Faits divers – Justice

Des milliers d'Asiatiques ont manifesté à Paris pour une "sécurité pour tous"

Par Armêl Balogog, France Bleu Paris et France Bleu dimanche 4 septembre 2016 à 20:12

Des milliers d'asiatiques ont manifesté dans Paris pour demander une "sécurité pour tous"
Des milliers d'asiatiques ont manifesté dans Paris pour demander une "sécurité pour tous" © Radio France - Armêl Balogog

Ils ont répondu à l'appel d'un collectif d'associations chinoises ou asiatiques, pour défiler dans la capitale entre la place de la République et la place de la Bastille, dimanche 4 septembre, et demander un renforcement des mesures de sécurité, notamment à Aubervilliers.

Sur la place de la République, une nuée de tee-shirts blancs, avec pour inscription "Sécurité pour tous" - le nom et slogan du collectif d'associations, organisateur de cette grande manifestation. Une nouvelle, des années après les rassemblements de 2010 et 2011 dans le quartier de Belleville, dans le Nord-Est de Paris, et seulement quelques jours après les rassemblements des 12, 14 et 21 août, à Aubervilliers.

Jean-François Zhou : "Nous n'avons pas cette habitude de manifester. On est vraiment acculés au mur (sic). Aujourd'hui, on ne veut plus être des agneaux silencieux."

Reportage d'Armêl Balogog : Les asiatiques, "plus des agneaux silencieux"

"Zhang Chaolin, mort pour rien. Qui sera le prochain ?"

Dimanche 4 septembre, 14.000 (selon la police) à 100.000 (selon les organisateurs) asiatiques - dont une majorité de Chinois - ou personnes d'origine asiatique se sont rassemblées sur cette place, symbole des revendications citoyennes. Ils dénoncent notamment un "racisme anti-asiatique", après l'agression mortelle, début août, de Zhang Chaolin, un couturier de 49 ans résident à Aubervilliers. Trois hommes, interpellés depuis, l'ont agressé afin de le voler, croyant qu'il portait sur lui des sommes importantes, comme le veut un préjugé très controversé.

La mort de Zhang Chaolin reste dans tous les esprits, ceux des membres de sa famille, installés devant la scène montée sur la place, et ceux de toute la communauté chinoise : "Cette tragédie est un véritable déshonneur dans l'état de droit qu'est la France", déclare, en mandarin, le représentant d'une association, avant d'être traduit. Au début du rassemblement, une minute de silence a été respecté pour lui rendre hommage.

Sur des pancartes et sur les grandes banderoles tendues autour de la statue centrale, on peut lire "Zhang Chaolin, mort pour rien. Qui sera le prochain ?". La communauté est très inquiète : le nombre de plaintes déposées pour vol avec violence a triplé en un an, en passant de 35 à 105. Et c'est compter sans les agressions qui ne sont pas suivies d'une plainte, estime Olivier Wang, adjoint au maire du XIXème arrondissement parisien :

"Il y a 90 % des personnes [des manifestants] qui vont vous dire : "j'ai été victime" ou "autour de moi, j'ai eu ma famille qui a été victime de ces agressions-là."

C'est pour cela qu'ils se sont mobilisés : pour demander plus de sécurité, voire "simplement l'application de la loi de la République", tranche une manifestante.

Un défilé politique et des demandes sécuritaires

Pendant une heure, et avant de défilé jusqu'à la place de la Bastille, les manifestants occupent la place de la République, le temps d'assister aux nombreux discours prévus par les organisateurs. D'abord, Rui Wang, de l'association des jeunes Chinois de France, puis, Frédérique Chau, l'humoriste et comédien franco-vietnamien, suivi par des représentants de la communauté chinoise... et enfin des femmes et hommes politiques, en "délégation", commente Rui Wang, surpris de cet imprévu.

Reportage d'Armêl Balogog : De nombreuses personnalités ont participé à la mobilisation

D'abord Stéphane Troussel, le président (Parti socialiste) du Conseil départemental de Seine Saint Denis, puis Valérie Pécresse, la présidente (Les Républicains) de la région Île de France, et encore Meriem Derkaoui, la maire d'Aubervilliers. Les deux premiers sont venus entourés de membres de leur parti, avec, sur le devant de la scène, des élus asiatiques. Malgré leurs rappels fréquents de leur neutralité politique, les organisateurs n'auront pas réussi à protéger leur rassemblement d'une forme de récupération par les élus. Mais d'autres ont préféré rester discrets, comme Rama Yade, la candidate à la présidentielle et ex-ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy, cachée dans la foule derrière ses lunettes de soleil par temps pluvieux.

A l’issue du défilé politique, beaucoup de demandes de renforcement de la sécurité, du nombre de caméras de vidéosurveillance et de policiers,  mais rien de précis pour l’instant. La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a promis de renforcer la présence policière à Aubervilliers, sans donner de chiffres et d'informations précises. Mais les manifestants attendent des annonces concrètes et dans plusieurs villes : à la Courneuve, à Saint-Denis ou encore à Pantin.