Faits divers – Justice

Dijon : des chasseurs de trésor risquent de devoir payer des dizaines de milliers d'euros d'amende

Par Edouard Marguier, France Bleu Bourgogne et France Bleu samedi 19 septembre 2015 à 6:00 Mis à jour le samedi 19 septembre 2015 à 15:09

Les chasseurs de trésor ont trouvé 2.000 pièces gauloises en argent.
Les chasseurs de trésor ont trouvé 2.000 pièces gauloises en argent. © Max PPP

Cinq personnes étaient jugées pour vol et recel hier vendredi par le tribunal correctionnel de Dijon. En 2012, les prévenus ont découvert 2.000 pièces gauloises en argent dans un champs de Laignes, au nord du département de la Côte-d'Or, près de l'endroit où a eu lieu la bataille d'Alesia.

Ce club des 5 a une passion: l'Histoire. Jusque là rien d'illégal. Sauf que pour quatre d'entre eux, ils l'exercent avec un détecteur de métaux, "une poêle à frire" vendue librement dans le commerce pour 1.600€. Problème: ils n'ont pas le droit de déterrer des objets archéologiques. "_C'est là toute la subtilité de ce dossier _a dit l'avocat d'un des prévenus Maître Schwerdorffer, c'est comme si on avait le droit de cultiver du cannabis et qu'on n'interdisait de le fumer. Ici c'est pareil les détecteurs de métaux sont en vente libre et on ne peut rien chercher avec."

Fouilles illégales

La présidente du tribunal a martelé la législation pendant toute l'audience en citant le code du patrimoine. "Il est interdit de faire des fouilles archéologiques sans autorisation préalables de la préfecture."

Pour se défendre de ces fouilles illégales les prévenus ont dit qu'ils ont découvert la loi après avoir mis au jour leur trésor dans un champs de Laignes dans nord Côte d'Or. Ils n'ont pas voulu avertir les autorités par crainte des suites.

"La loi m'aurait permis de mettre les pièces dans un musée pour éviter ça, je l'aurais fait" Eddy un des chasseurs de trésor.

Pour tenter d'échapper aux autorités, les fouilleurs ont décidé de vendre les 2.000 monnaies gauloises en argent à un collectionneur privé, le cinquième prévenu présent à l'audience.

15.000€ à 30.000€ d'amende

Les avocats des parties civiles, l'Etat, l'agriculteur propriétaire du terrain et une association, ont plaidé qu'ils ne croyait pas en cette version. "Ne soyons pas naïfs, la législation est clair et connue par ces pilleurs de patrimoine. Tout est sur internet!" a dit Me Morel, l'avocat de l'Etat.

Le procureur a semblé être du même avis dans ses réquisitions puisqu'il a demandé des amendes assorties de sursi allant de 15.000€ pour la moins sévère à 30.000€. Des montants records dans ce type de dossier.

L'archéologie véritable victime

L'autre victime dans cette affaire est l'archéologie elle-même. Les pièces ont été sorties sans respecter la méthode scientifique employée par les archéologues professionnels. "Quand un objet est sorti de son contexte, il perd 90% de sa valeur" a analysé Michel Prestreau, directeur régional de l'archéologie en Bourgogne. 

 "Ces deniers gaulois ont pu appartenir à des anciens mercenaires gaulois à la solde de César revenant du siège d'Alesia"

 Le site de la bataille entre les Gaulois et les Romains en 52 av. JC est situé à une heure de marche de l'endroit où le trésor a été découvert. Le jugement sera rendu le 13 novembre.