Faits divers – Justice

Drogue : la police démantèle un trafic hors norme de blanchiment d'argent

Par Julie Guesdon, France Bleu vendredi 14 mars 2014 à 11:07

Argent saisi par la police suite à l'arrestation de trafiquants
Argent saisi par la police suite à l'arrestation de trafiquants © MaxPPP - - Photo d'illustration

Jeudi soir, l’office central de répression de la délinquance financière (OCRGDF) a annoncé le démantèlement d’un important réseau de blanchiment d’argent issu du trafic de cannabis. Le réseau, particulièrement bien organisé, mêle des trafiquants français, indiens et marocains. Treize personnes ont été interpellées en France et en Belgique les 8 et 10 mars derniers.

A en croire le procureur de la République de Paris, François Molins, les autorités françaises viennent de mettre un terme à l’un des réseaux les plus importants "jamais démantelés" en France. Jeudi 13 mars, l’Office central de répression de la délinquance financière (OCRGDF) a annoncé l’interpellation, les 8 et 10 mars derniers, de dix individus français et indiens liés à un important réseau de blanchiment de l’argent du trafic de cannabis. Trois autres personnes ont été interpellées en Belgique.

Des machines à billets qui tournaient nuit et jour

Le réseau était particulièrement organisé et récoltait à lui seul près de 170 millions d’euros, fruits du trafic du cannabis. Le système de blanchiment, qualifié de très sophistiqué par les autorités, fonctionnait entre le Maroc, la France et l’Inde.

Grâce à des appels d’offres déguisés, des trafiquants marocains mandataient des "banquiers" qui faisaient appel à des "collecteurs", des individus parfois délinquants mais la plupart du temps bien insérés dans la société française. Ces derniers avaient pour tâche de rassembler l’argent du trafic en France.

Les fonds rassemblés étaient ensuite récupérés par des "grands collecteurs" qui le remettaient à un Indien de 32 ans, un homme réputé très discret et visiblement le chef de l’organisation.

Les sommes ainsi brassées sont impressionnantes. Le procureur François Molins parlait notamment du gérant d’une société d’ambulances qui faisait fonctionner une machine à billets nuit et jour dans son local professionnel.

De l’or en poudre dans du café moulu

Une fois récolté par le chef de l’organisation en Seine-st-Denis, l’argent de la drogue était acheminé en Belgique par réseau routier ou ferroviaire. D’autres mules – souvent des étudiants - se rendaient à Dubaï, chargées d’or et de numéraire.

Pour masquer les importantes quantités d’or qui transitaient sur le territoire français, l’or était souvent broyé en poudre et mélangé à du café moulu. De nombreux bijoux ont aussi expédié en Inde et revendus sur le marché de l’or local.

Selon le procureur, le chef de l’organisation a avoué lors de sa garde à vue avoir "blanchi au moins 36 millions d’euros en espèce depuis 2010 et fait transiter 200 kg d’or entre la Belgique et l’Inde". L’enquête doit d’ailleurs se poursuivre sur place.

3 milliards d’euros de chiffre d’affaire annuel

Parmi les treize hommes écroués cette semaine, le nom de l’un des prévenus apparaît dans d’autres dossiers, dont le trafic "Virus", une précédente affaire de blanchiment d’argent issue des trafics de stupéfiants, mettant notamment en cause une élue écologiste parisienne, chargés de réinjecter l’argent du cannabis. Après le démantèlement de "Virus", de nombreux trafiquants se sont tournés vers le réseau actuel, d’où le nom de code que lui ont donné les enquêteurs : "Rétrovirus".

En France, la drogue représente un marché souterrain dont le chiffre d’affaire annuel est estimé à 3 milliards d’euros

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