Faits divers – Justice

En prison à Villepinte, des cellules ouvertes contre la violence

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu lundi 24 octobre 2016 à 4:10 Mis à jour le lundi 24 octobre 2016 à 9:03

Devant la maison d'arrêt de Villepinte.
Devant la maison d'arrêt de Villepinte. © Radio France - Rémi Brancato

Depuis un mois, 185 détenus de la maison d'arrêt de Villepinte participent au module "respecto". Le principe: un régime de détention assoupli contre un bon comportement et une participation à la vie commune. France Bleu a pu rencontrer des détenus de cette expérimentation.

"Le rose n'a posé aucune difficulté," sourit Léa Poplin, la directrice, qui nous conduit dans le bâtiment dédié au module "respect" de sa maison d'arrêt, à Villepinte en Seine-Saint-Denis. Dans ce bâtiment particulier, elle a choisi des peintures aux couleurs vives, qui tranchent avec le gris habituel des couloirs. Les détenus ont d'ailleurs aidé à repeindre. "Cette semaine je suis à l'hygiène, peut être que la semaine prochaine je serai à la cuisine, ça tourne" explique ce détenu, croisé un balai à la main dans le couloir. Dans le module "respecto", il y a des commissions dans lesquels chacun participe aux tâches collectives à tour de rôle.

"On respire"

Mise en place le 26 septembre dernier, cette expérimentation permet aux 185 détenus volontaires et sélectionnés de sortir de leurs cellules de 7h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h. Ils ont ainsi accès libre aux douches, contrairement aux autres détenus qui ne peuvent y accéder que trois fois par semaine. "Forcément, quelqu'un qui se lève le matin et qui ne peut pas aller se doucher, il est énervé pour le reste de la journée" assure Karim, qui participe au respecto et qui dit revivre : "savoir qu'on peut ouvrir sa cellule, c'est beaucoup moins étouffant, on respire". "Du fait qu'on soit plus libre, on arrive à mieux vivre" ajoute Gilles, présent à ces côtés sur le terrain de sport, l'un des autres avantages, accessibles tous les jours de 16 à 17h.

"C'est un changement total" pour Rani, détenu du module respecto

On y voit d'ailleurs des détenus s'exercer avec un intervenant extérieur pour un cours de cross-fit. "Ce que nous souhaitons c'est travailler sur le dépassement de soi, la responsabilisation, et aller jusqu'au bout des objectifs qu'on se fixe," commente Maire-Rolande Martins, la directrice du SPIP de Seine-Saint-Denis, le service pénitentiaire d'insertion et de probation. Le SPIP veut proposer suffisamment d'activités pour atteindre 25 heures par semaine pour chaque détenu, avec des ateliers obligatoires déjà en place comme un cours sur les valeurs de la République ou des modules d'insertion professionnelle.

Une "tolérance zéro en matière de violence"

L'objectif: faire prendre conscience aux détenus de leurs comportements, faire baisser la violence et préparer la sortie. "J'espère un aménagement [de peine], car si on est au respecto c'est qu'on respecte les règles de la prison" a compris Hakim. "Le bâtiment est très calme parce qu'ils savent qu'il y a une tolérance zéro en matière de violence, d'incivilités et de détention d'objets interdits" assure Léa Poplin. Au moindre écart, c'est l'exclusion. Une dizaine de détenus en ont fait les frais depuis la mise en place du module, essentiellement pour détention de téléphone. Mais pour les surveillants, c'est "le jour et la nuit", comme l'explique ce responsable adjoint du module : "avant j'étais dans un bâtiment avec des petits jeunes, des perturbateurs, on les appelait les gremlins", raconte-t-il. Les DPS (détenus particulièrement surveillés) et ceux détenus pour des faits de terrorisme n'ont pas été retenu pour participer au programme.

Le bâtiment est "très calme" assure la directrice, Léa Poplin

Pour ce surveillant, "respecto" a un effet plus étonnant : les autres détenus, sont "jaloux" et améliorent leur comportement pour espérer un jour faire partie du module. "Cela apaise toute la détention", dit-il. Le syndicat majoritaire de surveillants, la CFTC, a voté en faveur de l'expérimentation, mais d'autres s'y sont opposés comme le SPS, le syndicat pénitentiaire des surveillants, qui représente les non-cadres.

Rémi Brancato a pu rencontrer des détenus du programme.

Une prison surchargée

"Le jour où une quinzaine de détenus ne respectent pas le règlement intérieur, comment peut-on les réinjecter dans la détention classique alors qu'on n'a même plus de place?" demande son délégué régional Philippe Kuhn. La prison est surpeuplée. Elle comptait la semaine dernière plus de 1080 détenus, un record, pour deux fois moins de places théoriques. Quant à l'apaisement de l'ensemble de l'établissement, plusieurs syndicats émettent des doutes. La semaine dernière, plusieurs agressions graves de surveillants ont encore eu lieu, en dehors du module respecto.

En tout cas, l'expérimentation est suivie de près par le gouvernement. Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, doit visiter le mois prochain le centre pénitentiaire de Mont de Marsan, dans les Landes. C'est la première prison à avoir mis en place, il y a deux ans, ce module déjà expérimenté en Espagne.

Reportage à la maison d'arrêt de Villepinte. Rémi Brancato

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