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Dossier : Le drame des enfants du Drac

Drame du Drac : 25 ans après, la sœur jumelle d'une petite victime témoigne

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Par , France Bleu Isère, France Bleu

C'est la première fois qu'elle témoigne. Eline, 32 ans, a perdu sa sœur Solune, morte noyée dans le Drac, le 4 décembre 1995, lors d'une sortie scolaire. A l'époque, elles avaient 7 ans et étaient en CE1 à l'Externat Notre Dame de Grenoble, dans deux classes séparées. Témoignage.

Solune (à gauche) et Eline, deux sœurs fusionnelles que la tragédie a séparé pour toujours
Solune (à gauche) et Eline, deux sœurs fusionnelles que la tragédie a séparé pour toujours -

Eline, 32 ans, a quitté Grenoble avec sa famille en 2002 pour fuir les terribles souvenirs de ce fatal 4 décembre 1995. Ce jour-là, une classe de CE1 de l'Externat Notre-Dame de Grenoble part en sortie scolaire, avec son institutrice. Une accompagnatrice est présente pour faire découvrir aux enfants la vie des castors dans le lit du Drac, sec à cette époque de l'année. Mais un lâcher de barrage EDF intempestif va transformer cette sortie nature en tragédie. Les enfants sont emportés par les flots, six d'entre eux et leur accompagnatrice périssent noyés. Eline a perdu ce jour-là sa moitié, sa sœur jumelle Solune. Pour la première fois, elle a accepté de se confier et de raconter comment ce drame a bouleversé sa vie et celle de sa famille.

Ecoutez le témoignage d'Eline. Le 4 décembre 95, elle perdait sa sœur jumelle Solune, emportée dans les eaux du Drac

Eline, quels souvenirs gardez-vous de ce 4 décembre 1995 ?

"Je me souviens d'une salle avec des parents qui attendent des nouvelles de leurs enfants, pendant des heures, car on recherchait les corps dans la rivière. Ensuite, quelques jours plus tard, je me souviens de six cercueils d'enfants dans un gymnase. Je me rappelle le silence, la tristesse, des familles détruites. C'est une voisine qui m'a dit la première que je ne reverrai jamais ma sœur. Et après, il y a l'enterrement de Solune au crématorium. J'avais mis des petites paillettes sur son cercueil. Nous étions de vraies jumelles, des jumelles monozygotes. On était très fusionnelles, alors à l'école, on nous avait séparées, on n'était pas dans la même classe. "

Marie-Fleur et ses deux jumelles, Solune et Eline
Marie-Fleur et ses deux jumelles, Solune et Eline -

Votre mère, Marie-Fleur, s'était beaucoup investie, avec d'autres parents, dans l'association Drac 95, pour rendre justice aux enfants disparus.

"Cette association a pris beaucoup de place dans notre vie car ma mère s'y investissait énormément. Et c'était nécessaire, il fallait se battre. Il y a eu les procès... Mais cela a duré des années et pour mon frère et moi, c'était trop. On avait l'impression d'être un peu laissés de côté par nos parents, même si ce n'était pas vrai."

Votre maman est décédée il y a deux ans. Malgré tout, vous le dites, elle vous a aidée à vous reconstruire.

"Oui, maman, c'était le pilier de la famille, une guerrière ! Elle n'est plus là, mais on est tellement fière d'elle ! En 2002, quand la bataille judiciaire a été terminée, avec mes parents, on a quitté Grenoble. Il fallait aller vivre ailleurs pour se reconstruire. Sur le coup, cela a été difficile pour l'ado que j'étais, mais, au final, c'est ce qu'il fallait faire."

Aujourd'hui, vous avez 32 ans, un enfant, un métier. Mais le chagrin, le manque de votre sœur est toujours là ?

"Je penserai à Solune jusqu'à mon dernier souffle, comme ma mère l'a fait. Avec le temps, la colère a disparu. Reste les incompréhensions. Pourquoi sont-ils allés ce jour-là dans le lit de la rivière ? Je sais que, depuis le drame, la sécurité en amont des barrages a été renforcée. Je voudrais que ce drame en évite d'autres pour toujours."

Le 4 décembre dernier, cela a fait un quart de siècle, 25 ans, que le drame du Drac a eu lieu, comme on l'a appelé dans les médias et comme il reste dans les mémoires. Vous n'avez rien fait de particulier ce jour-là ?

"Non, je vous l'ai dit. Solune, j'y pense tout le temps. Je pense à ce qu'aurait été notre vie si elle était restée avec moi, avec nous. En 2016, avec maman, nous sommes revenues à Grenoble pour nous recueillir devant la fontaine qui a été érigée, près de la mairie, dans le parc Paul Mistral, en souvenir des six enfants et de leur accompagnatrice. Je sais que des gens viennent la fleurir. J'aimerais bien retrouver d'anciens camarades de classe de ma sœur, pour parler avec eux, pour savoir comment, eux, les survivants, ont surmonté ce drame."

Solune en majorette, aux côtés d'Eline
Solune en majorette, aux côtés d'Eline -
  • Rappel : En 1995, le drame du Drac a eu un retentissement national. La règlementation autour des sorties scolaires en a été profondément remaniée. Sur le plan judiciaire, entre 1995 et 2002, le dossier est allé en correctionnel, en appel puis en cassation. Au final, seuls deux responsables d'EDF, qui n'avaient pas fait appel, ont été définitivement condamnés à de la prison avec sursis. La directrice de l'externat Notre-Dame et l'institutrice, ainsi que la Ville de Grenoble, en tant que personne morale, ont été relaxées en appel. Car entre-temps, la loi avait changé. La notion de délits non-intentionnels avait été introduite dans le code pénal. 
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