Faits divers – Justice

Eric Bocciarelli, magistrat à Nancy " les policiers se trompent de cible "

Par Mathieu Barbier, France Bleu Sud Lorraine lundi 24 octobre 2016 à 12:49

Eric Bocciarelli, un des représentants en Lorraine du syndicat de la magistrature
Eric Bocciarelli, un des représentants en Lorraine du syndicat de la magistrature © Radio France - Christelle Poirel

France Bleu Lorraine recevait ce lundi matin Eric Bocciarelli, du syndicat de la magistrature à Nancy pour réagir aux critiques dont fait l'objet le monde judiciaire. Les policiers mobilisés depuis près d'une semaine maintenant dénoncent notamment une justice trop laxiste.

Entre les confidences de François Hollande peu aimables à l'encontre des magistrats et les critiques des policiers le monde judiciaire vit des heures difficiles. " La justice va mal, la police va mal. C'est un fait. Nous manquons tous cruellement de moyens " précise le magistrat nancéien. Mais poursuit-il " la justice a besoin de respect, ces critiques sont grossières. Les magistrats ne sont pas lâches, la justice n'est pas lâche et c'est malheureux de devoir le dire " renchérit Eric Bocciarelli, un des représentants en Lorraine du syndicat de la magistrature.

35 000 détenus il y a 20ans. Ils sont 70 000 aujourd'hui

Dire que la justice est laxiste, comme l'affirme les policiers n'est pas juste affirme le magistrat. " Il suffit de regarder le nombre de détenus. Il a doublé en vingt ans. Où est le laxisme? On nous reproche de ne pas assez utiliser l'arme de la détention provisoire mais, celle-ci, et les textes sont clairs, doit rester exceptionnelle".

Eric Bocciarelli a aussi tenu à insister sur la portée d'un séjour en prison. Il doit rester l'ultime recours. Les dégâts peuvent être irréversibles " Si on emprisonne quelqu'un pour une peine mineure de trois mois et qu'il perd son emploi, il va faire quoi? Se désocialiser et recommencer. C'est cela que l'on veut " demande le magistrat lorrain. " La justice a plusieurs missions dont celle de rendre une justice adaptée " précise le juge.

Policiers et magistrats parlent-ils le même langage? Vivent-ils la même réalité? Au regard du fossé qui se creuse entre eux la question peut se poser et le magistrat nancéien n'élude pas la question : " Nous sommes tous soumis à des statistiques, à des exigences de résultats, c'est à devenir fou".

Eric Bocciarelli a conclu son propos sur la justice des mineurs. Il a dénoncé ses contre-vérités assénées notamment par certains hommes politiques sur la prétendue justice à deux vitesses pour les mineurs " C'est faux. Sur les 230 000 mineurs inquiétés en 2015, 30% ont été poursuivis pénalement et plus de la moitié ont été condamnés à des peines alternatives".

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