Faits divers – Justice

Devant les assises de la Gironde : meurtre ou mort subite du nourrisson ?

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde lundi 19 juin 2017 à 20:16

Illustration - La cour d'assises de la Gironde
Illustration - La cour d'assises de la Gironde © Radio France - Stéphanie Brossard

La cour d'assises de la Gironde à Bordeaux juge depuis ce lundi et pour cinq jours, deux femmes qui se déchirent après la mort de leur bébé âgé de six mois, à Lesparre-Médoc, le 29 décembre 2009.

Cinq jours d'audience devant la cour d'assises de la Gironde à Bordeaux pour comprendre ce qui s'est passé ce 29 décembre 2009 dans une maison de Lesparre-Médoc : une petite fille de cinq mois, Eugénie, est découverte inanimée, susceptible d'avoir été étouffée. Deux versions se font face depuis le début. Yamina, 42 ans, qui n'est pas la mère biologique de l'enfant, est accusée de meurtre par son ex-compagne. Elle se serait introduite dans la maison qu'elles partageaient jusqu'ici avec Delphine, la mère biologique âgée de 38 ans, alors que les deux femmes venaient de se séparer, après onze ans de vie commune.

L'accusée nie les faits

Dès l'ouverture des débats, ce lundi, Yamina parle de "diffamation" à propos de cette affaire qui l'amène devant les Assises; qu'elle ne sait pas d'ailleurs ce que c'est réellement; que "meurtre quand même, c'est un peu gros", et qu'elle ne pensait pas que Delphine "aurait tué son enfant, qu'elle devait être en plein baby-blues". Elle retourne l'accusation ou parle de "mort subite du nourrisson". Les mains jointes sur le ventre faisant face à la cour, elle s'épanche beaucoup. Trop. Sans répondre aux questions du président qui s'agace de cette logorrhée, et la coupe quand elle enchaîne les digressions, sur Dieu, sa spiritualité, ou sur sa relation avec l'enfant dont elle ne prononce jamais le prénom. Elle répète qu'elle "n'est qu'amour". Qu'elle était en PACS avec Delphine depuis 2002 certes, mais qu'elle n'est "mariée qu'à Dieu", et qu'elle avait tout à fait accepté la séparation. Très loin de l'audition de son ex-compagne, qui décrit les violences permanentes dont elle était l'objet, qu'elle était "sous son emprise", "son esclave" aussi à la maison. Et que l'arrivée d'Eugénie justement, avait commencé à tout bouleverser.

"Si tu oses me quitter, tu ne vivras plus et Eugénie non plus"

Un peu plus tôt durant ce premier jour d'audience, la responsable de la maison de la solidarité et de l'insertion de Lesparre, témoigne d'un "couple pas simple, dans une relation de violences, avec un bébé au centre de tout ça". Et de lister, les brimades et coups portés par Yamina durant la grossesse, du "jet de la bibliothèque sur le ventre" que lui a raconté Delphine, "dont le comportement changeait quand elle était en présence de sa compagne". Delphine, grande black, élancée, raconte, à la barre ce 16 décembre 2009 quand elles se séparent, la mise en garde de Yamina : "si tu oses me quitter, tu ne vivras plus.. et Eugénie non plus".

Mort par asphyxie mais deux hypothèses

Alors que s'est-il passé réellement 14 jours plus tard ? C'est la version de la mère biologique (et d'un ami présent à dîner), contre celles -au pluriel- de Yamina. Selon l'enquête, l'accusée se serait cachée dans la maison, aurait commis le meurtre et fait du bruit à l'étage dans la chambre du bébé. Elle aurait été vue par Delphine qui demande désormais que "justice soit faite".

Le bébé a-t-il pu être victime de la mort subite du nourrisson ? ou l'asphyxie est-elle la conséquence d'un geste criminel ? Ce sera le débat des experts ce mardi matin. Le procès va durer cinq jours. Le verdict sera rendu vendredi.