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Faits divers – Justice

Déserts médicaux dans le Loiret : une charte pour ne pas recruter le médecin de son voisin

jeudi 3 mai 2018 à 12:36 Par Eric Normand, France Bleu Orléans

A Orléans, le collectif de citoyens CitLab propose une charte pour ne pas démarcher des médecins dans des communes voisines. Saint-Denis en Val, Saint-Jean-de-la-Ruelle et Chécy viennent de la signer. D'autres se livrent à une véritable surenchère financière pour attirer des docteurs.

Le Loiret est l'un des départements les plus touchés par la désertification médicale
Le Loiret est l'un des départements les plus touchés par la désertification médicale © Maxppp - Alexandre Marchi

Toutes les communes du Loiret sont confrontées à la désertification médicale. Selon l'INSEE, un généraliste sur deux devra être remplacé d'ici 2023 dans le département. 15.000 habitants de la Métropole d'Orléans n'auraient pas de médecin traitant actuellement. "Et du coup, les communes mettent des stratégies en place pour favoriser la venue et l'installation des médecins," explique le docteur Jean-Paul Briand, médecin généraliste à la retraite et membre du collectif de citoyens CitLab. 

Une charte solidaire et responsable 

Les communes, sous la pression de leurs habitants, multiplient les offres aux médecins pour leur donner envie de s'installer : des loyers à petits prix, du don de matériel et même trouver un emploi pour l'épouse du médecin. Certaines mairies ne reculent devant rien. "Non, tous les coups ne sont pas permis," ajoute Jean-Paul Briand, "est-ce de la concurrence déloyale ? Quand un maire débauche un médecin d'une commune voisine pour lui proposer des conditions plus avantageuses, cela y ressemble." Saint-Denis-en-Val, Saint-Jean-de-la-Ruelle et Chécy ont décidé de mettre un terme à cette pratique. Les communes ont toutes les trois signées la "charte solidaire et responsable." 

Une politique de la surenchère 

C'est cette politique de la surenchère que dénonce Gérard Boudon, l'adjoint au maire de Saint-Denis-en-Val, en charge des questions de santé. "Les petites communes avec des moyens financiers limités sont les premières victimes de ce débauchage," explique-t-il. Saint-Denis en Val a galéré après le départ à la retraite de son médecin. D'entretiens en entretiens avec de jeunes médecins, Gérard Boudon a réalisé que "sa commune n'était pas compétitive." Il ne pouvait pas s'aligner notamment sur les conditions de la maison médicale à Saint-Cyr en Val, à 4 kilomètres de là. 

Je me suis vite rendu compte que pour une commune relativement pauvre comme la mienne, c'est impossible de rivaliser. Cela m'a paru choquant - Gérard Boudon, adjoint à Saint-Denis-en-Val

L'élu s'est même entendu dire, "à côté on me propose mieux." Les maisons de santé pluridisciplinaires ne sont d'ailleurs peut-être pas la panacée. "Elle permettent de faire faire de grosses économies aux médecins qui s'installent," ajoute Gérard Boudon, "puisqu'ils trouvent des locaux neufs, parfaitement équipés, avec le secrétariat pour des tarifs très faibles de locations mensuelles." Les communes appliquent la norme de l'ARS, l'agence régionale de santé, "qui est de 6 à 7 euros du M2, ça fait 180 euros par mois pour 30M2. Ce n'est pas cher du tout. Et des communes comme la nôtre qui n'ont pas de MSP, mais qui ont fait un effort quand même en achetant un bâtiment pour pouvoir loger des médecins, on ne peut pas offrir de tels tarifs. Nous, à Saint-Denis-en-Val, c'est 1000 à 1200 euros par mois." L'histoire se termine bien malgré tout, une jeune médecin a accepté de s'installer dans la commune,"pour la qualité de vie." 

Et maintenant sur toute la Métropole ? 

"Cette charte n'a pas vocation à être appliquée par seulement trois signataires," renchérit Philippe Rabier, animateur et membre du collectif CitLab. Le collectif discute avec les autres communes de la Métropole. Reste à convaincre les 19 autres communes de s'emparer de cette charte, "mais aussi peut-être tous les communes dans un rayon de 30 kilomètres autour d'Orléans" espère Philippe Rabier. C'est une idée qui fait son chemin, puisque des revues spécialisées ont fait écho de cette initiative dans leurs pages. 

La désertification médicale, c'est aussi le thème de la visite du 1er ministre Edouard Philippe dans le Cher pendant trois jours. C'est un problème général dans notre région. Le Centre-Val de Loire est la région la plus touchée : 16,5 % des habitants vivent dans une commune sans médecins, la moyenne nationale est de 8%. 

POUR EN SAVOIR PLUS : Réécouter Philippe Rabier, membre de CitLab, il était l'invité de France Bleu Orléans.