Faits divers – Justice

Des victimes d'un prêtre accusé de pédophilie veulent "briser l'omerta"

Par Mathilde Montagnon, France Bleu Saint-Étienne Loire mardi 12 janvier 2016 à 17:14

Le site internet "La parole libérée" vient d'être créé
Le site internet "La parole libérée" vient d'être créé - capture d'écran

Plusieurs victimes d'agressions sexuelles dans la région lyonnaise viennent de créer une association "la parole libérée" et un site internet. Elles ont porté plainte contre un prêtre du diocèse de Lyon qu'elles accusent d'agression dans leur enfance. Il était dans le Roannais ces dernières années.

Ils s'appellent François, Bertrand, Alexandre ou Laurent. Ils ont entre 36 et 46 ans. Leurs témoignages est en ligne sur le site internet de l'association "La parole libérée". Ils racontent le comportement, les gestes déplacés, voire les agressions sexuelles dont ils ont été victimes quand ils étaient enfants, des petits garçons âgés de 9 à 11 ans à l'époque, membre d'un groupe de scout, le groupe Saint- Luc. Aujourd'hui ils prennent la parole pour "briser l'omerta" : ils évoquent le "côté tactile", "dérangeant" de ce prêtre, ses mains qui se baladaient "jusque sur les parties intimes", les baisers sur "la bouche",  "ses soupirs, presque des râles" quand ils les "enlaçaient". Mais aussi les difficultés à parler, à dire les choses, aux copains, aux parents, qui ne veulent pas savoir, qui ne veulent pas y croire,  qui demandent à l'enfant "de se taire" parfois.

Le premier signalement daterait de 1979 selon l'association. Son site internet de l'association reproduit un courrier du prêtre qui daterait de 1991 et qui reconnait les faits. Il est alors muté dans la Loire, à Neulise. Puis dans la paroisse de Saint-Michel en Rhône et Loire, à cheval sur les deux départements et enfin au Coteau en 2011. Ce n'est que l'été dernier qu'il prend sa retraite. L'objectif de l'association c'est de libérer la parole, pour aider les victimes à se reconstruire. L'association ne veut pas se substituer à la police et à la justice dit-elle. Elle ne veut pas non plus faire le procès de l'église catholique. Même si elle souligne la lenteur de la hiérarchie.

Ce site c'est aussi l'occasion de se faire connaitre peut-être pour certaines victimes. Ce prêtre a officié pendant 24 ans dans le Roannais. Il était en charge de la formation des servants de messe et il donnait des cours de catéchisme. Il était donc en contact régulier avec des enfants.

Bertrand Virieux est l'un des membres de l'association

Bertrand Virieux est l'un des membres de l'association raconte "nous sommes des adultes qui avons vécu des abus sexuels de la part de ce prêtre lorsqu'il était chef des scouts de notre paroisse saint-Luc à Saint-Foy-lès-Lyon entre 1979 et 1991. Il y a une plainte qui a été déposée par des parents auprès du cardinal Decourtray en 1991. Plainte demandant instamment soit relevé de toutes ses fonctions en présence des enfants. Le cardinal Decourtray avait répondu que tout serait fait. On a même eu à cette époque une lettre d'aveux, écrite. Et on a ensuite constaté, hélas, 25 ans plus tard que le prêtre avait été déplacé dans une autre paroisse où finalement très rapidement il a repris des activités notamment de catéchisme avec des enfants. On ne peut pas se substituer ni à la police ni à la justice. On s'interroge. On se dit quand même, nous, sur une dizaine d'années, on en est à une vingtaine de personnes qui se sentent concernées de près ou de loin. On se dit qu'en 25 ans, quand on voit des photos sur internet, d'enfants proches de lui, on ne peut qu'être inquiets, très inquiets".

Le diocèse de Lyon a réagi via son site internet. Il exprime "à nouveau la plus ferme condamnation de ces actes". Mais rappelle que le prêtre n'a pas été mis en examen (ce qui a depuis été fait NDLR). Que les faits reprochés sont pour la plupart prescrits (mais pas pour au moins quatre victimes identifiées NDLR). Un procès canonique est envisagé à l'issue de la procédure civile. Par ailleurs le diocèse estime qu'on ne connait pas précisément les éléments dont disposait Mgr Decourtray au début des années 90. Et qu'en revanche Mgr Barbarin qui a reçu des témoignages à l'été 2014 a retiré toute forme de ministère à ce prêtre en mai 2015.

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