Faits divers – Justice

Dépénaliser le cannabis "déplacerait la question" pour Frédéric Ploquin, journaliste d'investigation

Par Julien Morin, France Bleu Isère mercredi 28 septembre 2016 à 9:16

Photo d'illustration d'une saisie de cannabis
Photo d'illustration d'une saisie de cannabis © Radio France

Escalade de violence dans l'agglomération grenobloise. Depuis le début du mois de septembre, six personnes ont été blessées par balle dans des règlements de compte liés aux trafics de drogue. Frédéric Ploquin, journaliste d'investigation à Marianne réagissait mercredi matin sur France Bleu Isère.

Quinze fusillades en un mois depuis début septembre dans l'agglomération grenobloise. Le phénomène inquiète. Frédéric Ploquin est journaliste à l'hebdomadaire Marianne mais aussi écrivain. Depuis des années, il est spécialisé dans les questions de la politique, du banditisme et du renseignement. Son dernier ouvrage, Les gangsters et la République, est sorti chez Fayard et traite des connexions entre les bandits et les hommes politiques.

La légalisation du cannabis pourrait-elle réduire ces violences ?

"Je laisse de côté le débat qui concerne les questions de santé, d'éducation, de contrôle, parce que je crois que ce serait extrêmement difficile à mettre en vigueur. Comment est-ce qu'on ferait pour en vendre aux adultes et pas aux mineurs ? Comment est-ce qu'on ferait pour contrôler la qualité du cannabis ? Est-ce que si l'État vend une sorte de cannabis d'une certaine qualité, vous avez pas les voyous qui se disent 'on va en vendre du meilleur et moins cher ?'."

Ils auront toujours besoin des territoires pour vendre de la cocaïne, de l'héroïne, pour Frédéric Plochin

"Par ailleurs il n'y a pas que le cannabis comme drogue. Ils auront toujours besoin des territoires pour vendre de la cocaïne, de l'héroïne, ou d'autres drogues de synthèse. Ça déplacerait la question, et ça poserait à mon sens d'autres d'autres questions tout aussi importantes."

La légalisation du cannabis était un débat mis sur la table par Éric Piolle, le maire de Grenoble, il y a quelques semaines.

La lutte contre les trafics de drogue fonctionne-t-elle ailleurs en France ?

"Ce qui me frappe c'est que tout le monde s'est focalisé sur Marseille. On met vite à la trappe un certains nombre de fait qui se passent notamment à Montpellier, Lyon, en région parisienne, ou même à Grenoble. La police fait son travail à Marseille, démantèle des réseaux etc. Mais le fait de de déstabiliser en permanence ce milieu là génère en soi des règlements de comptes. Il y a des guerres pour la reprise de contrôle des territoires. Par ailleurs - et ça c'est un peu la caractéristique de l'agglomération grenobloise - il y a des contentieux entre bandes rivales qui ne sont pas solvables par d'autres moyens que par la mort."

Patrick Mairesse, le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, invité de France Bleu Isère il y a quelques jours allait dans ce sens, parlant de "l'envie réelle d'un match retour dans certains quartiers". Notre justice ils s'en moquent. Ils ont leurs propres méthodes, leurs propres règles, assure Frédéric Ploquin. Vous avez beau mettre 20-30 policiers en plus, quelques part ils sont sur leurs rails et attendent le bon moment pour régler leurs comptes."

Pour Frédéric Ploquin, il y a des contentieux entre bandes rivales qui ne sont pas solvables par d'autres moyens que par la mort

Le maire d'Échirolles, Renzo Sulli, appelle à une table ronde sur la sécurité dans l'agglomération. Une rencontre que la Préfecture semblerait prête à organiser au niveau de la Zone Police.