Faits divers – Justice

Des vins de Bordeaux trafiqués : deux ans de prison et une amende record pour le propriétaire de trois châteaux

Par Yves Maugue et Pauline Pennanec'h, France Bleu Gironde et France Bleu jeudi 3 novembre 2016 à 15:33

Le palais de justice de Bordeaux.
Le palais de justice de Bordeaux. © Radio France

Le propriétaire de trois châteaux du Bordelais, un négociant, des courtiers et des fournisseurs ont été condamnés ce jeudi par le tribunal correctionnel de Bordeaux. C'est l'affaire dite du "vin de la lune". Une amende record de quelques huit millions d'euros a également été prononcée.

François-Marie Marret, le propriétaire de trois châteaux du Bordelais, a été condamnés ce jeudi par le tribunal correctionnel de Bordeaux à deux ans de prison et à une amende record de plus de 7,8 millions d'euros. Le principal négociant impliqué dans cette affaire du "vin de la lune", véritable trafic de vin du Bordelais entre 2011 et 2012, a écopé de 18 mois de prison avec sursis. Au total, ce sont huit personnes qui ont été condamnés, les autres peines allant de quelques centaines d'euros à un an de prison avec sursis.

La marchandise était transportée en pleine nuit

Les prévenus étaient accusés d'avoir trafiqué des vins de Bordeaux. Le propriétaire de trois châteaux situés dans les appellations prestigieuses Lalande-Pomerol, Listrac et Saint-Émilion avait monté un véritable circuit parallèle en compagnie de courtiers et négociants girondins complices et des fournisseurs locaux, trois d'entre eux ayant été identifiés. On connaissait les fraudes avec des vins du sud-est, d'Europe centrale ou du Maghreb, mais c'était une première dans le Bordelais. François-Marie Marret était accusé d'avoir acheté, par l'intermédiaire du négociant Vincent Lastaste, lui-même en difficulté financière, du vin interdit à la vente pour ensuite les mélanger à sa propre production. Il s'agissait de surplus issus de propriétés bien moins cotées qui étaient vendus sous le manteau après les vendanges, l'équivalent de dix centimes la bouteille, ce qui rapportait bien plus que s'ils avaient été envoyés à la distillerie comme c'est la règle. Les enquêteurs racontent qu'il s'agissait surtout "de jus en train de fermenter et donc très mal contrôlé". La marchandise était transportée en pleine nuit dans des camions-citernes, ce qui avait valu à l'affaire le nom du "vin de la lune". Le vin trafiqué était écoulé à un prix normal, de quelques sept euros la bouteille, dans des grandes surfaces qui n'y ont vu que du feu.

Le propriétaire ne reconnait pas ses torts

Le propriétaire des châteaux concernés avait gardé le silence pendant sa garde à vue et ne s'était pas présenté à l'audience lors de son procès mi-octobre. Cette fois, pour l'énoncé du délibéré, il était bien présent. Il prend la parole devant les journalistes : "Jamais ça s'est vu une peine pareille. Je n'ai jamais vendu que du vin de mes propriétés. Je ne connais pas les viticulteurs en question. Je ne vois pas comment on peut arriver à plus de 6.000 hectolitres de vins trafiqués... Je ne sais pas. C'est d'une sévérité ahurissante" a-t-il réagit.

Un jugement aussi violent que ça, c'est complètement anormal
— François-Marie Marret

Le parquet avait requis deux ans de prison, dix ans d'interdiction de travailler dans la viticulture et les douanes lui réclamaient quelques huit millions d'euros, une somme sans précédent dans le milieu viticole du Bordelais. François-Marie Marret devrait faire appel de la décision du tribunal.

►►► A lire aussi : Roger Geens, l'auteur d'une arnaque au vin de Bordeaux, devra payer 470.000 euros