Faits divers – Justice

Elle retire sa plainte pour violences conjugales : son conjoint est quand même condamné à Dijon

Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne jeudi 15 septembre 2016 à 21:02

Image d'illustration
Image d'illustration © Maxppp - Franck Fernandes

Une femme sur dix en France est victime de violences conjugales. Rares sont celles qui osent dénoncer ces actes, et quand elles le font, il leur arrive souvent de retirer leur plainte. C’est un tel cas de figure qui était porté ce jeudi 15 septembre 2016 devant le tribunal correctionnel de Dijon.

Dans la nuit du 20 au 21 août à Salives, un automobiliste prête assistance à une jeune femme affolée et en larmes, qui lui demande de la conduire à la gendarmerie. Elle dit s'être échappée par une fenêtre après avoir été rouée de coups par son conjoint. Une plainte est déposée dans la foulée, mais deux jours plus tard, la victime la retire. Elle a menti dit-elle, pour se venger de son compagnon. Mais des blessures ont bel et bien été constatées sur la jeune femme, et le parquet ne veut pas en rester là. Il maintient les poursuites et c'est ainsi que moins d'un mois après les faits, le couple, qui élève deux fillettes de 2 et 4 ans, s'est retrouvé devant le tribunal correctionnel de Dijon.

« Elle s’est blessée en chargeant du bois »

L'homme, quadragénaire, porte une chemise à carreaux. On pourrait le croire bûcheron, et de fait cet ancien chauffeur routier livre aujourd'hui du bois de chauffage. Et il affirme "C'est en chargeant du bois que ma compagne s'est blessée". La présidente Anne-Laure Barnaba reprend la liste des blessures qui ont valu à la victime 5 jours d'incapacité : trauma crânien, plaies au visage, hématomes sur les bras et à l'entrejambe. Drôle de façon de sa blesser avec des bûches. Mais la jeune femme maintient cette curieuse version. Son compagnon, déjà jugé plusieurs fois dans le passé pour des faits de violences, y compris sur son ex-femme, compte neuf mentions à son casier judiciaire. Il reconnaît une dispute, des mots parfois violents, quand il lui arrive de boire, mais sans plus. S'il ne vous a rien fait, pourquoi avez vous porté plainte contre lui ? demande la présidente. "Quand on s'est disputé, il a quitté la maison avec la petite, ça m'a rendue folle" répond la victime."

Souvent les femmes prennent peur et retirent leur plainte

La juge explique alors que les femmes battues retirent souvent leur plainte, parce qu'elles ont peur de se retrouver seules et sans ressources avec leurs enfants, ou par crainte des représailles. « Toutes les autres affaires traitées aujourd’hui remontent à un an. Si la justice a porté ce dossier devant le tribunal un mois après les faits, c'est qu'elle a estimé qu'il y avait urgence. » La frêle jeune femme blonde éclate en sanglots. On se dit alors qu'il peut y avoir un revirement. Mais non, elle soutient avoir accusé son conjoint à tort. Le procureur de la République lui signifie que dans ce cas elle fera l'objet de poursuites pour dénonciation calomnieuse. Rien n'y fait. Le ministère public requiert la relaxe pour le prévenu. Mais le tribunal le juge coupable et le condamne à 4 mois de prison avec sursis, avec mise à l'épreuve et injonction de soins pour maîtriser sa violence.

Partager sur :