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Dossier : Chirurgien pédophile : l'affaire Joël Le Scouarnec

ENQUÊTE RADIO FRANCE - Affaire Le Scouarnec : d’autres médecins délinquants sexuels exerçaient à ses côtés

- Mis à jour le -
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Deux médecins condamnés pour agressions sexuelles ou détention d'images pédopornographiques ont exercé dans les mêmes établissements que Joël Le Scouarnec. L'un d'entre eux a continué d'exercer au centre hospitalier de Jonzac, y compris auprès de patients mineurs. Il a été suspendu le 6 mars 2020.

Joël Le Scouarnec a exercé à l'hôpital de Jonzac entre 2008 et 2017.
Joël Le Scouarnec a exercé à l'hôpital de Jonzac entre 2008 et 2017. © Maxppp - Marie-Laure Gobin PHOTOPQR / SUD OUEST

Une enquête de Laetitia Cherel et Margaux Stive pour la cellule investigation de Radio France.

L'enquête complète du service investigation de Radio France 

Deux médecins, condamnés pour des crimes ou délits sexuels exerçaient en même temps que Joël Le Scouarnec, dans deux hôpitaux à Quimperlé (Finistère) et à Jonzac (Charente-Maritime), révèle ce vendredi la cellule investigation de Radio France. Tous les deux connaissaient le chirurgien soupçonné d'avoir agressé au moins 349 enfants dans une dizaine d'hôpitaux pendant plus de 30 ans.

Condamné pour détention d'images pédopornographiques, il exerce toujours

Le premier est un anesthésiste qui a exercé à l'hôpital de Jonzac (le dernier hôpital où Joël Le Scouarnec a travaillé). Ce médecin a été condamné en 2008 pour détention et diffusion d'images pédopornographiques à trois mois de prison avec sursis. Mais la justice l'autorise à l'époque à continuer la pratique de la médecine. 

En 2017, au moment de l’arrestation de Joël Le Scouarnec, les gendarmes trouvent la trace de trois appels entre les deux hommes. Ils décident donc d’interroger l'anesthésiste. Il avoue alors aux enquêteurs qu’il continue à regarder des vidéos pédopornographiques. Dans son PV d'audition, daté de décembre 2017, et que nous avons pu consulter, le médecin déclare aux gendarmes : "Je ne regarde plus ce genre d'images de façon aussi régulière.

Une enquête préliminaire a été ouverte à son encontre par le parquet de Saintes pour visionnage d'images pédopornographiques "à titre privé". Elle est toujours en cours. L’anesthésiste, qui a refusé de répondre à nos questions, a continué d'exercer, y compris auprès de patients mineurs selon nos sources. Il n'a été suspendu qu'après la publication des premières révélations de la cellule investigation de Radio France, vendredi 6 mars 2020.

"Il a été secouru par le Dr Le Scouarnec"

Le second cas est celui d'un radiologue, le Dr Fréhat, qui exerçait en 2005 à l'hôpital de Quimperlé. Cette année-là, deux patientes portent plainte contre lui. Elles accusent le médecin d'agressions sexuelles et de viols avec une sonde gynécologique. 

Les deux plaintes sont classées sans suite. Mais un psychiatre, le Dr Thierry Bonvalot, alors président de la commission médicale d'établissement, décide d'aller voir le Dr Fréhat pour évoquer ces plaintes. Il retrouve le radiologue dans le bureau de Joël Le Scouarnec, qui défend bec et ongle son collègue radiologue. "J’ai demandé [au Dr Fréhat] de modifier sa pratique et d’avoir à ses côtés des manipulateurs radio pendant les examens gynécologiques. Il m’a répondu qu’il s’en foutait, qu’il faisait ce qu’il voulait. Il a été secouru par le Dr Le Scouarnec qui m’a dit que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas", raconte Thierry Bonvalot.

L'hôpital puis la justice interdisent au Dr Fréhat de rester seul avec des patientes. Interdiction qu'il ne va pas respecter. Il sera placé en détention provisoire en 2007, puis jugé, en 2015 à 18 ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur une trentaine de patientes dont huit mineures. Il s'enfuit au dernier jour de son procès et reste à ce jour introuvable.

Ces deux cas soulèvent des questions, estime l’avocate Francesca Satta, qui défend plusieurs victimes du Dr Le Scouarnec : "Deux praticiens qui se retrouvent en même temps à commettre des exactions sur des patients dans le même hôpital, cela pose des questions énormes. Il faudra comprendre pourquoi autant de personnes se retrouvent au même endroit et visiblement se connaissent. Il faudra que l’enquête puisse démontrer s’il y a des liens ou pas, et comment on peut les expliquer", estime l'avocate.

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