Faits divers – Justice

À Dax, émotion au procès d'un papa qui a secoué son bébé

Par Christophe Van Veen, France Bleu Gascogne et France Bleu lundi 19 juin 2017 à 19:44 Mis à jour le mardi 20 juin 2017 à 7:00

Le syndrome du bébé secoué en procès au tribunal de Dax
Le syndrome du bébé secoué en procès au tribunal de Dax © Radio France - Christophe Van Veen

En août 2016, près de Soustons, un papa excédé par les hurlements de son bébé l'a secoué. Le nouveau-né, âgé d'un mois, est resté hospitalisé plus de trois semaines. Le père a été condamné à 6 mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal de Dax ce lundi après-midi.

Défense, partie civile et accusation : tous reconnaissent qu'ils ont, un jour ou l'autre, été confrontés à ces pleurs infantiles des premiers jours et qu'ils ont été désemparés. Un an après le drame, les jeunes parents aimants pleurent dans le tribunal correctionnel de Dax, ce lundi après-midi. Le père âgé de 35 ans a reconnu qu'il a "fauté une fois", il "le regrette", il y pensera toute sa vie. Sa fille saura un jour ce qu'il a fait alors qu'elle venait à peine de découvrir le monde. Il n'a pu s'empêcher de commettre ce geste alors qu'il avait vu dans la maternité ces affiches de prévention du syndrome du bébé secoué.

Des hurlements permanents

Depuis sa naissance, le second enfant du couple ne cesse de pleurer. Des "hurlements" liés à des reflux gastriques empêchent les parents de dormir. Deux heures de sommeil par nuit, les nerfs à vif et aucune solution pour sortir de cet enfer des pleurs sans explication. Séverine Lalanne, l'avocate des parents, a décrit le désarroi de ce couple à bout, qui va toutes les semaines chercher une solution chez le pédiatre ou à l'hôpital. Ils ont pourtant eu une première fille, elle est infirmière, mais le papa et la maman sont exsangues.

"Tu vas te taire !"

Ce 15 août, la maman s'absente pour chercher conseil chez sa grand-mère. Le père est seul quand l'enfant se réveille, et crie, encore et encore. Il envoie un SMS à sa femme pour lui dire de revenir en urgence, mais le cri de trop provoque le geste de trop. Le père serre l'enfant et la secoue en hurlant "Tu vas te taire !"

Deux ou trois secondes, pas plus. Il sait ce qu'il vient de faire, panique, et préfère se taire, honteux, quand sa femme revient et découvre le bébé livide, amorphe. La maman appelle immédiatement les secours, le nouveau-né est hospitalisé aux Urgences de Bayonne qui sauvent le bébé et découvrent la vérité. L'hôpital saisit alors le procureur de la république.

Après plus de trois semaines d'hospitalisation, le bébé est placé provisoirement dans une famille d'accueil, avant de réintégrer récemment sa famille en reconstruction, suivie psychologiquement. Depuis mars, le papa a l'autorisation de s'occuper seul de l'enfant.

6 mois de prison avec sursis

Aujourd'hui, le bébé va bien, se développe bien, si l'on en croit la défense. Il est très suivi sur le plan médical et les scanners indiquent que les hématomes se sont résorbés. Mais on ne saura qu'à l'âge adulte si les lésions causées par le secouement ont provoqué des dégâts neurologiques irréversibles.

Julie Gaston, substitut du procureur, a réclamé un an de prison avec sursis. Elle accorde au père d'avoir reconnu son geste. La plupart des secoueurs sont dans le déni absolu, car attenter à la vie qu'on a donnée est tout simplement inacceptable.

Le jugement a été rendu tard dans la soirée : 6 mois d'emprisonnement avec sursis.