Faits divers – Justice

Dominique Lebrun, archevêque : "Je ne fais pas le fier" pour la réouverture de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) vendredi 30 septembre 2016 à 11:08

"Je ne fais pas le fier", explique l'archevêque de Rouen Dominique Lebrun avant de célébrer la messe de réouverture de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray.
"Je ne fais pas le fier", explique l'archevêque de Rouen Dominique Lebrun avant de célébrer la messe de réouverture de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. © Radio France - Antoine Quevilly

L'archevêque de Rouen Dominique Lebrun célèbrera la messe de réouverture de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, ce dimanche 2 octobre. Un peu plus de deux mois après l'assassinat du père Jacques Hamel par deux terroristes de Daech, il évoque les conditions dans lesquelles se dérouleront la messe.

C'était il y a un peu plus de deux mois : le 26 juillet, deux terroristes se réclamant de l'organisation Etat Islamique assassinaient le père Jacques Hamel dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en plein office. L'édifice religieux rouvre ce dimanche 2 octobre avec une messe célébrée par l'archevêque de Rouen, Dominique Lebrun. Il était l'invité de France Bleu Normandie ce vendredi 30 septembre pour évoquer les conditions très particulières de cette réouverture.

"Je ne fais pas le fier." Ces quelques mots, Dominique Lebrun les prononce en toute simplicité. Conscient que célébrer la messe de réouverture de l'église est une mission importante "parce qu'il y a de l'émotion. Il y aura la communauté catholique, les Stéphanais mais aussi nos amis musulmans puisque les responsables de ce culte tiennent à être présents. Tous sont émus et je partage leur émotion", livre l'archevêque de Rouen. "J'ai rencontré il y a quelques jours une Stéphanaise de 20 ans qui me disait se sentir en deuil." De l'émotion, il y en aura dès le départ avec un rite pénitentiel de réparation. "Il y a eu un crime, une offense à Dieu dans la maison de Dieu. L'église a été souillée et nous allons la laver." Pour cela, les murs de l'église, l'autel mais aussi le "peuple de Dieu" seront aspergés d'eau bénite. "Le peuple de Dieu va ensuite demander pardon", détaille Dominique Lebrun.

Les assassins ont fait quatre gestes terribles pour les chrétiens

Dimanche, l'église sera très probablement bondée pour sa réouverture. Alors que personne n'est entré dans l'édifice depuis l'attentat le 26 juillet, Dominique Lebrun y a eu accès pour préparer la cérémonie. Il a alors fait face à un autre crime, religieux cette fois-ci. "Les assassins ont fait quatre gestes terribles pour les chrétiens : ils ont arraché une croix scellée dans le mur, renversé le cierge que nous allumons pendant les messes de Pâques, enlevé le chapelet de la statue de la Vierge Marie et donné des dizaines de coups de couteaux dans la table de l'autel", détaille l'archevêque. Autant de gestes qui blessent les catholiques dans leur foi selon lui.

Depuis l'attentat du 26 juillet, un registre de condoléances est mis en place dans la cathédrale de Rouen. Ce dimanche, tout le monde pourra se recueillir dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. - Radio France
Depuis l'attentat du 26 juillet, un registre de condoléances est mis en place dans la cathédrale de Rouen. Ce dimanche, tout le monde pourra se recueillir dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. © Radio France - Lauriane Delanoë

Une église bondée donc et pas forcément de place pour tout le monde. Qu'importe, la préfecture, le diocèse et la mairie ont tout prévu pour que chacun puisse assister à ce moment. "Un écran géant sera installé sur la place attenante de l'église avec une sono", explique Dominique Lebrun. Une procession sera également organisée entre le domicile du père Hamel, face à la mairie, et l'église. "Tout le monde peut se sentir à l'aise dans cette démarche, y compris ceux qui ne sont pas croyants", explique l'archevêque. Y compris aussi les musulmans présents pour la cérémonie. Une communauté avec laquelle le dialogue s'est renforcé depuis le 26 juillet selon monseigneur Lebrun. "Il y a plus de proximité, un dialogue plus profond aussi entre nous. C'est important de se parler et de se comprendre pour que quand il y a un geste fou, il n'y ait pas d'amalgame."

Vers la béatification du père Hamel

Autant de moments qui seront évidemment placés sous haute surveillance. "Nous transmettons aux paroissiens les consignes de sécurité données par la préfecture. Nous ne demandons pas de dispositif de protection supplémentaire mais on accepte avec gratitude ce qui est mis en place", témoigne monseigneur Lebrun. L'archevêque qui comprend d'ailleurs la fausse alerte terroriste qui a inquiété à Elbeuf ce jeudi 29 septembre. Une paroissienne a prévenu la police après avoir aperçu un homme au comportement suspect. De la psychose depuis l'assassinat du père Jacques Hamel ? Dominique Lebrun relativise : "Une vigilance se développe. C'est compliqué parce que les citoyens ne sont pas des professionnels et ils peuvent se laisser impressionner par des comportements inhabituels. Notre rôle c'est d'avoir un oeil exercé mais tout en ayant le coeur ferme."

Vers une béatification du père Hamel ?  - Aucun(e)
Vers une béatification du père Hamel ? - paroisse Saint Étienne de Saint-Étienne-du-Rouvray

Dimanche 2 octobre, toutes les personnes présentes auront donc en tête l'image du père Jacques Hamel, victime de la barbarie terroriste, "martyr" comme l'a dit le pape François lors d'une messe célébré en son honneur le 14 septembre. Un pas vers la béatification ? "Très probablement", assure Dominique Lebrun. "Il y a un délai de cinq ans mais je ne vais pas attendre cette date pour recueillir les témoignages. J'ai déjà commencé à en recueillir à l'écrit et à l'oral, sur la vie du père Jacques Hamel mais aussi sa mort." Pour lui, c'est un travail important pour ne pas se tromper de sens : "Cette béatification, ça ne sera pas condamner une autre communauté mais reconnaître un prêtre extraordinaire alors qu'il était un prêtre ordinaire."

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