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Faits divers – Justice

Enfants de jihadistes de retour de Syrie : la Seine-Saint-Denis en première ligne

mercredi 6 juin 2018 à 5:08 Par Rémi Brancato, France Bleu Paris et France Bleu

Comment sont pris en charge les enfants de présumés jihadistes qui reviennent de Syrie ou d'Irak ? Depuis deux ans, 56 ont été suivis par le tribunal de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. La cheffe de service de l'aide sociale à l'enfance du département témoigne sur leur accueil.

Le département de Seine-Saint-Denis est en première ligne pour l'accueil de ces enfants de jihadistes de retour de Syrie ou d'Irak
Le département de Seine-Saint-Denis est en première ligne pour l'accueil de ces enfants de jihadistes de retour de Syrie ou d'Irak © Radio France - Rémi Brancato

Seine-Saint-Denis, France

Depuis environ deux ans, des Français ou des Françaises soupçonnés d'être partis faire le jihad dans les rangs du groupe terroriste Daech, rentrent en France. Ceux qui, préalablement repérés, arrivent à l'aéroport de Roissy sont automatiquement arrêtés et placés en détention. Leurs enfants, eux, sont pris en charge par la justice et quasi systématiquement placés. 56 mineurs, revenus depuis avril 2016, ont ainsi été suivis par le Tribunal de grand instance de Bobigny, compétent pour la zone aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle et 37 d'entre eux ont été pris en charge depuis novembre 2016 par l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de Seine-Saint-Denis. Son président, Stéphane Troussel, vient d'écrire au premier ministre pour demander une aide financière afin d'assurer leur suivi. La cheffe du service de l'ASE, Daphné Bogo, a accepté de témoigner au micro de France Bleu Paris.

Des enfants pris en charge par l'aide sociale à l'enfance

"On est un peu des pionniers" reconnaît Daphné Bogo, expliquant que le protocole mis en place pour leur prise en charge est relativement récent, depuis la circulaire du ministère de la Justice de mars 2017 relative au "suivi des mineurs de retour de la zone irako-syrienne". Il s'agit en tout cas d'une collaboration étroite entre notamment la justice, la police, l'ASE, l'agence régionale de santé, pour le suivi médico psychologique des enfants, à l'hôpital et l'Education nationale.

Pour la plupart, ces enfants ont moins de cinq ans et sont essentiellement placés en famille d'accueil, et maintenus en fratrie. "Il y a certains enfants qui ont vécu dans des environnements de guerre, qui ont vu des armes, été dans des situations matérielles difficiles, notamment de manque de nourriture" raconte ainsi Daphné Bogo. "Une des manifestations principales de ces enfants, c'est leur fatigue" ajoute-t-elle, précisant qu'il n'y a pas de pathologies graves chez la plupart d'entre eux, en dehors "des choses que l'on peut soigner assez rapidement".

Mais ces cas font l'objet d'une attention bien particulière, notamment politique et médiatique. "Il ne faut pas négliger les craintes du fait de la spécificité de ces cas, dont on parle beaucoup dans les médias, et qui peut générer du stress chez les professionnels qui sont formés à ça" explique Daphné Bogo. 

Et après ? Des enfants "bombes à retardement" ?

Mais alors ces enfants sont-ils des "bombes à retardement" ? L'expression a été employée par le procureur de Paris François Molins, au mois de janvier dernier, qui estimait qu'il fallait leur "assurer une prise en charge suffisamment spécifique et suffisamment au long cours". 

On ne part pas du principe que ces enfants sont des dangers (...) sinon on peut changer de boulot"

"On n'a pas d'enfants qui ont été des enfants soldats", détaille pour sa part Daphné Bogo "et même si c'était le cas, on ne part pas du principe que ces enfants sont des dangers ou des bombes à retardement, sinon on peut changer de boulot tout de suite".

"On part du principe que l'accompagnement que l'on fait nous tous les acteurs, il a vocation à faire en sorte que l'enfant sache gérer ce qu'il a vécu" argumente la cheffe du service de l'ASE du 93, même s'il est "difficile de dire ce qui se passera dans 15 ans quand l'enfant sera adulte, qu'il voudra par exemple retrouver ses parents", car ces situations sont récentes.

ECOUTER - Ces enfants représentent ils un danger dans l'avenir? La question reste en suspens

Le département de Seine-Saint-Denis demande des moyens à l'Etat pour les prendre en charge

Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis "assume" pour sa part de consacrer des moyens humains et financiers à la prise en charge de ces enfants car ils "ne sont pas responsables des choix de leurs parents". 

L'élu vient même d'écrire, fin mars, au premier ministre, pour l'alerter sur la situation de son département, qui prend en charge une majorité de cas connus en France et demande "un engagement de l'Etat", autrement dit une participation financière pour y faire face. "Comme il s'agit d'une mission d'intérêt général, national, je souhaite qu'elle soit reconnue", ajoute-t-il.

"C'est la responsabilité de la société toute entière de faire en sorte que leur prise en charge soit puissante pour éviter qu'ils ne vivent à nouveau des ruptures", conclut Stéphane Troussel.

ECOUTER - Stéphane Troussel, président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis