît avoir vendu de l'alcool sous le manteau. Pas plus. Le plus jeune, 19 ans, casier vierge, présenté comme un guetteur, dément à son tour. Il a été interpellé le 7 mars à bord d'une voiture transportant une centaine de sachets de cannabis estampillés "Paillade Nord", soit 300 g. Le conducteur, Billal, 22 ans, est le seul qui reconnaisse avoir été possession de drogue : il explique avoir accepté ce soir là de "faire la nourrice", de garder le sac contre 200 euros pour se payer une chambre d’hôtel après avoir trouvé porte close chez sa mère. 

Il écope d'un an de prison ferme. Ce sera l'unique saisie de drogue au cours de l'enquête.

"Logique de terreur"

Les profils cadrent mal avec les premiers mots du réquisitoire. Le procureur rappelle le contexte "si particulier de l'affaire" : des dealers armés qui s'en prennent à des vigiles, qui séquestrent un comité de quartier dans leur local. "Ce trafic s’est installé dans une logique de terreur, dans une conquête de territoire par la violence". Mais dans les faits, la défense pointe une procédure mal ficelée, bourrée de lacunes.

"On a créé ce dossier de toutes pièces pour, en définitive, n'avoir aucun lien avec ce point de deal." Maître Mousset

"Le dossier du vide" 

"Les réquisitions sont à l'opposé de ce qu'on retrouve dans le dossier, s'emporte Maître Jean-Baptiste Mousset, avocat de Yassin. Concernant mon client, on ne retrouve pas un gramme d'herbe, on ne trouve pas un euro, pas un téléphone sur lequel on retrouve son nom. On a créé ce dossier de toutes pièces pour, en définitive, n'avoir aucun lien avec ce point de deal. C'est le dossier du vide." 

"On a pris quatre pimpins qui ne peuvent organiser quoique ce soit et on les présente au tribunal." Me Céline Thil

"On a vraiment voulu constituer un dossier, mais on a voulu faire vite et on a pris des éléments qui, en soi, ne veulent pas dire grand chose, enchaîne Maître Céline Thil, avocate de la compagne. S'il y avait réellement un trafic organisé, on serait effectivement devant une bande organisée. Résultat on se retrouve avec quatre gosses, qui n'ont pas cinq euros en poche. Il n'y a pas de produits stupéfiants, pas d'appels de consommateurs. Il n'y a pas de demande. Il n'y a pas d'offre. Il n'y a rien. C'est sûr que si on demande à un procureur de juguler un trafic de stupéfiants en l'espace d'un mois pour avoir une réponse rapide, bien voilà la réponse qu'on va avoir." 

"On se retrouve avec quatre gosses, qui n'ont pas cinq euros en poche." Maître Thil

La politique dans le prétoire

Un procès pour l'exemple, selon Jean-Baptiste Mousset. "On ne peut pas faire des exemples des décisions de justice, conclut l'avocat. C'est justement notre rôle d'avocat de veiller à ce que la politique n'entre pas dans le prétoire. Parce qu'à ce moment là, cette politique chasse la justice qui en sort par une toute petite porte et jamais grandie."

Position qui fait réagir le procureur de la République Fabrice Bélargent, estimant "dangereux pour l’équilibre des institutions d’affirmer, sans d’ailleurs en apporter le moindre commencement de preuve, qu’une procédure judiciaire puisse être conduite à des fins étrangères à son objet. L’enquête de police et l’orientation de la procédure par le parquet ont eu lieu bien avant que le principe d’une visite du Président de la République à Montpellier ne soit arrêté."

Pour l'affaire Paillade Nord, Yassin A. écope de 18 mois de prison, avec révocation de deux sursis de quatre et six mois liés à des précédentes condamnations, soit 28 mois ferme au total. Sa compagne reste libre : 8 mois de prison avec sursis. Billal R. arrêté avec les sachets de cannabis est maintenu en détention pour purger sa peine de un an. Celui qui était avec lui à bord de la voiture au moment de l'arrestation du 7 mars, prend un an de prison dont six mois ferme. 

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