Faits divers – Justice

Est-ce qu'on se donne les moyens pour lutter contre la récidive en France?

Par Aurélie Locquet, France Bleu Alsace jeudi 3 avril 2014 à 11:54

Cour d'assises du Haut-Rhin à Colmar
Cour d'assises du Haut-Rhin à Colmar © Maxppp

Philippe Tolila, un violeur en série condamné à perpétuité en 1990 est jugé ces jeudi et vendredi devant la cour d'assises du Haut-Rhin pour le viol d'une jeune femme quelques mois après sa libération à Mulhouse.

L'araignée, c'est le surnom qui avait été donné dans les années 80 à Philippe Tolila. Il entrait de nuit chez ses victimes sans jamais fracturer les portes, mais en escaladant la façade des immeubles. Puis il surprenait les femmes dans leur sommeil, et les violait sous la menace d'une arme. Il a été condamné à la perpétuité en 1990 pour le viol de 11 femmes à Biarritz, à Paris et sur la Côte d'Azur.

Cette semaine, il est jugé pour un nouveau viol devant les assises du Haut-Rhin. Quelques mois après sa libération conditionnelle fin 2011, il se serait attaqué à une jeune femme de 22 ans dans un foyer mulhousien.

La difficile prévention de la récidive

Ce procès à huis clos devrait être l'occasion d'évoquer la difficile prévention de la récidive.  "Tout a été vu dans ce dossier" , observe Mme Riegert, du parquet de Mulhouse, qui souligne que "la perpétuité réelle n'existe pas en France" et que "chacun doit pouvoir avoir la chance de se réinsérer, quoi qu'il ait fait" . Selon le ministère de la justice, moins de 5% des personnes condamnées pour viol récidiveraient à leur sortie de prison.

Depuis la loi Dati, la rétention de sûreté a été mise en place. Elle prévoit entre autres de maintenir enfermés des criminels condamnés à au moins 15 ans (pour viols aggravés notamment) s'ils sont jugés dangereux une fois leur peine purgée. Toutefois, n'étant pas rétroactive, cette loi ne sera pleinement applicable qu'en 2023. La rétention de sûreté doit être prononcée au moment du verdict.

"Nous savons exactement qui nous libérons"

Cette mesure n'est pas suffisante selon Françoise Scharsch, la mère de Julie, tuée par Pierre Bodein. Elle est présidente de la fondation Julie qui s'est engagée dans la lutte contre la récidive."On nous donne l'illusion d'avoir les moyens d'agir, mais en fait on a l'impression qu'on attend juste une expertise favorable pour libérer ces individus. (...) Il ne faut pas libérer des individus dangereux. Il y a un manque de volonté politique pour vraiment lutter contre la récidive en France."

Eric Schmitt, de la CGT pénitentiaire rejoint Françoise Scharsch sur ce dernier point. "La prévention de la récidive devrait être l'essentiel de notre mission, sinon ce n'est qu'un cercle vicieux." La CGT fait aussi d'autres propositions: "Il faut plus impliquer les surveillants, surtout pour les libérations anticipées. (...) Celui qui ouvre la dernière porte, c'est le surveillant, nous savons exactement qui nous libérons, comment il s'est comporté, mais on ne nous demande rien."

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