Faits divers – Justice

Educateur tué à Nantes : un juré fond en larmes à l'écoute de l'appel passé aux secours

Par Pascale Boucherie, France Bleu Loire Océan et France Bleu vendredi 15 septembre 2017 à 13:14

19 mars 2015 : le drame se déroule peu après 14h en deux temps : dans les locaux de l'aide sociale à l'enfance, puis en pleine rue, ici derrière l'Ecole d'Architecture de Nantes.
19 mars 2015 : le drame se déroule peu après 14h en deux temps : dans les locaux de l'aide sociale à l'enfance, puis en pleine rue, ici derrière l'Ecole d'Architecture de Nantes. © Radio France

Au deuxième jour du procès, la cour d'assises de Loire-Atlantique revient sur les minutes tragiques qui en mars 2015 ont coûté la vie à un éducateur de 49 ans et grièvement blessé une mère de famille aujourd'hui âgée de 40 ans. A la diffusion de l'appel passé aux pompiers, un juré fond en larmes.

L'appel passé aux pompiers par la responsable de l'aide sociale à l'enfance emplit la salle d'audience de la cour d'assises. La directrice a le souffle coupé. Son débit est rapide. L'affolement s'entend dans sa voix.

On a un professionnel qui vient de se faire attaquer au couteau. Il saigne partout. Il est en train de partir. Vite."

Le bruit de fond est sourd. On comprend tel que l'expliquera une fois l'audience interrompue l'avocate de la veuve, que l'on assiste en direct à la mort de l'éducateur spécialisé. L'un des jurés, une femme assise à la droite de la présidente ne supporte pas la violence de ce qu'elle entend et fond en larmes. L'émotion est palpable dans la salle entière. A tel point que l'audience est suspendue.

Maîtres Isabelle Farcy et Axel Ducleux représentent la veuve de l'éducateur tué le 19 mars 2015 dans les locaux de la protection de l'enfance.  - Radio France
Maîtres Isabelle Farcy et Axel Ducleux représentent la veuve de l'éducateur tué le 19 mars 2015 dans les locaux de la protection de l'enfance. © Radio France - Pascale Boucherie

Cette affaire m'a profondément marqué

Un moment d'une extrême intensité qui s'ajoute au témoigne empli d'émotion d'un des enquêteurs arrivé parmi les premiers sur les lieux de l'agression.

J'ai passé 30 ans dans la police, dont 10 à la brigade criminelle, des affaires j'en ai vu mais celle-là elle m'a profondément marquée, je suis devenu hyper sensible.

Des trémolos dans la voie le major de police aujourd'hui retraité parle sans note. Il dépeint un sol et des murs couverts de sang. Par terre le manteau rouge de l'enfant, un sac renfermant des paquets de bonbons apportés par l'accusé et un bouquet de tulipes.

L'éducateur lisait son journal dans la cuisine quand il a été appelé à l'aide

Puis l'ex-policier raconte au présent, en se remémorant les dépositions des différents témoins ce qui s'est passé dans les locaux de l'aide sociale à l'enfance.

Le couple se croise au premier étage à l'accueil. La mère, qui amène sa petite fille de trois ans pour une rencontre encadrée avec son père, est projetée sur le mur explique le policier, saisie par le cou par son ex-compagnon. Il cherche son couteau dans son sac, le sort et la pique (sans la blesser ndlr). L'éducateur est dans la cuisine en train de lire son journal. Appelé à l'aide par ses collègues, il arrive sur le palier et essaye de séparer le père et la mère. C'est à ce moment que l'enfant est extirpée et évacuée. En poussant une porte, le père fait valdinguer contre un meuble l'amie qui accompagne la mère. Puis l'éducateur et le père en viennent aux mains.

Le couteau va dans tous les sens. Et c'est là dans le couloir que le couteau transperce la gorge de l'éducateur.

L'ex-policier continue son récit. Le père fuit dans les escaliers raconte t'il. Armé du même couteau que celui qui a tué l'éducateur, il poursuit son ex-compagne dans la rue. Elle reçoit quatre coups. Sans se concerter, trois clients attablés à une terrasse se lèvent, arrêtent l'agresseur puis le maintiennent au sol jusqu'à l'arrivée des policiers.

A l'issue du témoignage du policier, l'avocat de l'accusé lui demande si l'émotion qui se dégage de ses propos ne serait pas dûe "à une détestation excessive de l'accusé" ? Sa réponse est sans détour :

Mon émotion est sincère. Ce sont des choses qui ne se commandent pas. L'affaire était violente et a laissé des traces pour moi."

Le procès doit se poursuivre jusqu'à la fin de la semaine prochaine.