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Faits divers – Justice

En Seine-Saint-Denis, les pannes d'ascenseurs font vivre un enfer à des locataires

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Dans la ville de Dugny (Seine-Saint-Denis), des résidents de HLM ont été privés d'ascenseurs parfois pendant des mois. Certains étaient bloqués chez eux. C'est grâce à leur mobilisation qu'ils ont pu faire bouger les choses.

Dans l'immeuble de Yamina, en Seine-Saint-Denis, l'ascenseur est resté en panne pendant plus de 8 mois.
Dans l'immeuble de Yamina, en Seine-Saint-Denis, l'ascenseur est resté en panne pendant plus de 8 mois. © Radio France - Léa Guedj

Dugny, Seine-Saint-Denis, France

Les ascenseurs sont empruntés plus de 100 millions de fois par jour en France, selon la Fédération des ascenseurs. Mais en Île-de-France, en particulier en banlieue, dans des cités HLM, on ne compte plus les pannes de ces appareils qui durent parfois des mois sans réparation. Face à cette situation qui s'éternise, les résidents finissent souvent par se résigner. Pourtant, dans ce quartier de Dugny (Seine-Saint-Denis), des locataires ont décidé de s'unir pour obtenir réparations et dédommagements.

Au numéro 26 de la rue Guynemer, la panne a duré plus de huit mois. Quand Yamina appuie sur le bouton de l'étage 4, elle a toujours une légère appréhension, craignant de rester bloquée à l'intérieur. Mais pour cette femme de 67 ans et son mari de 78 ans, l'ascenseur à nouveau fonctionnel est "un soulagement". Pendant huit mois, ils ont gravi les 80 marches de l'escalier qui mènent à leur appartement. Arriver "essoufflés à la maison", parfois avec un "mal de dos", surtout "lorsqu'on porte les courses et qu'on est avec des enfants", c'était devenu "très fatiguant" pour le couple à la retraite.

Des pannes d'ascenseurs dans des immeubles récents

La vétusté, la vieillesse des équipements est souvent pointée du doigt pour expliquer ces dysfonctionnements. Alors, lorsqu'ils ont emménagé dans cet immeuble, juste après ça construction en 2011, Yamina ne s'attendait vraiment pas à cette panne. "Tout était tout beau, tout neuf", se souvient-elle. D'ailleurs, c'est aussi en raison de la présence de cet ascenseur qu'elle a laissé son ancien appartement du deuxième étage pour s'installer dans ce bâtiment, deux étages plus haut. Elle a rapidement déchanté, car avant cette longue panne, "l'ascenseur s'était déjà arrêté plusieurs fois". Elle était même restée bloquée à l'intérieur pendant plus d'une heure. Alertés par ses cris, ce sont ses voisins qui ont prévenu les pompiers.

Je ne peux pas prendre les escaliers avec mon fauteuil roulant

Yamina se rend juste à côté, au numéro 24, chez son amie Farida. Pendant plus de deux mois, elle avait pris l'habitude de lui apporter ses courses et de lui tenir compagnie. "Je ne peux pas descendre les escaliers avec mon fauteuil roulant", s'indigne Farida. Depuis son appartement, faute d'un ascenseur fonctionnel, cette résidente handicapée moteur a dû se contenter de regarder l'extérieur à travers sa fenêtre. "J'ai l'habitude de tout faire toute seule, je fais mes courses, je vais au centre social... Je n'aime pas dépendre des autres", soupire Farida. Le plus dur, c'était de devoir annuler tous ses rendez-vous médicaux, "fixés depuis des mois"

Dans son appartement, Farida est restée bloquée pendant plus de deux mois. - Radio France
Dans son appartement, Farida est restée bloquée pendant plus de deux mois. © Radio France - Léa Guedj

Résignée, Farida n'en peut plus d'angoisser chaque fois qu'elle rentre chez elle : "Est-ce qu'il y aura l'ascenseur, ou pas ?". Elle a fait une demande d'un nouvel appartement "en rez-de-chaussée" et "surtout pas les 3F", insiste-t-elle. Comme Yamina, Farida a envoyé plusieurs courriers recommandés au bailleur social Immobilière 3F. "Personne ne nous écoute", déplore Farida. Quant à l'ascensoriste, il lui a répondu que des actes de vandalisme étaient à l'origine de la panne. Dans l'immeuble de Yamina, c'était "une pièce manquante". Pourtant, des réparateurs seraient venus à plusieurs reprises, sans succès.

L'ascenseur peut être en panne deux à trois fois par mois

Il suffit de tourner dans la rue suivante, rue Charles Guenard, pour trouver un scénario similaire. Là, c'est l'absence d'un simple bouton dans l'ascenseur qui a causé bien du tort à une mère de famille. Sama, elle aussi en fauteuil roulant, habite le premier étage avec son tout jeune fils. Pendant plus de deux semaines, à chaque fois qu'elle devait rentrer chez elle, elle devait appeler la voisine du rez-de-chaussée. Celle-ci devait alors monter au premier étage pour appeler l'ascenseur et lui permettre de monter à son appartement.

"Chaque fois que je sors le matin, j'ai peur de ne pas voir cette petite lumière rouge qui indique que l'ascenseur fonctionne", confie Sama qui remarque qui observe que "l'ascenseur peut être en panne deux ou trois fois par mois". "Soit je suis bloquée chez moi, soit je suis bloquée dehors, s'agace-t-elle, une fois je n'ai pas pu sortir pendant cinq jours". Alors qu'elle avait un rendez-vous très urgent à l'hôpital, elle a même dû demander à un de ses voisins de la porter, enceinte. Des pannes récurrentes qui compliquent son quotidien, ne serait-ce que pour aller se faire soigner ou déposer son enfant chez la nounou.

Les locataires se mobilisent pour obtenir réparations

Exaspérée, Sama a "harcelé les trois 3F, la mairie...", elle s'est "battue" pour faire remplacer ce petit bouton. Janine, elle aussi, a décidé de ne rien lâcher. Sa mère, 92 ans, habite au numéro 22 de la rue Guynemer. Elle est restée bloquée chez elle une semaine. Pour faire bouger les choses, la représentante de l'Amicale des locataires a décidé de "faire pression sur le bailleur". Elle contacte le collectif  Plus sans ascenseur. Fondé en 2016, en Seine-Saint-Denis, pour aider les habitants à se fédérer, afin de réclamer des réparations plus rapides. Le président de l'association, Fouad Ben Ahmed appelle avec le groupe 3F et les informe que les résidents ont l'intention d'organiser une manifestation devant l'immeuble.

"Au bout de quatre jours, tout était réparé, on n'a même pas eu le temps de faire la manifestation", à la grande surprise de Janine qui estime que cela prouve bien que "les réparations auraient pu être faites plus tôt". Les résidents font désormais appel à un juriste. "Nous allons demandé le remboursement de charges et le versement de dommages et intérêts", annonce Janine. 

Instaurer des contrôles techniques plus fréquents ?

De son côté, le bailleur social assure qu'il remboursera bien les charges versées lorsque l'ascenseur ne fonctionnait plus. En revanche, pour les dédommagements, ils ne se prononcent pas pour l'instant. Selon le bailleur, les pannes prolongées seraient dues à "des délais très longs d'approvisionnement de pièces" et "des longues périodes de diagnostic" pour des ascenseurs "récents, avec beaucoup de technologie". Désormais, il promet d'être "plus vigilant, en anticipant mieux les usures et en commandant plus de stock de pièces pour faire face à ce type de pannes", promet-il. Il met également en cause d'éventuels "usages non conformes", les ascenseurs étant "trop chargés lors de déménagements, par exemple".

Par ailleurs, le bailleur social met en avant les mesures mises en place pour pallier aux désagréments subis par les locataires : un service de portage des courses et des objets, "au bout de 72 heures d'arrêt consécutif". Problème : les horaires seraient inadaptés selon les résidents, de 11 heures à midi et de 16 heures à 18 heures. Il ajoute avoir proposé _"_un service de brancardiers pour les personnes avec des problématiques de mobilité et de santé". Farida, elle, en a fait l'expérience. "Les ambulanciers sont venus, mais ce sont des escaliers en colimaçon : quand ils ont essayé ils ont failli me faire tomber, ils ont dit "plus jamais"", raconte-t-elle. Enfin, Immobilière 3F se dit "prêt à étudier l'option des monte-escaliers électriques", prochainement expérimenté par un autre bailleur en Seine-Saint-Denis.

Pour la mairie de Dugny, "l'Etat doit aussi se positionner" en rendant les contrôles techniques obligatoires des ascenseurs _"plus réguliers"que le rythme actuel (tous les 5 ans). Elle assure qu'elle "accompagnera les résidents dans les démarches qu'ils engageront pour demander des réponses et pourquoi pas des dédommagements ou indemnités"_. 

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