Faits divers – Justice

Éric Woerth, "l'intrus" du procès Bettencourt à Bordeaux

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde lundi 23 février 2015 à 15:15

Eric Woerth au procès Bettencourt à Bordeaux
Eric Woerth au procès Bettencourt à Bordeaux © Maxppp

Les plaidoiries des avocats de la Défense ont débuté ce lundi pour la dernière semaine du procès Bettencourt sur son volet abus de faiblesse. Parmi eux, Jean-Yves Le Borgne pour l'ex-ministre UMP du budget de Nicolas Sarkozy, Éric Woerth. Il a réclamé la relaxe pure et simple pour en finir avec la "curée médiatique".

L'avocat de l'ex-ministre UMP Éric Woerth a appelé ce lundi le Tribunal correctionnel de Bordeaux à mettre fin un fanstasme judiciaire " en relaxant son client, "l'intrus, l'anomalie" du procès Bettencourt , dont le seul nom, avec celui de l'ex-président Nicolas Sarkozy, a fait basculer un "dossier banal d'abus de faiblesse" en "affaire d'État" .

"Il fallait peut-être être que le dossier ressemblât à autre chose que ce qu'il était vraiment, tant il est savoureux, croustillant qu'il y ait un nom qui tout à coup surdimensionne le dossier. Ce n'est pas Éric Woerth qui a fait basculer le dossier dans l'affaire d'État, c'est le goût pour l'affaire d'État qui a ramené Éric Woerth, et à un moment Nicolas Sarkozy, dans ce dossier." — Maître Jean-Yves Le Borgne, au premier jour des plaidoiries de la défense

Éric Woerth, député de l'Oise, est poursuivi pour "recel" d'une somme que lui aurait remise en 2007 l'ex-gestionnaire de fortune de la milliardaire Liliane Bettencourt , Patrice de Maistre, alors qu'il était trésorier de la campagne du futur président Nicolas Sarkozy, initialement mis en examen dans cette affaire, puis finalement mis hors de cause.  

"Peut-être que le quota de non-lieu que le juge d'instruction s'était imposé dans son inconscient, était-il épuisé ?" — Maître Jean-Yves Le Borgne

Alors "recel de quoi ?" , a demandé l'avocat d'Éric Woerth, soulignant que diverses sommes avaient été évoquées à l'audience, entre 50.000 et 400.000 euros. Financement politique ? "On a vérifié dans les comptes de campagne s'il y avait des dépenses couvertes par des fonds dont on ne connaît pas la nature, il n'en est rien. Dans les comptes d'Éric Woerth et de sa famille, rien !"   Recel d'un "abus de faiblesse" , imputé à Patrice de Maistre ? Il a rappelé que son client ne connaissait pas Liliane Bettencourt en 2007 et que son état de vulnérabilité lui était donc "totalement étranger" .

"Concomitance" ou "causalité" ?

Restent les "coïncidences" de dates entre deux rendez-vous, en janvier et février 2007, entre Patrice de Maistre et Éric Woerth, que tous deux ont reconnus, et le rapatriement de sommes depuis les comptes en Suisse de Liliane Bettencourt. "Sous prétexte que 400.000 euros sont arrivés chez les Bettencourt le 5 février et que M. de Maistre a rencontré M. Woerth le 7 février, on se dit : Ah, voilà l'argent !" , a poursuivi Me Le Borgne, mais il ne faut pas confondre "concomitance" et "causalité" , a-t-il dit.

Pour l'avocat, il n'est d'ailleurs pas comptablement "possible" que l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, principale accusatrice, ait pu remettre 50.000 euros au premier pour les transmettre au second : "La preuve des remises non seulement n'est pas rapportée, mais il y a une forte probabilité pour qu'elles n'aient pas eu lieu."

La "relaxe pure et simple" , a rappelé Maître Le Borgne, est aussi l'occasion de "mettre fin" à une "curée médiatique" , avec pour effet un "terrible préjudice d'image" depuis cinq ans pour Éric Woerth.