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Faits divers – Justice

Devant les assises des Pyrénées-Orientales, le profil étonnant de quatre "bébés-braqueurs" ultra-violents

lundi 8 avril 2019 à 19:13 Par François David, France Bleu Roussillon

Depuis jeudi à Perpignan, la Cour d’assises tente de comprendre comment quatre « gamins » sans histoire, âgés d’à peine vingt ans, ont pu basculer brutalement dans la criminalité et commettre une série de braquages ultra-violents dans le secteur de Prades en 2016.

De nombreuses armes figurent au milieu des scellés, au procès des quatre jeunes braqueurs
De nombreuses armes figurent au milieu des scellés, au procès des quatre jeunes braqueurs © Radio France - François DAVID

Perpignan, France

Mais qui sont donc ces bandits de grand chemin qui ont semé la terreur dans l'arrière-pays catalan à l’automne 2016 ? Depuis jeudi, la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales juge quatre jeunes hommes de 22 et 23 ans, accusés d'une série impressionnante de braquages ultra-violents dans le secteur de Prades. Cagoulés et lourdement armés, ils pénétraient chez des particuliers en pleine nuit, n'hésitant pas à faire preuve de la plus grande brutalité pour s'emparer des bijoux, de l'argent ou des voitures. L'un des hommes est également accusé d'un viol au cours d'un cambriolage. 

Pendant quatre mois, les accusés ont écumé l’Aude et les Pyrénées-Orientales. À leur actif, 37 délits et huit crimes dans 28 communes ! Pour les faits relevant du tribunal correctionnel, ils ont déjà été condamnés en juin 2018 à des peines allant de trente mois à quatre ans de prison. La Cour d'assises se penche maintenant sur les huit faits les plus graves, ceux de nature criminelle. 

Les proches se disent estomaqués

"Quand je vous ai vu entrer dans le box, j’ai cru que vous étiez des collégiens", lâche le président de la Cour, visiblement surpris par l’allure juvénile des quatre accusés. Difficile de croire que ces quatre-là sont bien les gangsters sans foi ni loi décrits dans le dossier… 

"est d’abord Steven qui prend la parole et qui s’effondre en larmes dès les premières phrases. Ce gringalet au visage d’enfant se décrit comme un garçon "calme, poli, timide", ayant grandi "dans une famille normale". Tous les proches qui défilent à la barre confirment : "C'est un bon garçon", "bien élevé", "sensible", "respectueux des autres".  Puis vient le tour de Morgan. "Je ne le reconnais pas", dit sa mère. Elle ne s'était jamais aperçu que son fils, "calme, poli et affectueux"", cachait des fusils et des cagoules sous son lit dans sa chambre.

"Franchement, quel gâchis !", s’exclame à son tour la mère de Florent, le troisième accusé. A 20 ans, son fils avait tout ce qu’un jeune de son âge peut espérer : une famille aimante, des diplômes, un travail et une petite-amie. "Notre fils n'a jamais manqué de rien."  Quelques jours avant son arrestation, Florent fêtait ses 20 ans, entouré de toute sa famille. "Il a été plus que gâté, raconte sa mère. Les grands-parents, le parrain, la marraine… il a reçu au moins 400 euros en liquide". Qui aurait pu se douter, à cette période-là, que le "gentil garçon" se transformait la nuit en braqueur ultra-violent.

Double-vie

C’est le même sentiment de stupéfaction que vient exprimer à la barre l’ancienne petite amie de Jonas. En octobre 2016, cette animatrice pour enfants venait de s'installer avec lui  dans un appartement du centre-ville de Rivesaltes. En pleine nuit, la porte explose, les hommes du GIGN se précipitent vers eux : la voilà menottée et placée en garde à vue. D'un coup, elle réalise que son petit ami est un dangereux criminel. Il avait caché des armes partout dans l'appartement : carabines, revolvers, pistolet-mitrailleur... "Je suis tombée du placard, dit-elle. J'ai vécu plus d'un an avec cet homme, et en fait, c'était un inconnu !"

Le jour, Jonas faisait des petits boulots de saisonnier. Le soir, prétextant des impératifs professionnels ou des soirées d'anniversaires, il partait écumer la campagne avec ses trois complices. Il braquait, il violentait, il menaçait, il dépouillait... Un soir, dans le village d'Eus, il reconnait même avoir violé une retraitée, pour lui faire avouer le code de sa carte bleue. A la barre, l'ancienne petite amie est en larmes. "Je me suis sentie totalement trahie et manipulée."

Une question : pourquoi ?

Comment peut-on passer, aussi brusquement, et sans aucune transition, d'une existence parfaitement banale à la délinquance la plus extrême ? Quelles sont les raisons de cette dérive criminelle aussi subite qu'inattendue ? "_En un temps météoriquement court, vous êtes allés au summum de la délinquanc_e", commente le président. 

Comme tentative d’explication, les experts avancent "un effet de meute". "Ils se sont entraînés les uns les autres. Tout sentiment humain a brusquement disparu. Ils agissaient mécaniquement, sans la moindre compassion pour les victimes, et avec  un sentiment d'impunité totale." Selon les experts, cette folie criminelle aurait perduré si les gendarmes n’avaient pas interpellé les quatre individus. 

Amateurisme total

Aucune préparation, aucun repérage : les quatre hommes partaient faire des braquages comme d'autres vont au casino, s’en remettant à leur bonne étoile. Ils rentraient dans des maisons "au hasard", "lorsque la porte n’était pas verrouillée". Parfois, leurs victimes sont tellement pauvres qu'ils repartent bredouilles, comme chez cet habitant de Ria-Sirach, réveillé dans son sommeil, et qui crie depuis son lit : "Je suis au RSA, il n’y a rien à voler chez moi !"

"Finalement, ce n'étaient que des gamins déguisés en braqueurs, lâche un avocat. Mais c'est sans doute cela qui les rendait encore plus dangereux". Capables de réveiller et violenter une vieille dame handicapée à Espira-de-Conflent, avant de prendre la fuite avec des bijoux, une carte bleue et une boite de Nesquik. Le 24 octobre au matin, à l'issue d'une nuit totalement folle, durant laquelle cinq crimes ont été commis, vient le moment de se partager le butin : à peine 150 euros pour chacun… 

Ce mardi, la parole sera donnée aux parties civiles. Le verdict est attendu jeudi ou vendredi. Les quatre accusés encourent 30 ans de réclusion criminelle.