Faits divers – Justice

Des supporters "ultras" ont semé la peur à Rennes : des commerçants témoignent et réagissent

Par Brigitte Hug, France Bleu Armorique et France Bleu samedi 11 février 2017 à 14:30

Un groupe d'hommes habillés tout en noir, le visage caché.
Un groupe d'hommes habillés tout en noir, le visage caché.

La veille du derby entre Rennes et Nantes, un groupe de supporters de football "ultras" a semé la peur dans le centre rennais. Une pétition de commerçants a été envoyée aux élus rennais. Les signataires s'étonnent du silence des autorités.

Que s'est-il passé à Rennes, dans la nuit du 27 au 28 janvier dernier, à la veille du derby entre les Rouge et Noir et les Canaris ? Les témoignages se recoupent aujourd'hui et on en sait un peu plus. Il n'est pas encore minuit quand un groupe de 30 à 40 hommes arrive par la place Saint-Michel. Ils sont habillés tout en noir "et pour certains équipés de genouillères et de gants renforcés".

Les clients des bars de la rue Saint-Michel sont attablés dehors. Un habitué des lieux raconte : "J'étais en train de fumer une cigarette dehors, devant le bar Aeterman. J'ai vu un groupe arriver. J'ai d'abord cru que c'étaient des étudiants. Et l'un d'eux a mis une gifle à un passant. Je me suis dit, non, ce ne sont pas des étudiants, ce ne sont pas des gentils !"

Rue Saint-Michel à Rennes - Radio France
Rue Saint-Michel à Rennes © Radio France - Brigitte Hug

Puis les hommes en noir se déchaînent, renversent tables et chaises, en prennent pour taper sur les consommateurs. "Un type que je connais était à terre. Ils lui ont tapé sur la tête avec une table.". Tout va très vite. Le groupe se dirige vers la place Sainte-Anne, semant la peur sur son passage. Un serveur du restaurant La Bonne Nouvelle témoigne: " J'en ai vu plusieurs courir après un gars. Ils l' ont attrapé, l' ont cogné et lui ont défoncé le crâne par terre.". Ces hommes agressifs feront plusieurs virées dans le secteur, jusqu'à 2h du matin, s'en prenant à chaque fois violemment aux passants et clients des bars.

Romain, un étudiant, était présent sur place

Ils étaient guidés par la haine!

Qui sont-ils? Pour un employé du café Le Comptoir, pas de doute, ce sont des supporters de foot, "ultras": "Ils chantaient des slogans qu'on entend dans les kops.". Des supporters nantais, rennais? Depuis 20h, un arrêté préfectoral interdit à tout supporter du Football Club de Nantes "d'accéder, de circuler ou de stationner dans le centre-ville" de Rennes. Un autre serveur: "Des ultras nantais, rennais, des faf? Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est qu'ils étaient guidés par la haine!". Des témoins parlent d' insultes racistes, de gestes faschistes. "Leurs visages étaient cachés mais on voyait quand même que c'étaient des blancs.".

Maxime servait au comptoir ce soir-là

À plusieurs reprises, des commerçants ont appelé la police. Un salarié de La Bonne Nouvelle explique: "J'ai fait entrer les clients à l'intérieur et j'ai appelé la police. Le policier au téléphone m'a répondu qu' il était au courant et a raccroché.". Selon la direction départementale de la sécurité publique, les policiers sont allés sur place deux fois mais le groupe s'était, à chaque fois, volatilisé. Aucune plainte n' a été déposée. Interloqués par le silence des autorités malgré "la gravité" de ces événements, des commerçants ont signé une pétition leur demandant "d'éclaircir la question, d'en prendre la mesure et de réagir avec les moyens dont nous savons qu'elle dispose.". La pétition a été adressée à des élus rennais.

La pétition des commerçants

À Rennes, le 7 février 2017
Madame, Monsieur,

Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 janvier 2017 une série d’événements très graves a eu lieu dans le centre-ville de Rennes, plus particulièrement aux alentours de la rue Saint Michel et de la place Sainte Anne. Ces faits se sont déroulés il y a maintenant une dizaine de jours. Au vue de leur gravité, il nous semble pour le moins surprenant qu’il n’en est pas été fait état ni par la mairie, ni par la préfecture ou la presse locale. Ainsi, nous vous adressons cette lettre dans le but d’apporter un témoignage collectif auquel il vous appartiendra de répondre avec les moyens dont vous disposez.

Vers minuit le 27 janvier, un groupe d’une quarantaine d’individus masqués déferlent dans la rue Saint Michel par la place du même nom. Ces derniers sont vêtus de noir et pour certains équipés de genouillères et de gants renforcés. Aussitôt ils agressent violemment, à coups de poings, de pieds et à l’aide de tables et de chaises trouvées sur place, des clients de plusieurs établissements de débits de boissons et de restauration rapide, ainsi que des passants et toute personne essayant de leur porter secours. Face à la violence de ces agressions, les passants et les clients n’ont eu d’autre choix que de fuir, de s’abriter dans des halls d’immeubles ou dans des commerces avoisinants. Certains commerçants n’ont vu d’autres possibilités que de fermer leur établissement, y abritant parfois des personnes ayant été prises pour cible par les agresseurs. Nous pouvons certifier que plusieurs appels ont été passés à Police Secours sans pour autant donner suite à une intervention de la police à même d’arrêter ou d’empêcher ces individus de revenir une heure plus tard. Des témoignages concordants attestent d'incidents similaires notamment à République et au Colombier.

Il a été porté à notre connaissance qu’à l’occasion du match Nantes contre Rennes au stade de la route de Lorient le même jour, la préfecture en accord avec la mairie, avait déployé un dispositif de sécurité exceptionnel1. Ainsi, la question se pose de savoir comment ces individus dont l’intention visible était d’en découdre, ont pu agir en toute impunité sans être inquiété par les forces de l’ordre.

Plusieurs témoins rapportent que ce groupe d’individus proférait des insultes racistes et faisait des saluts nazis. Il ne nous appartient pas de supposer sur le caractère politique des agissements de ce groupe violent. Il incombe aux autorités compétentes, suivant leur devoir de protection des habitants et des commerçants de la ville de Rennes, d’éclaircir la question, d'en prendre la mesure et de réagir avec les moyens dont nous savons qu’elle dispose.

Cf. Arrêté préfectoral : […] A compter du vendredi 27 janvier 2017, 20h00, jusqu'au samedi 28 janvier 2017, minuit, il est interdit à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du football Club de Nantes ou se comportant comme tel d'accéder, de circuler ou de stationner dans le centre-ville [...]